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Biographie, articles et interviews de Joël Chapron




"Il y a aujourd’hui deux cinémas russes"

 

Entretien de Joël Chapron,

responsable à Unifrance des pays d'Europe centrale et orientale et "correspondant étranger" du Festival de Cannes avec Elena Duffort,Françoise Navailh et Ksenia Konstantinova-Ragot (Kinoglaz.fr), Paris, le 28 mai 2015.



▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪




Elena Duffort : Cette année, il n’y avait pas de longs-métrages de fiction en compétition à Cannes. Pourtant, à Berlin, il y en avait beaucoup. Est-ce qu’il y a un désamour du Festival de Cannes par rapport au cinéma russe ? Qu’est-ce qui se passe ?

Joël Chapron : Tout d’abord, je tiens à préciser qu’il n’y a eu que 1 film russe en compétition à Berlin cette année (Sous les nuages électriques d’Alexeï Guerman Jr.), 0 à Cannes, qu’il y en aura 0 à Karlovy Vary et il semblerait que seul Francofonia d’Alexandre Sokourov (qui est une coproduction majoritairement française dans laquelle il n’y a aucune participation russe) soit en lice à Venise. C’est vrai que c’est une année assez particulière. Cette année, Cannes a retenu 2 films classiques à Cannes Classics et 2 films d’étudiants à la Cinéfondation. Donc on avait deux cinéastes décédés, représentant le passé, et deux étudiants, représentant le futur, mais pas de présent. C’est intéressant, car je trouve, moi-même qui ai fait des recommandations pour un certain nombre de films qui n’ont pas été retenus, que ça reflète l’état du cinéma russe cette année. J’ai vu 54 longs-métrages de l’ex-Union soviétique, dont plus de 40 de la seule Russie seule. J’ai fait des recommandations et, dans les films que j’ai recommandés, il y avait 2 premiers films qui n’ont, in fine, pas été retenus, dont 1 qui est vraiment resté jusqu’au tout dernier soir de la délibération de l’un des comités de sélection. Il ne faut pas y voir un désamour du Festival, ça fait aussi partie des aléas de la compétition : il n’y avait pas non plus de films allemands dans cette compétition cannoise, pas de films espagnols... Pendant des années, on n’a pas eu de films italiens et, cette année, il y en avait 3. L’Allemagne, l’Espagne sont des pays qui produisent plus que la Russie, qui peut-être ont envoyé aux comités de sélection plus de films que les Russes, et pourtant il n’y en a pas dans la compétition 2015… Pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais imaginé, dans les recommandations que j’ai faites, que l’un de ces films puisse être sélectionné en compétition : je les voyais plutôt en sections parallèles. Je trouve donc dommage que les trois comités (car n’oublions pas que trois comités différents choisissent les films sans aucune concertation entre eux !) n’aient retenu aucun de ces films. J’en conclus que le niveau de ces films ne convenait à personne.

F. N. : Cannes Classics rendait hommage à deux morts, avez-vous dit. Qui était-ce ?

J. C. : Sergueï Eisenstein avec Ivan le Terrible et Elem Klimov avec Soyez les bienvenus (son premier long-métrage datant de 1964, jamais sorti en salle en France). Cannes Classics est une section qui, effectivement, comme son nom l’indique, est dédiée aux films classiques et qui met en valeur les meilleures restaurations faites dans le courant de l’année, avec généralement des premières mondiales de ces restaurations. Il y avait, certes, déjà eu une projection d’Ivan le Terrible à la Cinémathèque de Toulouse au début du printemps, mais disons que c’était la première fois que le film était montré à un public en version restaurée, numérisée par Mosfilm. Mosfilm mène une politique de restauration et de numérisation à assez grande échelle, puisqu’ils ont restauré déjà plus d’une soixantaine de films sous l’impulsion de son président, Karen Chakhnazarov. La restauration d’Alexandre Nevski devrait être finie à l’été ou à l’automne. Mosfilm s’attellera ensuite à Stalker et Solaris. Il y a tout un ensemble de films restaurés qui sortent. Il vient d’y avoir Sayat Nova, que j’ai présenté il n’y a pas longtemps au Reflet Médicis.

Il s’agissait donc, pour Cannes Classics, de mettre en avant Mosfilm et les restaurations qu’ils ont faites, notamment Ivan le Terrible avec, à la clé, des nouveaux sous-titres que j’ai refaits. J’ai changé 70% du texte. Je me suis retrouvé à faire des corrections qui m’ont parfois fait hurler de rire. Quand on regarde image par image, on s’aperçoit des aberrations. Je ne sais pas qui avait fait ces sous-titres et de quand ils dataient – des années 1960 peut-être. Quant à Soyez les bienvenus, ce film a également été restauré par Mosfilm, mais il est arrivé à Cannes par un autre biais. Klimov était un excellent cinéaste, mais sans doute eût-il mieux valu présenter un autre de ses films, plus adapté à un public international – Soyez les bienvenus est tellement ancré dans la réalité khrouchtchévienne qu’il est difficile à appréhender pour les non-spécialistes. Toujours est-il que la politique de restauration de Mosfilm va continuer d’être mise en avant, y compris en marge de Cannes, à Lyon au Festival Lumière où Mosfilm va prendre un stand cette année pour venir vendre ses films et ses restaurations. Il y en a globalement 500 qui sont dans un bon état technique. Et, pour l’instant, il y a à peu près 60 à 70 films restaurés et numérisés.

