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INTERVIEW DE KIRA MOURATOVA



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[Cet entretien é été réalisé à Paris le 9 décembre 1987.]





Françoise Navailh  : Vous avez terminé le VGIK en 1962 dans la classe de Sergueï Guerassimov. Etait-ce par choix ou par obligation ? Auriez-vous aimé étudier avec quelqu’un d’autre ?

Kira Mouratova :
Non, absolument pas. Je l’adorais. Je suis vraiment heureuse d’avoir été son élève. J’ai eu de la chance parce que c’était un professeur génial. Parce que, d’abord, Guerassimov était lui-même un acteur remarquable. Il avait donc une connaissance intime des acteurs. Il savait communiquer avec les gens et déceler leurs capacités, réveiller ce qui dormait en eux. Il devinait ; il avait un don magique. Et puis enseigner était une véritable passion pour lui. D’ailleurs, dans ses propres films, le professeur l’emporte parfois sur le metteur en scène. Il choisissait les acteurs autant pour leur potentiel que pour leurs qualités réelles. Il voulait les faire progresser. Il était plus intéressé par ce processus que par le film lui-même. Il préférait recevoir, disons, un 20 pour sa direction d’acteurs plutôt qu’un 20 pour sa réalisation. C’était vraiment LE professeur.

Françoise Navailh  : A l’issue de vos études au VGIK, vous passez votre diplôme…

Kira Mouratova :
Oui, mon mari (1) et moi-même avons passé notre diplôme aux Studios Gorki de Moscou. (2). Un moyen-métrage de 45 minutes seulement. En Noir et Blanc.

Françoise Navailh  : Quel en était le sujet ?

Kira Mouratova :
Mon mari avait fait la connaissance de l’écrivain Troepolski (3) et il lui avait demandé l’autorisation d’adapter un de ses récits. Je peux difficilement vous parler du film aujourd’hui parce qu’il y a longtemps que je ne l’ai pas vu. Je peux juste vous dire qu’il s’agit d’une histoire très simple. Un chasseur, à la campagne, veut protéger son troupeau du loup. Il suit donc les traces d’une louve et trouve sa tanière. Bien sûr, il y a aussi une étude psychologique sur les rapports entre le chasseur et sa proie. En un mot, le héros est une espèce de type bizarre, ce qu’on appelle en russe « un tchoudak ». Et pour moi, ça a été le début de mon intérêt pour les gens bizarres, un peu marginaux, les caractères entiers et différents.

Françoise Navailh  : Puis ensuite, en 1964, vous tournez « Notre Pain Honnête », toujours avec votre mari, aux Studios d’Odessa en Ukraine. Pourquoi les Studios d’Odessa ? Vous vouliez changer d’endroit ?

Kira Mouratova :
Oh non, je suis casanière, ultra casanière. Je reste au même endroit jusqu’à ce qu’on me chasse. Mais dès qu’on me pousse, je roule comme une pierre droit devant moi et puis je m’arrête, je m’installe jusqu’au choc suivant. Non, je suis allée à Odessa par hasard. Il arrive parfois que des studios viennent prospecter au VGIK. Ils avaient un scénario et pas de metteur en scène. Ils nous ont proposé de le faire. Le scénario nous a plu et nous avons accepté.

Françoise Navailh  : A l’époque, « Notre Pain Honnête » fut considéré comme un événement. Cela semble moins évident aujourd’hui.

Kira Mouratova :
Il s’agissait de problèmes dans la gestion d’un kolkhoze et des relations avec toutes les instances de la hiérarchie : soviets de la région, du district, de la ville…Bref, on voit le pouvoir politique apprendre aux kolkhoziens comment on doit labourer, semer… autrement dit, des gens qui n’y comprennent rien se mêlent de tout. Le film est construit sur ce conflit, sur ces directives qui tombent d’en haut, changent tout tout le temps et perturbent le travail. Des décisions prises d’en haut par des ignorants et des incompétents qui pensent, en plus, que les autorités savent mieux ce qu’il faut faire que les gens sur le terrain. C’était vraiment un problème d’actualité. Et il y a eu alors beaucoup de films sur le même thème.

Françoise Navailh  : Ensuite vos thèmes changent rapidement et cessent de refléter l’actualité.

Kira Mouratova :
Oui, nous avons divorcé, mon mari et moi, et j’ai tourné seule.

