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"Il me semble que les perspectives s'annoncent assez difficiles"

 

Interview de Larissa Malioukova, critique du cinéma, responsable de la rubrique Cinéma du journal "Novaïa Gazeta".
Propos enregistrés par Nicole Migault et Jacques Simon (Kinoglaz.fr), Honfleur, 23 novembre 2012.



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Kinoglaz.fr : Dans votre livre Années 90. Le cinéma que nous avons perdu, vous écrivez : « Les films ont vécu la mutation du cinéma des réalisateurs à celui des producteurs ». Quelle influence ce cinéma de producteur a-t-il exercée sur la mise en scène cinématographique au cours des dix dernières années. Quel rôle jouent les producteurs aujourd'hui ?

Larissa Malioukova : Il est vrai que l'industrie cinématographique a été détruite. A la différence des autres pays qui ont évolué progressivement, la Russie, malheureusement, est le pays des révolutions, il en fut toujours ainsi. La politique et l'économie, comme partout, mais en Russie plus qu'ailleurs, conduisent à des changements brusques. Nous nous développons par à-coups.

C'est pourquoi, lors de la rupture entre l'URSS et la Russie contemporaine, se sont passés quelques événements qui ont tellement changé l'industrie cinématographique qu'elle est devenue méconnaissable. D'abord le système soviétique de distribution a disparu. C'était un système bien rôdé. On peut le critiquer, mais il prévoyait une distribution répartie sur tout le pays. Nous avons décidé qu'en démocratie, nous n'avions plus besoin de l'état et que nous ferions tout nous-mêmes. Nous avons tout détruit, toute cette structure. Ainsi, pendant les années 90 le contact entre le cinéma et les spectateurs a été perdu. Pratiquement complètement. C'est pourquoi j'ai écrit un livre qui montrait que ces films étaient comme des boomerangs, ils revenaient aux réalisateurs mais n'atteignaient pas les spectateurs. Et il fallait créer un nouveau système. Mais comment le faire, ce n'était pas évident.

L'Etat a très mal financé et le cinéma d'animation et le cinéma de fiction des années 90. Dans quelques petits studios on pouvait créer un certain nombre de films. C’était le « bal » du cinéma dit coopératif, avec de petits films bon marché et mauvais pour la plupart. Il y avait aussi de bons films, mais la plupart étaient mauvais. C'est à cette époque qu’on a commencé à développer un institut de la production avec au début de l'argent facile, les gens empruntaient auprès de leurs amis. Parallèlement des investisseurs privés ont commencé à investir dans la construction de salles de cinéma privées sans lesquelles l'industrie du cinéma ne pouvait pas se développer. On a commencé à acheter des lots de films américains, pas seulement pour la vidéo mais aussi pour les écrans. Et ainsi, petit à petit, a commencé à se développer un marché du cinéma rudimentaire et non favorable au cinéma russe mais malgré tout, il se développait.

C'est ainsi que sont apparus peu à peu ces producteurs. Certaines personnalités indépendantes, brillantes et intéressantes, comme Sergueï Selianov, suivent leur propre voie. D'abord ils produisent des films d'auteur, puis se développent progressivement et commencent dès lors à produire du cinéma de différents types. Aujourd'hui en Russie, il y a de très nombreux producteurs. Mais, il y a deux ans est survenue encore une révolution, car chez nous il y a toujours de brusques changements, et l'Etat a décidé de répartir le financement du cinéma suivant deux directions. J'ai beaucoup écrit à ce sujet. Le premier mode de financement est assuré par le Ministère de la culture ; le second par une institution nouvellement Quand ce système a été créé, sont apparus des managers qui, à mon avis, ont été littéralement nommés. Car en Amérique les managers développent eux-mêmes leur activité et par leur renommée, par la publicité, se constituent un capital.

En Russie a été créé un service de statistique sociologique « Movie Research » qui, me semble-t-il, prenait des chiffres à l’époque pas tout à fait exacts pour servir leurs intérêts. Ils ont fait des classements et de cette façon ont fait émerger ces managers, les sociétés russes ayant eu le plus de succès. Au départ elles étaient huit. Ces huit sociétés ont reçu chacune 250 millions de roubles par an, ont élaboré un plan de production de films soumis à l'accord d'un conseil de tutelle et d'un groupe d'experts, et de cette façon ont démarré des projets.