Mosfilm ne touche aucun rouble de l’État russe, bien que ce soit un studio d’État. Rien. Il n’y a pas une ligne budgétaire. Mosfilm fonctionne sur ses fonds propres : location de plateaux de tournage, de matériel, exploitation télévisuelle du catalogue Mosfilm, etc. Karen Chakhnazarov a remonté Mosfilm avec les moyens de Mosfilm. Et son but est que les films de Mosfilm soient le plus vus possible, en payant, en ne payant pas, en aidant les festivals comme celui des comédies à Paris en mars 2015, en prêtant les films, en mettant la main à la poche... Il se déplace beaucoup avec les films du studio, pour les promouvoir, les accompagner, les présenter. L’important est que ces films-là continuent d’être vus, un peu sur tous les supports, mais, si possible, dans les salles de cinéma. Et si ce n’est pas dans une salle de cinéma, si c’est une vente à la télé, si c’est un DVD, si c’est de la VOD, peu importe, du moment que ces films-là sont vus. Je suis très admiratif du travail qu’il a fait et qu’il continue de faire sur ces films qui appartiennent au patrimoine russe. Si seulement les autres studios (Lenfilm, le studio Gorki…) pouvaient en faire autant !

E. D. : Je suppose que cette année vous avez vu beaucoup de films sur la guerre ?

J.C. : Des films sur la guerre, pas tant que ça. Les films sur la guerre, essentiellement la Deuxième Guerre mondiale, sont généralement des films à grand spectacle et ce n’est pas le type de films que les grands festivals internationaux choisissent pour leurs sélections et leurs compétitions officielles. Quand certains sont retenus, c’est généralement que des grandes vedettes sont au générique et ces films-ci sont souvent projetés hors compétition, en soirée de gala. Donc, j’en ai vu, oui, évidemment, quelques-uns qui n’ont pas retenu l’attention de qui que ce soit et, en plus, c’est ça qui est intéressant, même les producteurs russes en ont envoyé assez peu au Festival de Cannes parmi les blockbusters possibles. Il se trouve que c’est le 70e anniversaire de la Victoire, cette année, et que, par définition, il y a plus de films sur la Deuxième Guerre mondiale mis en production depuis deux ans ; je pense que ça va se tasser en quantité avec le temps, les années qui vont passer.

E. D. : En fait, ce thème est très populaire et important en Russie, mais pas du tout important ici en France. Donc, est-ce que le cinéma russe fait encore partie du cinéma européen, à votre avis, ou est-ce que c’est déjà un cinéma à part ?

J. C. : La Deuxième Guerre mondiale est, au-delà du cinéma, un thème cher aux Russes. « La Grande Guerre patriotique », sujet abondamment traité sous l’ère soviétique, est de nouveau au goût du jour parce que les pouvoirs publics soutiennent/accompagnent ces productions

Je pense que les films russes sur la Deuxième Guerre mondiale sont une parenthèse dans l’histoire récente du cinéma russe, qui a été ouverte politiquement et qui pour l’instant est utile politiquement. Quand elle ne sera plus utile, on refermera cette parenthèse.

E. D. : Justement, c’est la question : est-ce que la parenthèse va être refermée un jour ?

J. C. : Je pense que, pour ce qui concerne la mise en valeur de l’unité nationale, la Deuxième Guerre mondiale est l’exemple parfait pour le cinéma. Néanmoins, quand ils s’apercevront que les spectateurs se lassent – et je pense qu’ils commencent à se lasser –, ils trouveront un autre thème fédérateur pour l’unité nationale. Est-ce que cette parenthèse va se refermer ? Je pense que oui. Mais j’attends de voir, reparlons-en l’année prochaine. Je ne suis pas sûr qu’il y ait encore en production beaucoup de films dont le thème soit la Deuxième Guerre mondiale. Je ne pense pas qu’on puisse creuser ce sillon-là. Il y eut, certes, trois succès : Stalingrad de Fedor Bondartchouk, le nouveau film de Renat Davletiarov sorti fin avril Ici les aubes sont calmes et La Bataille de Sébastopol de Sergueï Mokritski (coproduit avec l’Ukraine !). Mais nombreux sont les échecs…

Françoise Navailh : Un article publié sur Internet (TASS / 13 avril) signalait que le film numéro un au box-office russe était Fast and Furious 7, très loin devant La Bataille de Sébastopol.