Françoise Navailh  : Avant de parler des films, arrêtons-nous sur les acteurs. Vous aimez prendre des amateurs, vous jouez vous-même…

Kira Mouratova :
En fait, il s’agit à chaque fois de hasards. C’est par hasard que j’ai tourné dans « Brèves Rencontres ». J’avais engagé une actrice dont je tairai le nom. Une excellente actrice. Tout allait bien pendant les répétitions mais le résultat à l’écran me décevait à chaque projection des rushes. Donc, c’était de ma faute. J’avais fait une erreur en l’engageant. Mais j’étais coincée. Le tournage avait déjà commencé. Soit je continuais avec elle, soit je trouvais quelqu’un d’autre rapidement. Je n’avais plus le temps. J’ai donc repris le rôle. Quant à l’acteur masculin, là encore le projet initial a été modifié. Une drôle d’histoire s’est produite. Vyssotski (4) débutait alors au cinéma. Je lui fais faire un bout d’essai mais finalement, j’en retiens un autre, Lioubchine. (5) Lioubchine commençait aussi sa carrière et il voulait faire un maximum de films. Il m’a carrément trompée : alors qu’il faisait son bout d’essai avec moi, il avait déjà signé un autre contrat pour le film « Le Bouclier et le Glaive » (6) dont le tournage avait lieu en Allemagne. Mais il ne m’avait rien dit. Il voulait peut-être vérifier qu’il nous plairait aussi et qu’on retarderait « Brèves Rencontres » pour lui… Un calcul un peu puéril… Mais la situation était plutôt gênante. On avait refusé le rôle à Vyssotski et maintenant que Lioubchine ne pouvait plus, on le rappelait… Il a été remarquable. Il n’a rien dit, à aucun moment, ni pendant ni après le film. Sans se vexer, il a aussitôt accepté le rôle et il s’est mis au travail. Une attitude simple et noble. Et il a joué merveilleusement bien le personnage de Maxime.

Françoise Navailh  : Pourquoi alors avoir d’abord choisi Lioubchine ?

Kira Mouratova :
Il me semblait qu’il correspondait tout à fait au personnage tel qu’il avait été conçu et écrit. Dans le scénario, l’homme était un être, disons, doux et qui, par la force de sa douceur, prenait le dessus, un peu comme un tsigane charmeur. Elle, elle est plus sèche, plus raide, plus raisonneuse. Elle s’enfonçait en lui comme dans du coton. Sans avoir l’air de s’opposer, il lui résistait, lui échappait. Vyssotski a fait autre chose du personnage, il l’a durci. C’est devenu le conflit de deux fortes personnalités qui se heurtent durement pour des choses très concrètes. Le film s’est centré sur ce conflit. Est-ce un bien, est-ce un mal ? C’est ce film-là qui a été fait. Donc il est vain de disserter sur ce qui n’a pas eu lieu. En tous les cas, j’ai beaucoup aimé travailler avec Vyssotski. Même si c’est le hasard qui nous a réunis.

Françoise Navailh  : C’est votre unique expérience d’actrice ?

Kira Mouratova :
Oui, je n’ai aucune vocation d’actrice. C’est amusant et sympathique de jouer un petit rôle, mais tenir le rôle principal dans son propre film, c’est très-très dur. D’un autre côté, ça m’a beaucoup apporté. J’ai tout compris des acteurs à ce moment-là. Jouer, c’est faire un strip-tease moral, se dénuder, perdre toutes ses défenses. L’acteur devient alors puéril, susceptible. Il a besoin d’être le centre du monde. Mais le cinéma, c’est aussi la technique. L’acteur joue cinq minutes et attend des heures. Et alors, tout l’énerve, l’irrite. Il est encore dans son jeu. D’où l’impression, pour les gens de l’extérieur, que l’acteur fait des caprices, joue à la vedette. Alors que c’est naturel. Et parce que j’ai été actrice, je comprends ça. En tant que metteur en scène, je me fiche éperdument de ce que pense l’éclairagiste et de ce qu’il fait pendant le tournage. Tout ce que je veux, c’est qu’il règle ses projecteurs et qu’il ne fasse pas de bruit. Je ne suis pas vexée s’il joue aux cartes. Mais en tant qu’actrice, je ne supportais pas qu’on m’ignore. J’en aurais pleuré. Mais bon, je me contentais de regarder d’un sale œil les malappris. Nina Rouslanova (7), elle, leur jette carrément sa chaussure en les engueulant !

Françoise Navailh  : A propos de Rouslanova, comment l’avez-vous trouvée ?

Kira Mouratova :
Je l’ai croisée à Moscou dans la rue, à côté de l’Ecole de Théâtre Chtchoukine. Elle avait débarqué de Kharkov. Je l’ai vue et elle m’a plu par sa silhouette, son allure. Le personnage de Nadia dans « Brèves Rencontres » était son premier rôle.

Françoise Navailh  : Vous avez écrit le scénario de « Brèves Rencontres » avec un homme. Qu’est-ce que chacun a apporté ?