Comme toujours si un réalisateur propose un projet de film, le producteur accepte ou non. Si le réalisateur est Balabanov, le producteur accepte, même si le projet n'est pas rentable, car il s'agit de Balabanov. Mais les producteurs aiment lancer des débutants parce qu’il est facile de travailler avec eux. Un jeune réalisateur ne dira jamais rien car il est déjà reconnaissant que son film soit produit. Cela ne donnera pas mal à la tête comme cela peut être le cas avec un réalisateur connu tel que, par exemple Snejkine, Prochkine junior ou Popogrebski. Ainsi les producteurs aiment les réalisateurs débutants qui par ailleurs sont nécessaires à la Russie. Cette année le nombre des débutants va augmenter, car c'est une nouvelle tendance très soutenue, c'est en fait une volonté politique.

Pendant que nous discutons ensemble, il me semble que se déroule une nouvelle révolution dans le cinéma russe. Pour l'instant elle n'est pas connue. Il y a un nouveau ministre de la culture et un nouveau directeur du cinéma Demidov. Il y a chez nous, un nouveau coup de balai et de nouvelles perturbations se font jour. Je pense que le Ministre de la culture veut reprendre au Fonds du cinéma une assez grande partie des projets, car il y a des ambitions, c'est un moteur puissant. Il me semble que les perspectives s'annoncent assez difficiles.


Kinoglaz.fr : Le Ministère s'apprête aussi à proposer une liste de thèmes de scénarios. On a l'impression qu'on est retourné 60 ans en arrière.

Larissa Malioukova : Chez nous, il y a un fort retour à la politique soviétique, pas seulement dans la terminologie.



Kinoglaz.fr : Il y a deux ans Andreï Plakhov a écrit un article qui s'intitule « La censure arrive en Russie ». Cela signifie-t-il que l'Etat, qui aidait la production de films, n'exerçait aucune censure ?

Larissa Malioukova : En effet, il n'y en avait pratiquement pas. Il y a eu quelques cas isolés. Il y en a toujours eu. Par exemple on ne donnait pas d'argent à Loznitsa.


Kinoglaz.fr : Pour ses documentaires ?

Larissa Malioukova : Non pour son premier film de fiction. Il demandait un financement et on le lui refusait, car on considérait que ses films étaient anti-russes. Il y avait un épisode dans le premier film ou les Allemands arrivaient dans une maison. Cela ne leur plaisait pas. C'était au niveau du jury d'experts qu'ils pouvaient prendre de telles décisions. Mais en fait, il n'y avait pas de véritable censure à cette époque.


Kinoglaz.fr : Pensez-vous que les réalisateurs ont utilisé cette situation d'absence de censure pour filmer ce qu'ils voyaient en Russie. A l'époque, on parlait peu de la liberté de la presse, de la Tchéchénie, pourquoi ?