J. C. : Oui, bien sûr. Ce sont ces films-là, les films de guerre, qui font les 18% de part de marché nationale en Russie, mais leurs performances restent très en deçà de ce que font les blockbusters américains classiques. Je pense donc, effectivement, que cette parenthèse va se refermer avec ce thème-là. Après il va falloir trouver autre chose pour, à la fois, conserver une part de marché assez haute et introduire un nouveau thème fédérateur sur l’unité nationale. Ça ne va pas être simple !

E. D. : Est-ce que, au niveau des genres que choisissent les producteurs russes, des tendances émergent ? Parce que, ces derniers temps, on peut plutôt voir des films de science-fiction. J’ai l’impression que les réalisateurs et les spectateurs russes commencent à fuir la réalité alors que les films vus à Cannes, je ne parle que des français, c’est l’actualité. Donc, je reviens à ma question précédente : est-ce que le cinéma russe est encore dans les tendances, dans le cinéma européen ou est-ce que c’est une voie à part ?

J. C. : Je pense que ce qu’on appelle le cinéma d’auteur russe reste « fidèle » à l’image qu’ont forgée Zviaguintsev, Sokourov, Guerman, Khlebnikov, Popogrebski, et que continuent aujourd’hui des gens comme Khomeriki, Guermanika, Mizguirev, Guerman Jr., etc. En revanche, politiquement parlant, c’est un cinéma qui généralement n’est pas soutenu par l’État. Ce cinéma-là continue d’exister, ce cinéma-là continue d’être produit. Mais, politiquement, il est clair aujourd’hui que l’État a décidé de soutenir, pas seulement financièrement mais aussi idéologiquement, des films qu’on peut qualifier de blockbusters, qui ont des thèmes qui sont censés être à la fois fédérateurs mais aussi attirer un public jeune qui va au cinéma. Et le public jeune qui va au cinéma ne va pas voir les films de Iouri Bykov ou Vassili Sigarev : il veut voir un spectacle à l’écran. Et si la guerre n’est plus le spectacle attendu, on part sur la science-fiction et puis peut-être qu’un jour la science-fiction ne marchera plus et on partira sur une adaptation de Pouchkine ou de Victor Hugo ou Alexandre Dumas, et on remettra au goût du jour les films de cape et d’épée avec une histoire d’amour. L’État russe, via le ministère de la Culture et le Fonds du cinéma, est en train de chercher des thèmes qui peuvent lui permettre de dépasser sa part de marché actuelle de 18% pour atteindre les 22, 24, 30%, etc., sans éventuellement avoir à mettre en place des quotas. Mais il y a aujourd’hui deux cinémas russes. Il y a le cinéma russe qui fait le tour du monde de Marrakech à Cannes, de Berlin à Venise, de Rome à Tokyo, un cinéma dit d’auteur qui généralement nous montre la société d’aujourd’hui. Et puis il y a l’autre cinéma russe qu’on ne voit quasiment jamais à l’étranger, cet autre cinéma russe qui est fait de blockbusters. Qui fait les 18% de part de marché ? Ce n’est ni Bykov, ni Zviaguintsev, ni Guermanika, ni Khomeriki, ni Guerman Jr. qui font ces 18% de part de marché du cinéma russe. Ce sont tous les autres. Le dernier film de Guerman Jr. doit sortir en Russie le 4 juin. Il ne faut pas se leurrer : Sous les nuages électriques va faire 15 000-20 000 entrées, ce n’est pas ce cinéma-là qui fait des entrées.

F. N. : Je n’ai pas l’impression que le cinéma russe soit tellement différent du marché français.

J. C. : La répartition des spectateurs entre les genres de films en France est beaucoup plus dispersée qu’en Russie où vous avez le cinéma d’auteur – quand Zviaguintsev sort Leviathan, il attire en Russie 350 000 spectateurs (soit 0,2% de part de marché, sachant que c’est un gros succès pour ce type de films) – et les « blockbusters » russes. Ces blockbusters sont des comédies comme Embrassez-vous et Embrassez-vous 2 de Jora Kryjovnikov, des films de guerre ou de science-fiction – ceux-là même qui font les 18% de part de marché en 2014. Il y a vraiment une scission entre les deux, scission que l’on retrouve même dans les multiplexes. Si vous allez aujourd’hui dans un multiplexe, vous avez 4 salles qui passent Fast and Furious, 2 qui passent Avengers et 1 qui passe La Bataille de Sébastopol. Vous ne pouvez pas voir Zviaguintsev dans un multiplexe. Alors que, dans les multiplexes français, vous trouvez La Tête haute d’Emmanuelle Bercot, La Loi du marché de Stéphane Brizé... Ce type de films atteint les multiplexes et vous vous retrouvez avec un potentiel de spectateurs plus important, une typologie de spectateurs différents de ceux qui, en Russie, vont voir Iouri Bykov ou Ivan Tverdovski et qui n’iront pas voir Fast and Furious. L’un des problèmes majeurs aujourd’hui est le taux de natalité qui s’est effondré après la perestroïka : la génération des 15-25 ans, celle-là même qui aujourd’hui va au cinéma en Russie, est nettement moindre que la génération précédente. Ils sont aujourd’hui très inquiets sur le développement du nombre de spectateurs. Pour la première année depuis douze ans, le nombre de spectateurs en 2014 était inférieur à celui de 2013 et ce n’est pas juste dû à la crise économique. C’est que le segment très restreint des spectateurs de salles de cinéma en Russie est un segment qui globalement va de 15 à 25 ans. Aujourd’hui les 15-25 ans sont en nombre insuffisant. Donc, il y a de plus en plus, aujourd’hui en Russie, de films qui sont considérés comme des films familiaux, où les parents amènent les enfants, c’est-à-dire que les 35 ans amènent les 10 ans et ils comptent sur ces films-là pour essayer de maintenir la fréquentation. Globalement, ils savent que les films qui sont faits dans le genre Zviaguintsev ou Sokourov sont faits pour les 35-40-50 ans ; ce ne sont pas ceux qui vont remplir les multiplexes. Il faut essayer de faire presque une « éducation à l’image », si je puis dire. Il faut essayer d’aller chercher les enfants, et, pour chercher les enfants, il faut prendre les parents. Il faut donc faire des films familiaux. Or le créneau des films familiaux est, pour l’instant, presque exclusivement occupé par le cinéma américain…