Kira Mouratova :
Il n’y a aucun rapport entre le sexe des auteurs et le contenu du scénario. Dans la première variante, le personnage de Nadia n’existait pas. Il y avait juste un couple, Valentina, c’est-à-dire moi, et Maxime, le géologue. Et puis j’ai lu par hasard le récit de Joukhovitski « La maison dans la steppe » où il était question d’un troquet et d’une serveuse venue de la campagne qui tombe amoureuse d’un géologue de passage. Une petite histoire d’amour courte et triste. J’ai d’abord été frappée par la coïncidence, la présence d’un géologue dans nos deux histoires. Et puis je me suis dit que ça serait bien d’introduire cet épisode dans mon scénario pour l’enrichir. Et de fil en aiguille, on en arrive au triangle que je n’avais absolument pas prévu. J’ai proposé à l’auteur de collaborer. Voilà comment nous avons écrit le scénario à deux. Ensuite j’ai introduit le personnage de l’amie de Nadia. Elle est jouée par une fille qui fait une apparition dans « Notre Pain Honnête ». J’avais d’abord pensé à elle pour Nadia. A l’origine, c’est une vraie laitière. C’est une espèce de rêveuse, de mythomane qui raconte toujours des histoires impossibles, des amours tragiques. Elle adore inventer pour le simple plaisir de raconter. De plus, c’est une actrice remarquable. Elle joue aussi dans « Parmi les Pierres Grises ».

Françoise Navailh  : Comment expliquez-vous l’interdiction de vos films. C’est incompréhensible.

Kira Mouratova :
De l’extérieur, de toute façon, on ne peut rien comprendre. Que vous me posiez la question, c’est normal. Mais on me pose aussi cette question en URSS. Les journalistes soviétiques m’interviewent comme si j’avais vécu ici et qu’eux débarquent de Mars. J’ai cessé de répondre à cette question idiote parce qu’ils font semblant de ne pas savoir. Le plus intéressant, c’est que certains sont sincères. J’ai découvert que l’homme était capable d’oublier instantanément s’il le faut ce qu’il sait, capable de s’adapter très vite. Et en fait, en me posant la question, ils se la posent à eux-mêmes.

Mais je ne sais vraiment pas pourquoi mes films ont été interdits. Je crois que ça s’explique par un désir idéologique que l’Art cesse d’être réellement de l’Art, c’est-à-dire quelque chose de vivant, le désir que l’Art serve juste d’illustration à un dogme, qu’il soit une liste de règles sur la manière de vivre, de penser, d’agir, etc. C’est-à-dire que l’Art devienne ce qu’il ne peut être s’il veut rester de l’Art ! C’était un désir totalement naïf. Parce que logiquement, à leur place, il aurait mieux valu interdire l’Art. C’est ce que j’ai toujours voulu, d’ailleurs. J’en rêvais même. Très bien, interdisez ! Puisque rien ne vous convient, faites-le vous-même ou alors interdisez tout. Parce que ce que vous voulez, ce n’est pas de l’Art, c’est quelque chose d’autre. Ils exigent l’impossible. Ils demandent simultanément que tu coures sans bouger tout en faisant croire que tu cours normalement ! On ne m’a jamais franchement expliqué la raison de mes ennuis ni licenciée franchement. On me demandait pourquoi je ne travaillais pas. Et dès que je faisais un film : « Non, ça ne va pas ! » Rien de ce que je faisais ne pouvait leur plaire à cause de l’esthétique de mes films, de ma manière de voir les gens et le monde. Dans son principe même, ils rejettent tout regard vivant sur une chose vivante. Un reflet vivant, une analyse vivante, peu importe. Le vivant les dérangeait. Pourquoi j’insiste sur cette notion de vivant ? Parce que dans mes films, il n’y a aucune intention polémique, aucune critique radicale de l’idéologie qui expliquerait l’interdiction. Simplement, c’est pas « ça ». On me disait : « Dans l’ensemble, ça ne va pas. » Mais rien de concret, aucun reproche précis. Donc, ce n’était pas le fond mais la forme, mon style. On a mille fois plus critiqué « Les Longs Adieux » que « Brèves Rencontres », ça m’a coûté huit ans d’inactivité forcée. Il y a même eu une Résolution du Comité Central de l’Ukraine contre mon film alors qu’il n’y a pas l’ombre de politique dedans ! Rien qu’une histoire de famille, une atmosphère intimiste. Ils ont dit que c’était « un film bourgeois pourri ». C’est tout. De « Brèves Rencontres » on pouvait encore dire : Ah ah, vous critiquez les autorités locales, la gestion des mairies, vous montrez que les gens vivent dans des taudis, qu’ils fuient les kolkhozes, etc. Du coup, ils l’ont sorti à la sauvette. Pas longtemps, mais sorti quand même. « Les Longs Adieux » a été purement et simplement interdit. Prenons encore « En Découvrant le Vaste Monde », une simple histoire romantique. En plus, ça se passe sur un chantier. On y voit la classe ouvrière. C’est exactement ce que vous voulez, non ? « Non ! Vous transformez le chantier en une horreur. » Mais non, c’est une stylisation, c’est beau… « Qu’est-ce que vous voyez de beau ?! Vous ne montrez que des endroits répugnants ! » Bref, c’est bien l’esthétique de mes films qui déplaît.