F. N. : Alors quels sont les genres qui marchent ?

J. C. : Les remakes ne marchent pas trop ; les films de guerre ont quand même pas mal marché (il faut reconnaître que Stalingrad, premier film russe tourné en 3D, a été au top du box-office en 2013 et plusieurs films se sont engouffrés derrière lui) ; les comédies populaires (certaines sont réussies comme Embrassez-vous, certaines sont ratées comme Embrassez-vous 2 ; Une cuisine à Paris a bien marché). On se plaint, en France, de la vitesse de rotation des films sur les écrans : le grand nombre de nouveautés chaque semaine ne laisse pas aux films le temps de « s’installer ». Mais la situation russe est dix fois pire ! La rotation est telle que les distributeurs comptent essentiellement sur la première (au plus, les trois premières) semaine d’exploitation pour rentabiliser leurs très grands frais de sortie ! Même pour les films les plus populaires ! Les films disparaissent très vite des écrans – et la très grande majorité disparaît aussi vite de l’histoire du cinéma russe... Mais ce sont ces films-là qui font les entrées du cinéma russe. Ce n’est ni Bykov, ni Zviaguintsev, ni tous ces gens-là. Il y a une volonté forte du pouvoir politique de pousser les films commerciaux et de faire en sorte que les films commerciaux russes récupèrent des spectateurs sur les films américains.

E. D. : Les Russes, en matière de législation, sont très inventifs. Il y a eu la loi sur l’interdiction du « mat » (mots grossiers et vulgaires)… Maintenant, il est question de quotas, le renouvellement de la lutte contre le piratage, la licence globale Internet… Est-ce que vous pensez que les Français pourraient apprendre quelque chose ?

J. C. : Je ne vois pas quoi. D’abord, parce que les Russes, quand ils parlent de quotas, ont généralement tendance à penser et à dire qu’en France il y en a et à chaque fois il faut recommencer et dire qu’en France il n’y a pas de quotas dans les salles de cinéma. J’ai, en collaboration avec Priscilla Gessati, sorti en Russie un livre intitulé Principes et mécanismes de financement du cinéma français il y a trois ans dans lequel nous avons détaillé tout ce qu’un État, la France, fait pour soutenir son cinéma. Ce petit livre a eu un grand retentissement dans le milieu cinématographique (et a même lancé une petite collection d’ouvrages analogues), mais je ne pense pas qu’aucun politicien, qu’aucun député – fût-il membre de la commission Culture de la Douma – l’ait jamais ouvert… Le ministère de la Culture russe tente de suivre des voies qui, sans qu’il le sache, ont déjà été suivies et ont conduit certaines cinématographies dans le mur. Depuis la vraie reprise en main politique du cinéma que je date d’il y a trois ans, on va dans une direction où le cinéma redevient un instrument politique d’unification des masses, de fédération des peuples, de cohésion nationale, etc. Et aussi de mise en avant d’un certain nombre de valeurs dont certains députés, ministres, sénateurs, estiment qu’on les a perdues, qu’ils les ont perdues plutôt. Il y a récemment eu une proposition d’un sénateur de Saint-Pétersbourg aux termes de laquelle il souhaite que les cinémas affichent dans chacune des salles si un film correspond aux valeurs religieuses orthodoxes ou s’il n’y correspond pas. Ce n’est pas de la censure, aucun film ne serait interdit, mais un spectateur qui va dans une salle de cinéma est censé savoir si le film qu’il va voir correspond aux valeurs orthodoxes. Il faut se souvenir que, autrefois, il y avait certes en France les avis de l’Office catholique, mais les salles de cinéma n’étaient pas tenues de les afficher...

E. D. : Quelle est donc la suite de ces lois sur le « mat », les visas d’exploitation… Est-ce que ça fonctionne ?

J. C. : Pour l’instant, ça fonctionne puisque Zviaguintsev a même été obligé de refaire son mixage. Donc ça fonctionne tout à fait. Un film russe avec du « mat » aujourd’hui en Russie ne sort pas tant qu’ils n’ont pas enlevé le « mat ». Point.

F. N. : Comment l’enlèvent-ils ? Ils refont l’enregistrement de la bande-son ?

J. C. : Pas forcément. Cela peut être des « bips » qu’on entend à la place du mot grossier (ce qui fait hurler de rire la salle) ou bien des amuïssements imposés, comme ce qu’a fait Zviaguintsev : à vingt endroits de Léviathan, au moment où un type dit un mot grossier, Zviaguintsev a gommé ces paroles et les a remplacées adroitement par des silences ou de la musique. L’année dernière, il y eut le film Le Combinat « Espoir » de Natalia Mechtchaninova : ce film a été fait en deux versions. Ils ont tourné une « vraie » version (originale) et une « fausse » version (expurgée). Ce qui donne aujourd’hui quelque chose de totalement absurde. Pour Léviathan, quand on veut voir la version de Zviaguintsev, on peut la voir, mais pas en Russie. C’est-à-dire que la vraie version du film est exploitée dans le monde entier, sauf dans son propre pays. Certes, les Russes y ont accès via Internet, mais, officiellement parlant, ça sous-entend quand même que le pays qui a choisi ce film pour le représenter aux oscars ne veut pas montrer le film tel qu’il a été fait, à la différence du monde entier qui, lui, le prend comme tel.

K. K-R. : Est-ce que ça concerne aussi les ventes de DVD ?

J. C. : Sur les DVD, vous pouvez laisser le film tel qu’il est, mais vous êtes obligés de mettre un autocollant sur le blister pour dire : « Attention, ce film contient... »

E. D. : Du coup, ici en France, on a la chance de voir les films russes non censurés.

J. C. : Absolument. On n’en voit pas beaucoup, mais on voit la version de l’auteur.

E. D. : Quels sont les prochains films qui vont sortir en France ?

J. C. : Le Souffle d’Alexandre Kott sort le 10 juin, puis le film d’Andrei Konchalovsky (Lion d’argent à Venise en 2014) Les Nuits blanches du facteur, initialement prévu pour le 8 juillet, sortira le 15 juillet. Ensuite, on aura le 23 septembre Classe à part, le premier film d’Ivan Tverdovski qui a remporté le Grand Prix à Marrakech en 2014 et qui a été acheté par Arizona ; puis Dourak/L’Imbécile de Iouri Bykov, acheté par Kinovista. Enfin, le 11 novembre sortira Francofonia d’Alexandre Sokourov, mais qui n’est russe que par la citoyenneté de son metteur en scène et la langue majoritairement parlée. Si on ajoute Marussia d’Eva Pervolovici, sorti en janvier, Territoire de la liberté d’Alexandre Kouznetsov et Il est difficile d’être un dieu d’Alexeï Guerman sortis en février, 2015 devrait compter 7 ou 8 films russes sortis commercialement, ce qui n’est pas arrivé depuis je ne sais combien de temps.

K. K-R. : Et pour les deux grandes manifestations en France, la Semaine du cinéma russe à Paris et le Festival de Honfleur, parmi les films de 2015, à votre avis, quels sont les films les plus intéressants qui seront obligatoirement dans leurs programmes ? Est-ce que ça va influencer aussi ces festivals-là ?

J. C. : Ça, je ne sais pas, je ne peux pas vous dire. La sélection du Festival de Honfleur est une sélection indépendante, cependant certains films retenus peuvent éventuellement déplaire au pouvoir russe et on va le faire comprendre au Festival. Ça ne veut pas dire que ça change la sélection, ça veut dire que ça peut changer la forme ou le niveau de soutien alloué au festival par le ministère russe de la Culture. Pourtant un certain nombre de films se font en dehors du soutien de l’État : on peut faire les films qu’on veut dès lors qu’on ne va pas chercher ce soutien. Du moins, sur le papier. Ce qui est compliqué ensuite, c’est de sortir le film. Mais vous pouvez le faire. Si vous trouvez un ou deux millions d’euros, vous faites le film que vous voulez, où vous voulez, avec « mat », avec ce que vous voulez. Après, le problème est : qu’est-ce que vous en faites, de ce film-là ?