Françoise Navailh  : Ne pensez-vous pas plutôt que votre manière d’aborder les relations entre hommes et femmes explique mieux vos difficultés ? Vous parlez du mal de vivre des couples, de la solitude féminine, de l’incommunicabilité…

Kira Mouratova :
Je ne suis pas la seule à en parler.

Françoise Navailh  : Mais les autres n’ont pas votre lucidité. Dans vos films, on voit bien qu’il s’agit de situations sans issue.

Kira Mouratova :
Je ne pense pas avoir un ton plus polémique que d’autres. Le couple est un sujet universel. Il n’y a rien de tragique dans mes films. Au contraire, j’essaie toujours de participer à une harmonie universelle.

Françoise Navailh  : Je pense néanmoins que montrer la femme différente de ce qu’elle devrait être est un sujet encore sensible en URSS, un tabou même.

Kira Mouratova :
Peut-être avez-vous raison. Je manque d’une vue d’ensemble sur le problème.

Françoise Navailh  : Dans « Brèves Rencontres », Valentina et Nadia, malgré toutes leurs différences (l’une a de grandes responsabilités, l’autre est une simple fille de la campagne), se ressemblent parce qu’elles aiment…

Kira Mouratova :
Oui, bien sûr. Toutes deux ont de la personnalité. Elles font tout avec passion.

Françoise Navailh  : Oui mais leur amour pour le même homme les rapproche, gomme leurs différences.

Kira Mouratova :
Pas tout à fait. Valentina aime autant son travail que Maxime. Son travail l’absorbe complètement. Lui, il voudrait une femme à ses côtés, avec lui. Elle, elle a besoin d’être le chef à son boulot et qu’il soit là. Le problème, c’est qu’elle aime tout à fond, travail ou homme. Elle se trouve coincée, en pleine contradiction, incapable de choisir.

Françoise Navailh  : Que pensez-vous de cette opinion, largement répandue aujourd’hui en URSS chez les femmes russes, que l’émancipation féminine est allée trop loin ?

Kira Mouratova :
De fait, les Soviétiques considèrent que l’URSS est un pays progressiste. Je l’ai longtemps pensé aussi. Mais j’ai réfléchi et j’en ai conclu - depuis un long moment déjà – que notre pays était plein de préjugés. Nulle part je n’ai observé une telle conception aussi ancrée sur les rôles et les fonctions des hommes et des femmes, sur ce qui est propre à chaque sexe, sur ce qu’il est naturel et correct de faire ou de ne pas faire… Tout ça est emberlificoté dans des préjugés qui n’ont rien de commun avec les idées occidentales. Nous avons toujours pensé que nous avions réalisé l’émancipation des femmes. Mais cette notion s’entoure et plonge dans de tels préjugés que la situation est insupportable et n’engendre que des souffrances.

Françoise Navailh  : Par exemple, la double journée des femmes.

Kira Mouratova :
Les hommes considèrent qu’ils n’ont pas à faire les tâches ménagères. Ils ont été élevés comme ça depuis l’enfance.

Françoise Navailh  : Mais ce sont les femmes qui justement élèvent les enfants !

Kira Mouratova :
Oui, les femmes souffrent de préjugés qu’elles entretiennent elles-mêmes. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Vous savez, ça fait partie des choses… C’est comme quand on demande : Est-ce bien ou mal qu’il pleuve, qu’il y ait du vent…

Françoise Navailh  : Il s’agit là de phénomènes naturels. Tandis que les futures relations hommes-femmes dépendent de la façon dont on élève les enfants.

Kira Mouratova :
Non, je pense que pratiquement rien ne dépend de nous. Ou si peu. C’est une idée illusoire car, de toute façon, on ne sait jamais ce qu’on a transmis, on ne sait jamais ce qu’on a pu modifier, influencer. J’avoue être très sceptique quant aux possibilités d’action de la conscience, son influence réelle. J’aimerais bien que la conscience joue un rôle. J’aime beaucoup les gens qui croient à cette force, les idéalistes. Mais je suis foncièrement pessimiste. Je dirais que je suis une pessimiste joyeuse. De nature, je suis très gaie, j’aime la vie. Mais mon regard est pessimiste.

Françoise Navailh  : Pour un critique, l’héroïne de « Brèves Rencontres » serait la première de toutes ces femmes actives qui peuplent l’écran soviétique ces dix dernières années avec, entre autres, « Je Demande la Parole » de Panfilov, « Moscou ne Croit pas aux Larmes » de Menchov et « Quelques Interviews sur des Questions Personnelles » de Lana Gogobéridzé.