F. N. : Y a-t-il une pression sur les distributeurs à ce moment-là ?

J. C. : Il peut y avoir une pression sur les distributeurs. Le « mat » déjà met une pression aussi. Est-ce qu’un film peut être totalement interdit ? Oui. La censure est revenue. En 2012, le film serbe Clip de Maja Milos ( primé au festival de Rotterdam et sorti en France le 17 avril 2013) a été totalement interdit d’exploitation. C’est, à aujourd’hui, le seul cas que je connaisse[1]. Il peut y avoir effectivement quelques recommandations, faites çà et là, à certains exploitants ou à certains distributeurs (la société Central Partnership, après un entretien en avril au ministère, a d’elle-même demandé à ce que soit retiré le visa d’exploitation du film américain Enfant 44 de Daniel Espinosa qu’elle avait pourtant acheté…). Après, il faut voir aussi si ça peut déclencher un retentissement ou pas. Si vous avez fait un petit film d’auteur contre le pouvoir et que ça passe dans deux salles, il y a un moment où ce n’est peut-être pas la peine d’en faire un scandale, parce qu’aller l’interdire lui confère une notoriété qu’il n’aurait jamais acquise. Mais c’est encore une fois le jeu du chat et de la souris.

F. N. : Est-ce que le film de Valeria Gaï Guermanika Oui et Oui, qui a eu un prix au Festival de Moscou en 2014 à la surprise générale – enfin, sa sélection avait été inattendue – a été exploité commercialement ?

J. C. : Oui, avec une belle anecdote à la clé ! Il est sorti le 27 juin 2014. Il a été exploité 3 jours, puis a été retiré des écrans le 30 juin, puisque la loi contre le « mat » entrait en vigueur… le 1er juillet ! Et depuis, plus rien, en tout cas, pas en salles. Rien. Il faut le chercher sur Internet ou en DVD.

F. N. : Quid de la circulation en Russie des films ukrainiens, des films des ex-Républiques soviétiques : baltes, géorgiens, etc. Pas de problèmes ?

J. C. : À ma connaissance, non. Il n’y a pas d’interdiction et ce n’est pas plus difficile aujourd’hui. Néanmoins, la quasi-totalité de ces films sont des films d’auteur. Ce n’est pas le contenu ni l’origine qui font problème. Pour ce qui concerne la Géorgie et le Kazakhstan, il y a de vraies coproductions qui ont été mises en place et Rezo Guiguinéichvili est sans doute le metteur en scène d’origine géorgienne le mieux installé en Russie : il a épousé la fille cadette de Nikita Mikhalkov, il a fait un film, L’Amour avec accent, qui a très bien fonctionné et en Géorgie et en Russie. Il y a donc des gens comme ça, qui font le pont entre deux cinématographies. Bekmambetov fait ça avec le Kazakhstan et il le fait très bien. Davletiarov le fait aussi avec le Kazakhstan. Mokritski, comme je le disais, a fait La Bataille de Sébastopol en coproduction avec l’Ukraine – et le film est sorti dans les deux pays, alors même que l’Ukraine boycotte la plupart des films russes depuis quelque temps… Il y a donc des coproductions qui peuvent se faire indépendamment des relations politiques entre les pays, et notamment avec la Géorgie. Mais, pour l’instant, je n’ai pas vu de film qui soit interdit d’importation en Russie parce qu’il vient d’un pays qui n’est pas ami, y compris sur le territoire de l’ex-URSS. On entre ensuite dans des considérations financières. Aujourd’hui, en Russie, on sort chaque année entre 420 et 480 nouveaux films sur les écrans (contre 650 environ en France). C’est beaucoup trop, parce qu’ils n’ont pas le parc de salles français et ils n’ont aucune interdiction ou obligation ou engagement de programmation qui leur permettent de diversifier leur programmation. D’où le fait qu’il y a une rotation des films qui est extrêmement forte : dès que vous perdez un peu de spectateurs, vous virez le film et en mettez un autre. Vous pouvez mettre Fast and Furious dans 5 salles sur 8 sans que ça gêne qui que ce soit. En France, les établissements de 8 salles et plus s’engagent à ne pas consacrer plus de 30 % des séances de la journée à un même film, quels que soient la version ou le format. Cela s’appelle les « engagements de programmation ». Et si vous vous voulez déroger à ça, il faut demander… une dérogation. C’est censé – ce n’est pas juste censé, c’est dans les faits – assurer une diversité parce que vous êtes bien obligé de mettre autre chose sur vos autres écrans. Il n’y a pas ça en Russie, ni dans beaucoup de pays, pour être honnête. Mais c’est quelque chose d’essentiel.

E. D. : Le ministère de la Culture a proposé d’étaler les sorties, d’imposer les dates de sortie aux distributeurs.

J. C. : Oui, avoir un droit de regard sur le calendrier pour que ce soit plus réparti. Mais les distributeurs et les exploitants ne veulent pas. Pour l’instant, statu quo. Parce que, effectivement, le cinéma russe qui fait des entrées est saisonnier en Russie. L’essentiel des entrées sont faites entre le 15 décembre et le 15 février. C’est tout. Tous les gros blockbusters de la fin de l’année trustent les entrées et tout le monde sort à ce moment-là, les comédies notamment. Maintenant, avec les films de guerre, c’est un peu plus étalé cette année, à peine l’année dernière. On va voir, mais il y a des mois entiers où globalement il ne se passe rien au niveau du cinéma russe commercial dans les salles de cinéma. Et le ministre de la Culture souhaiterait que ce soit plus étalé dans le temps, sauf que la distribution a des lois qui sont climatiques, économiques, les congés scolaires, etc. Ce qu’il ne veut pas, c’est qu’il y ait un Fast and Furious qui sorte le jour où sort un film de guerre patriotique, car ce dernier n’aurait aucune chance de succès. Il veut obliger le distributeur de Fast and Furious à bouger sa date. Pour l’instant, ce n’est pas fait. Quelques producteurs russes, trop heureux d’obtenir de belles subventions pour tourner ces fameux films patriotiques, soutiennent l’initiative ministérielle, mais la charge est tellement opportuniste qu’elle en est ridicule. Distributeurs et exploitants sont vent debout contre cette nouvelle proposition.