Kira Mouratova :
S’il le dit, c’est que c’est vrai. Je crois que les critiques surestiment la capacité d’un metteur en scène à juger objectivement ses propres films. Le plus souvent, il répète ce que d’autres lui en disent. Je ne me suis jamais dit : Voilà, je vais faire le portrait-de-la-femme-moderne-active. On ne bâtit pas un scénario sur un programme aussi vaste. Le point de départ est toujours plus modeste.

Françoise Navailh  : N’êtes-vous pas vexée que l’on compare votre héroïne avec celle de « Moscou ne Croit pas aux Larmes », cet énorme succès commercial ?

Kira Mouratova :
Non. « Moscou ne Croit pas aux Larmes » est un film très bien fait, très professionnel. Menchov est un réalisateur doué, très doué pour avoir ainsi ciblé son public et répondu à son attente. Je respecte le talent sous toutes ses formes. Le goût et les choix artistiques de Menchov correspondent aux goûts du grand public. Moi, je ne sais que partir de moi.

Françoise Navailh  : A propos de Gogobéridzé, il me semble qu’une scène de « Brèves Rencontres » a fortement inspiré un passage de son film « Quelques Interviews sur des Questions Personnelles ». Il s’agit du moment où un type passe pour la dératisation. De la même manière, Gogobéridzé utilise, dans ce même film, un de vos procédés des « Longs Adieux », répéter trois fois la même scène. Qu’en pensez-vous ? Coïncidence ou plagiat ?

Kira Mouratova :
Je n’en sais rien. Sûrement une coïncidence… Ecoutez, on me demande souvent ce que je pense du fait que certains ont profité de mes mises au placard pour emprunter des trucs, des idées, des situations. Eh bien, je n’en pense rien. Primo, c’est plutôt positif. C’est un hommage, non ?! Secundo… Prenons le cas du grand Griffith. Il a été largement pillé. Peu importe, l’original reste quand même l’original ; ça saute aux yeux. Donc, ça ne me fait rien d’être plagiée. Je n’y pense pas, je m’enfiche. Je n’en veux même pas au petit chef qui a détruit mon négatif de « Parmi les Pierres Grises ». Je devrais le haïr, je n’y pense pas. Ressasser le passé est stérile. Le Mal, c’est un bâton et le Bien une branche. Un bâton, ça ne sert qu’à infliger des coups ; une branche, ça donne des feuilles et des fleurs.

Françoise Navailh  : Natalia Riazantseva est l’auteure des « Longs Adieux ». Comment l’avez-vous rencontrée ?

Kira Mouratova :
Nous étions ensemble au VGIK, elle dans la section des scénaristes et moi, dans celle des réalisateurs. Nous sommes devenues amies. Nous avons même essayé de travailler ensemble plusieurs fois. Et puis, à un moment où j’allais très mal (je travaillais depuis trois ans sur un scénario et je comprenais que je ne pourrais pas le tourner), elle m’a fait lire un scénario qui était juste le contraire de ce que je voulais faire. Mon histoire était complexe, à plusieurs niveaux. Le thème était l’Art et l’héroïne une artiste peintre. Le titre était « Regardez Attentivement les Rêves ». (8) Un film très architecturé avec une structure « tressée ». Tandis que le scénario de Riazantseva était très simple : une mère et son fils, avec des sentiments universels. Par contraste, j’ai accepté. Mais je l’ai beaucoup réécrit, retravaillé avec elle pour faire entrer cette histoire dans mon univers. Et Riazantseva s’est un peu vexée. Quand elle a vu le film, sa première réaction a été négative. Mais elle l’a revu un an plus tard et elle l’a alors apprécié. J’aimerais bien retravailler avec elle. Mais il me semble que nos styles ont trop divergé.

Françoise Navailh  : Riazantseva est aussi l’auteure du film de Larissa Chepitko « Les Ailes ».

Kira Mouratova :
J’aime bien ce film. Moins que « L’Ascension » qui m’a réellement étonnée et enthousiasmée, émue même. « Les Ailes », c’est un bon film mais c’est juste une étape dans la carrière de Chepitko. « L’Ascension » est un sommet absolu.

Françoise Navailh  : Revenons à vos films. Soit on les interdisait, soit on les mutilait. Il y a des coupures dans « En Découvrant le Vaste Monde ». Sont-elles nombreuses ?

Kira Mouratova :
En quantité, non… C’est forcément important parce que ça fiche en l’air la construction du film, sa conception.

Françoise Navailh  : Peut-on remettre les scènes coupées ?

Kira Mouratova :
Non parce que dans ces cas-là, le négatif était détruit. Les metteurs en scène prudents font attention et s’arrangent pour mettre de côté certains passages. Moi, j’ai toujours l’impression qu’il n’y aura pas de problème et après, c’est trop tard.