K. K-R. : Et ils veulent obliger les films étrangers à sortir plus tard.

J. C. : Plus tard ou plus tôt : à un autre moment. Afin que, mettons, Ici les aubes sont calmes sorte dans 6 salles sur 8 ou 10. Alors que, s’il y a Fast and Furious la même semaine, l’exploitant va mettre Fast and Furious dans 6 salles et le film patriotique dans 2 ou 3 seulement. Comment mieux contrer la concurrence qu’en réinstaurant un monopole ?... Or, avec toutes les analyses statistiques qui sont faites, on voit que, en plus, cette initiative est stupide, car la rentabilité par copie reste très basse – surtout avec un film que rechignent à voir les spectateurs. Quand vous avez 6 salles avec le même film qui démarre tous les quarts d’heure, la rentabilité par copie est forcément basse. Donc, c’est un taux de remplissage de salles qui est aberrant de toute façon. Les distributeurs sont en train d’essayer de démontrer ça. Une étude est parue cet hiver pour pousser le ministère à prendre en compte les statistiques : elles ont montré le taux de remplissage des films quand un multiplexe passe le même film dans 6 salles. On sait très bien que, s’il y avait plus de diversité, si au lieu de passer un même film dans 6 salles, on ne le passait que dans 4, il y aurait sans doute plus de monde statistiquement dans chacune des salles et ça serait, in fine, plus rentable.

K. K-R. : On parle toujours des problèmes de distribution du cinéma en Russie. Est-ce qu’il y a une tendance à l’amélioration depuis deux ans ou est-ce que vraiment ça ne bouge pas ?

J. C. : Non, ça ne s’améliore pas du tout, notamment à cause de la crise. Il y a une forte concentration de la distribution des films en Russie autour des distributeurs des films des majors américaines et une réduction du nombre des distributeurs indépendants, semi ou totalement indépendants. Il y avait 44 sociétés de distribution répertoriées, il y en a 4 qui ont fermé en 2014 et sans doute autant vont le faire en 2015. Deux sociétés majeures pour le cinéma indépendant ont fermé leurs portes : « Kino biez granitz » (Cinéma sans frontières) et « Carmen ». Je les connais bien, parce qu’ils achetaient beaucoup de cinéma français. Eux n’ont pas réussi à surmonter la crise économique et ils ne sont pas les seuls. Ceux qui s’en sortent le mieux forcément aujourd’hui, ce sont ceux qui ont un contrat-cadre avec les majors américaines, qui ont les films hollywoodiens dans leurs portefeuilles. Les accords qu’ils ont conclus avec les majors font qu’ils ne paient pas de minimum garanti à l’avance et qu’ils font remonter les recettes aux Américains au fur et à mesure. Alors que, pour toutes les autres cinématographies, il n’y a aucun accord-cadre qui ait été passé entre un producteur français, japonais, britannique, allemand ou espagnol et un distributeur russe pour approvisionner le distributeur toute l’année en films. Aucune société, ni française, ni britannique ni espagnole ne produit suffisamment de films importants pour être attractive toute l’année. Il n’y a que les studios américains qui font ça et qui ont les moyens, la possibilité de le faire. Le distributeur russe ne paie pas Fast and Furious. Le distributeur russe prend à sa charge toute la campagne promotionnelle en Russie, mais il ne paie pas le droit d’avoir le film. Aucun film français, aucun studio français, ni Gaumont ni EuropaCorp ni personne n’a jamais pu passer d’accord-cadre avec aucun distributeur. Donc, il y a les 5 majors américaines (Warner, Fox, Sony, etc.) et puis les autres, qui fonctionnent au minimum garanti. Gaumont, par exemple, travaille avec plusieurs distributeurs russes, film par film. Comme les Allemands, comme les Espagnols, comme les Britanniques. Comme le cinéma américain indépendant. Les distributeurs indépendants ont subi la crise de plein fouet, car ils ont payé leurs films en euros ou en dollars, or l’euro et le dollar se sont effondrés. Les exploitants russes, voulant ne pas perdre les spectateurs, n’ont globalement pas augmenté le prix du billet en roubles. Et les entrées dans les salles se faisant en roubles, les exploitants renvoient des roubles au distributeur. Le distributeur est censé les changer en euros ou en dollars pour renvoyer des recettes à l’ayant droit étranger – sauf que le taux de change est tel qu’il faut beaucoup plus de roubles qu’avant pour avoir la même somme en euros ou en dollars ! Donc la situation de la distribution aujourd’hui est compliquée. Pour ce qui est du cinéma français, par exemple, on a connu une excellente année 2014 en Russie (61 nouveaux titres sur les écrans ; 7,8 millions de spectateurs en salles). Mais je vois bien que l’année 2015 va être une année plus que difficile. Il va à nouveau falloir attendre que le pays se redresse, or des dépenses somptuaires de Sotchi à l’effondrement du cours du baril de pétrole, en passant par l’annexion de la Crimée et le soutien aux séparatistes en Ukraine, les finances de l’État ne sont pas bonnes et les perspectives de reprise peu réjouissantes.

F. N. : Combien de films français sortent en moyenne en Russie ?

J. C. : Disons de 40 à 60 nouveaux films par an. La France peut s’enorgueillir d’être la 3e cinématographie la plus vue en Russie, derrière l’américaine et la russe, tant en terme de films qu’en terme de spectateurs. Sa part de marché est bien supérieure à celle de tous les autres pays producteurs de films.

K. K-R. : Combien de films ont été produits en Russie l’année dernière ?

J. C. : Je ne sais pas parce que personne ne le sait exactement. En fait, l’État ne fait de statistiques que sur les films qu’il soutient. Disons que le nombre oscille entre 70 et 90 longs-métrages. En France, on a produit 258 longs-métrages l’année dernière, coproductions comprises. Sur ces 258 films, 203 sont des films majoritairement français – la part française des 55 autres est minoritaire. 343 films français sont sortis sur les écrans nationaux (sur 663 nouveaux titres).

K. K-R. : Et 420 sortent en Russie…

J. C. : À peu près, en moyenne 420-450, quelque chose comme ça. Comme je le disais, les statistiques officielles sont lacunaires et divergentes : selon certaines sources, 96 films russes seraient sortis en 2014 (selon d’autres, un peu moins). Sans doute pour des raisons politiques, les sources amalgament les films étrangers sans en distinguer la provenance : on ne sait donc pas combien de films américains sont sortis ni quelle est leur part de marché. Les estimations sont celles-ci : 1 film sur 4 serait américain, 3 spectateurs sur 4 verraient un film américain… (En France, les films américains ont représenté, en 2014, 22,6% des nouveaux titres et attiré 45,4% des spectateurs.) Il y a donc, en Russie, une grosse concentration des entrées sur les films hollywoodiens. La Russie n’est pas le seul pays dans ce cas, mais, de tous les pays de l’ancien Pacte de Varsovie, c’est le seul qui refuse de l’avouer ouvertement.

F. N. : Pour conclure, quels seraient les cinéastes de demain ? Qui est prometteur ?

J. C. : Il faut regarder du côté des premiers et deuxièmes films. Je pense qu’Ivan Tverdovski qui a fait Classe à part est quelqu’un qu’il faut suivre. Comme on a suivi Khomeriki, comme je suis Guermanika, Khlebnikov, Popogrebski, Sigarev, Bakouradzé, Mizguirev (qui se lance dans une superproduction en costumes, Le Duelliste), mais ils tournent moins vite que François Ozon ! Il faut donc attendre quelques années entre chaque film. Et, dans les plus jeunes, je n’ai pas encore trouvé le Xavier Dolan russe. N’oubliez pas qu’en 2003 personne n’avait vu venir Andreï Zviaguintsev : cet homme de 39 ans à l’époque, qui n’avait fait aucune école de cinéma, n’avait tourné aucun court-métrage, ressort du Festival de Venise avec deux Lions d’or pour Le Retour ! Tout peut arriver ! Il ne faut pas désespérer. On voit passer des gens à la Cinéfondation avec des courts-métrages d’école. Eux peuvent donner des choses. Alexandre Kott est passé par là, il a fait un premier film intéressant, le troisième est franchement bien. Mais ce sont des gens qui effectivement aujourd’hui ont une quarantaine d’années. Aller chercher du côté des trentenaires, ce n’est pas facile.

E. D. : Il y a des jeunes filles comme Saïfoullaeva, Mechtchaninova…

J. C. : Oui, c’est ça, absolument, chez les filles. À mon sens, le meilleur film russe de Berlin cette année était… kalmouk ! Les Mouettes, premier long-métrage d’Ella Manjeeva, 33 ans, était formidable ! Vous voyez, on trouve toujours de bonnes raisons d’espérer.

[1] En relisant cette interview le 20 septembre 2015, je dois ajouter que le film Varia d’Aliona Polounina a été interdit en juillet pour avoir montré « positivement » l’organisation ukrainienne « Pravy Sektor », puis le film Love de Gaspar Noé, présenté à Cannes, a également été interdit d’exploitation en septembre. Il faut savoir que le dernier film interdit totalement d’exploitation en France remonte à… 1979.




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