Françoise Navailh  : Qu’ont-ils coupé ?

Kira Mouratova :
Oh, comme d’habitude, des choses anodines : « Pourquoi à ce moment-là ils se mettent à hurler ? Il ne faut pas crier ! Pourquoi tout le temps ces excès… » Une scène avec les jumelles au micro, par exemple, lors du meeting… Mais ils ont littéralement massacré « Parmi les Pierres Grises ». Toute la structure interne du film a été détruite. Et on ne peut plus la rétablir maintenant.

Françoise Navailh  : Qu’est-ce qui a été supprimé ?

Kira Mouratova :
Toujours les mêmes absurdités avec un raisonnement illogique. Il s’agissait d’un classique de la littérature russe, d’un livre de Korolenko (9) qu’on étudie en classe : la vie avant 1917, des gens riches, des enfants recueillis par un vagabond, une fillette qui meurt de phtisie… Depuis longtemps, on me disait : « Arrêtez tout de suite de parler de la vie actuelle ; vous ne comprenez pas le présent, vous abîmez la réalité. Prenez donc un classique, quelque chose de tranquille. Et on vous fichera la paix. » J’ai d’abord refusé et finalement, j’ai accepté un projet déjà ancien. Et alors commence l’absurde le plus total : « Il ne faut pas montrer la mort de la fillette. Enlevez ça, dites-le mais ne le montrez pas. Le film est trop noir. »

Françoise Navailh  : Mais l’action se passe sous l’ancien régime, avant la Révolution d’Octobre !

Kira Mouratova :
Alors je leur ai dit : Je ne comprends pas. « Vous comprenez parfaitement tout. Ne faites pas semblant. Il y a des allusions, des associations d’idées… Vous le savez ! Arrêtez tout ! » Mais alors, qu’est-ce qu’on peut filmer ?! Vous voulez que tout soit rose, que le spectateur baigne dans une espèce d’euphorie ?! Cela a atteint un tel degré d’absurdité qu’en fait, ni à propos du passé ni à propos de rien on ne pouvait provoquer la moindre possibilité de réflexion, évoquer quelque chose de triste… Dans l’histoire de Korolenko, tout le sujet est bâti sur la mort de la fillette due à la pauvreté, la faim… Voilà pourquoi, encore une fois, je dis qu’ils voulaient que je filme sans filmer tout en filmant. Alors là, j’ai senti que ou je devenais folle ou c’étaient eux qui devenaient fous ou encore que nous devenions tous fous mais dans des asiles séparés. Et j’ai décidé de retirer mon nom du générique. Les gestes spectaculaires, ce n’est pas mon genre. Mais il fallait aller au bout de ce scandale. Mon seul but était qu’on mette « Parmi les Pierres Grises » au placard comme « Les Longs Adieux ». Je voyais bien qu’on ne pouvait plus sauver le film. Je préférais encore l’interdiction à la mutilation. Mais ils ont été d’accord : « Il n’y aura pas ton nom au générique et ton film sera coupé. Mais il nous faut un metteur en scène. Trouve-toi un pseudonyme. » Quel pseudonyme ? N’importe quoi. Ce que vous voulez : Ivanov, Petrov, Sidorov ! (10) Et voilà, ça a donné Ivan Sidorov.

Françoise Navailh  : Vous avez eu de nombreux projets qui ont avorté, l’histoire d’un milicien…

Kira Mouratova :
Oui, je l’ai toujours. (12) L’ennui, c’est qu’au bout d’un certain temps, le scénario est dépassé même si on a très envie de le faire, même si le sujet tient encore. Mais à force d’y penser, de le travailler, on en a un peu marre. Il y a lassitude. On a l’impression d’en avoir fait le tour. C’est déjà du passé. Il y a un moment à ne pas dépasser au-delà duquel le scénario est mort. Ou alors, c’est peut-être une autodéfense : puisque tu ne peux pas tourner, tu finis par te persuader que tu n’en veux plus. J’avais ainsi commencé « La Princesse Mary » (12) Les essais étaient terminés ; j’avais engagé des acteurs qui ont finalement joué dans mon tout dernier « Changement de Destinée ».

Françoise Navailh  : Les raisons de cet arrêt ?

Kira Mouratova :
Que c’était trop polémique, que j’avais rendu l’histoire trop contemporaine. Encore les associations, les allusions… Du Lermontov modernisé, une œuvre classique détournée. Et puis l’actrice principale, Natalia Leblé, ne plaisait pas. On la trouvait laide alors. On m’a également reproché d’avoir choisi Zinaïda Charko pour « Les Longs Adieux ». A chaque fois on me dit : « D’où sortez-vous cette horreur ? » Et puis après, les gens s’habituent.

Françoise Navailh  : Lermontov semble occuper une grande place dans votre œuvre. En dehors de l’adaptation de « La Princesse Mary », on entend à la fin des « Longs Adieux », dans la scène du concert, le célèbre poème « Au loin une voile solitaire… ». (13)

Kira Mouratova :
Ce n’est pas délibéré. J’ai entendu par hasard une version tout à fait originale de cette romance. D’habitude, on la chante d’une manière triste et désespérée. Là au contraire, c’est gai, énergique et enlevé. Et ça casse complétement le cliché de cette chanson en lui rendant sa fraîcheur et sa force. Je voulais l’utiliser depuis longtemps dans un film d’une manière ou d’une autre.

Françoise Navailh  : Toutes ces années où vous n’avez pas tourné, comment avez-vous vécu ?

Kira Mouratova :
Rien de particulier. Je vivais ma vie. C’est comme demander à quelqu’un comment il a vécu pendant la guerre ! J’ai simplement continué de vivre, ça fait aussi partie des questions naïves. Naïves parce qu’elles supposent une espèce de conception artificielle de l’existence. C’est ma vie actuelle qui me paraît bizarre, un rêve éveillé. Avant je continuais simplement de vivre, d’aller de l’avant. Aujourd’hui je suis à Paris, je bavarde avec vous, je suis invitée, je voyage… J’ai l’habitude d’une existence plus monotone, solitaire, austère même et donc plus productive. J’espère que mes activités actuelles ne sont qu’une forme temporaire, obligée de ma vie. En attendant, j’accepte toutes les invitations – puisqu’on m’invite maintenant.

[En fait, ma question se voulait plus brutale : Quels étaient ses revenus, comment assurait-elle la matérielle ? On ne demande jamais aux artistes leur fiche de paie, alors que les problèmes d’argent peuvent expliquer certains choix, certaines décisions professionnelles. Mais elle a éludé la question et je n’ai pas insisté. Je ne voulais pas la mettre dans l’embarras ou l’humilier.]

Françoise Navailh  : Que pensez-vous de votre reconnaissance officielle après tant d’années d’ostracisme ?

Kira Mouratova :
Je comprends tout et j’utiliserai tout au maximum. Je ne suis pas dupe. Mais que devrais-je dire ? Non, ne m’envoyez pas à l’étranger, ne parlez pas de moi ? Evidemment, je ne peux rien contre mon éventuelle récupération. Je sais qu’on va bloquer des gens doués en leur disant de ne pas se plaindre puisque le talent est récompensé un jour : « Voyez Mouratova, son heure est venue. Donc patientez. »

Pour revenir à votre question, il n’y a aucune différence fondamentale entre avant et après. Nous vivons tous des situations différentes au cours de notre existence. Bon, je suis dans une nouvelle situation. Mais il y a tellement de choses et de gens qui m’échappent.

Françoise Navailh  : Donc, vous regardez ces honneurs avec ironie ?

Kira Mouratova :
Plutôt avec humour ou même avec intérêt ; ça m’intéresse vraiment d’observer ça.

Françoise Navailh  : Tout cela ne vient-il pas un peu tard ?

Kira Mouratova :
Mieux vaut tard que jamais ! Comme je l’ai dit une fois : J’ai toujours su que mes films sortiraient un jour. Seulement, je ne croyais pas vivre jusqu’à ce jour…

Françoise Navailh  : Dans de nombreuses interviews, Alexeï Guerman parle de vous avec un grand respect.

Kira Mouratova :
Oui, il m’adore. (rires) Il est vraiment dingue de moi ! C’est rare un réalisateur qui dit du bien d’un collègue. Nous nous connaissons à peine… Un jour je lui ai même demandé s’il était amoureux de moi pour tout le temps m’encenser. (rires) Je dois dire que j’ai beaucoup de sympathie pour lui. D’abord, j’aime ses films. Et puis c’est quelqu’un de… très touchant, je dirais. Malgré son apparence solide, il est fragile, dépressif même. On a envie de le plaindre, de le dorloter.

Françoise Navailh  : Son style et le vôtre ont des points de ressemblance.

Kira Mouratova :
Oui, c’est aussi son opinion. Il considère qu’il a une dette envers moi. Ce sont ses mots : il est mon « débiteur ». (14)

Françoise Navailh  : Que pensez-vous des discussions qui ont lieu actuellement à l’Union des Cinéastes pour repenser le système de production et de distribution et intégrer des facteurs commerciaux ?

Kira Mouratova :
Je ne suis pas compétente. Et soit je ne vois pas du tout comment ça fonctionne, soit je vois là une masse de problèmes en suspens. Parce que, encore une fois, il s’agit d’Art. Et l’Art, c’est une chose – et l’industrie cinématographique une autre. L’Art est toujours en avance. Et quand il est largement accepté, c’est qu’il a vieilli, que ses trouvailles sont devenues clichés. Je dis toujours que le bon goût, c’est du mauvais goût. Le vrai bon goût est jugé absurde, hérétique, jusqu’à ce qu’il devienne le goût général et ne se transforme en cliché. Faire de l’Art commercial, c’est impossible.

Françoise Navailh  : Quels sont vos projets ?

Kira Mouratova :
Il faudrait que je reprenne le scénario que je voulais tourner avant « Changement de Destinée ». Mais maintenant, je m’aperçois que l’histoire ne me convient plus. Pourtant, il y a dedans un passage… A un moment donné, les personnages vont au cinéma et regardent un film, un court-métrage que je n’ai pas écrit d’ailleurs. En fait, l’acteur, qui a joué le rôle principal dans « En Découvrant le Vaste Monde » et « Parmi les Pierres Grises », écrit aussi. Je l’ai d’abord connu comme auteur avant de le faire jouer. Il m’a apporté cette idée de court-métrage et j’ai décidé de l’inclure. Je le trouvais et je le trouve toujours excellent. Mais je ne voulais pas en faire une simple péripétie de mon film; je voulais que ça reste une œuvre d’auteur avec générique, début et fin. Donc, dans mon film, on le projette dans une salle. Je n’aime plus le reste du scénario. Alors soit je le garderai tel quel et tournerai un court-métrage, soit je développerai pour en faire un film plus long. Dès que je rentre, je m’y mets. Pour le moment, le titre est « Une Jeune Fille ». (15)

Françoise Navailh  : Avez-vous déjà pensé aux acteurs ?

Kira Mouratova :
Pas tout à fait. J’ai plus ou moins prévu quelqu’un pour l’héroïne mais elle a eu récemment de graves troubles nerveux. Ce n’est pas une actrice professionnelle. Elle a juste tourné dans un film de Dinara Assanova. (15) C’est la fille de l’opérateur Fedossev qui a travaillé avec Guerman. Assanova l’avait engagée pour son dernier film mais elle est morte pendant le tournage. Quelqu’un d’autre a repris et terminé le film mais sans Fedosseva. J’ai vu les rushes d’Assanova. Fedosseva était très jeune, quinze ans à peine. Mais elle était vraiment extraordinaire. Depuis elle a des problèmes psychologiques… Je verrai. (16)

(1) Kira Mouratova rencontre au VGIK son premier mari, Alexandre Mouratov (né en 1935). Après leur séparation, il part travailler aux Studios Dovjenko de Kiev.

(2) Théoriquement réservés à la production de films pour enfants et la jeunesse. En fait, on y tournait de tout.

(3) Gavriil Troepolski (1905-1995). Ce film de 1962 s’appelle « Au Bord du Ravin Abrupt » d’après le récit éponyme.

(4) Vladimir Vyssotski (1938-1980) : acteur de théâtre et de cinéma. Egalement chanteur, compositeur et interprète.

(5) Stanislav Lioubchine (né en 1933) : acteur de théâtre et de cinéma. Il a joué, entre autres, dans « Cinq Soirées » (1979) de Nikita Mikhalkov.

(6) « Le Bouclier et le Glaive » (1968) de Vladimir Bassov. Série de quatre films mêlant action espionnage, guerre et thriller qui lance la carrière de Lioubchine. Oleg Yankovski (1944-2009) y joue son premier rôle. Yankovski a tourné pour Andreï Tarkovski : « Le Miroir » (1974), « Nostalghia » (1983).

(7) Nina Rouslanova (née en 1945) : actrice de théâtre et de cinéma. Elle joue, par exemple, dans « En Découvrant le Vaste Monde » (1979) de K. Mouratova et « Mon Ami Ivan Lapchine » (1981) d’Alexeï Guerman.

(8) Le texte de ce scénario non tourné est paru aux éditions L’Harmattan (2019) dans une traduction d’Eugénie Zvonkine.

(9) Vladimir Korolenko (1853-1921). Mouratova a adapté le récit « En mauvaise société » (1885).

(10) C’est-à-dire « Pierre, Paul, Jacques ».

(11) Finalement, Kira Mouratova a pu tourner en 1992 « Le Milicien Amoureux », son unique coproduction étrangère.

(12) Chapitre du roman « Un Héros de notre Temps » (1841) de Michel Lermontov (1814-1841).

(13) Poésie de 1832. Un sommet du romantisme.

(14) Alexeï Guerman (1938-2013). La Cinémathèque lui a consacré une rétrospective du 9 au 22 février 2015.

(15) Dinara Assanova (1942-1985). Un film marquant : « Les Garnements » (1983).

(16) Il s’agit du futur « Syndrome Asthénique » (1989).


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