Larissa Malioukova : Parce que d'abord en Russie, malheureusement, les problèmes ne sont pas seulement politiques, mais ce sont, à mon avis, des problèmes issus d'une crise au sens large du terme et en particulier des problèmes artistiques. Tout est lié. Il me semble que le problème principal du cinéma russe des années 2000 est un problème de création artistique, c'est l'auto-censure. Les gens n'essayaient même pas de parler ou penser, bien qu'il y eût quand même des tentatives en littérature, Prilepine Zakhar, Bykov, ils pouvaient évoquer certaines choses. Dans le monde du cinéma, on pensait sans doute que cela ne passerait pas, et donc on ne le faisait pas. Pour autant, les films étaient assez sombres. Le cinéma des années 2000 est très noir. De cela les réalisateurs ne sont pas vraiment coupables. C'est ainsi qu'ils voient et décrivent leur époque, par exemple Mizguiriov et Khlebnikov. Ils étaient tous intérieurement d’humeur triste avaient tous une humeur intérieure morose. Mais il y a là un problème, car en Russie, après la fin de l'URSS, il n'y a jamais eu de films grand public, en particulier pas dans le cinéma d'auteur, c'est à dire dans le cinéma de qualité que pourraient voir et les spectateurs et les festivals – ce que fait Popogrebski. Popogrebski fait du pur cinéma d'auteur grand public. Cela plaît aux festivals, cela plaît aux spectateurs. Mais de tels réalisateurs, il n'y en a eu qu'un ou deux. Ainsi le cinéma des années 2000 a été assez honnête, bien qu'il n'ait pas abordé certains sujets. Vous savez, ce n'est même pas par lâcheté, mais plutôt par une sorte d'infantilisme. Ils n'ont pas cherché à comprendre leur époque au sens large, à comprendre ce qui se passait dans le pays, avec les gens. Ils parlaient de ce qui se passait pour eux à travers un personnage mais en ayant eux-mêmes en vue. C'est pourquoi les films étaient si sombres, mais assez honnêtes cependant. Ils ne mentaient pas, mais comme ils étaient tellement sombres, repliés sur le petit cercle de leurs émotions et réflexions personnelles, ils étaient peu intéressants pour les spectateurs. C'est ainsi que s'est produite une rupture, comme il n'y en a jamais eu dans le cinéma mondial. Chez nous il y a eu une énorme rupture entre le spectateur et son cinéma. J'ai le sentiment que ce cinéma intéresse beaucoup plus le public d’ici que celui de Moscou. J'ai été au premier festival de cinéma russe en Géorgie. Vous ne pouvez imaginer comment les spectateurs apprécient le cinéma russe, ce même cinéma dont la distribution est catastrophique en Russie. Par exemple ils ont regardé avec enthousiasme Les Zazous de Valeri Todorovski. Les spectateurs géorgiens sont très émotifs. Il y a la nostalgie, bien qu'il y eût des spectateurs de différentes générations. La Géorgie a été en profondeur liée à la Russie. On a ce sentiment non pas au niveau politique mais au niveau des gens. Les gens sont intimement liés. Je n'ai jamais rien vu de tel à Moscou.


Kinoglaz.fr : Ici, j'ai une liste de films, qui ont été montrés au festival de Honfleur. Nous voudrions bien que vous nous disiez quelques mots au sujet de ceux de ces films qui vous semblent particulièrement importants.

Larissa Malioukova : Les films qui ont été montrés à Honfleur peuvent être divisés en deux catégories : les films grand public comme les comédies et les films sérieux et de qualité représentant un cinéma qui peut être contesté mais qui est très intéressant.


Kinoglaz.fr : Comme quoi par exemple ?

Larissa Malioukova : Comme par exemple n'importe quel film de Sokourov. On peut en penser ce qu'on veut mais il faut absolument les voir. Mais il faut commencer par le meilleur, Faust est un film remarquablement intéressant. Il y a des films grand public comme Un chauffeur pour Vera de Pavel Tchoukhraï. C'est un film qui plaît aux spectateurs.


Kinoglaz.fr : Pavel Tchoukhraï ne tourne plus ?

Larissa Malioukova : Pavel Tchoukhraï tourne très lentement. Il a été retardé pour des problèmes d'argent et ses petits héros, ont grandi. C'est un grand problème, je ne sais pas s'ils le résoudront.
Il me semble qu'on pourrait faire tout un programme avec les réalisateurs des années 2000 et définir les caractéristiques de leur cinéma et leur état d'esprit. La Toupie et Vivre sont des films effrayants. C'est pourquoi je dirais que Sigariev est l'un des plus brillants représentants du cinéma des années 2000. Je nommerais aussi Alekseï Mizguiriov, je vois dans la liste les films Tambour battant et le transfèrement.
Ces films sont durs, mais si vous ne voulez pas de films durs vous pouvez voir les films répondant à la commande de l’état comme « Août 2008 ».

Vous avez un film magnifique, « Champ sauvage » de Mikhaïl Kalatozichvili. Si je ne me trompe il est même venu ici à Honfleur.


Kinoglaz.fr : Oui, oui, nous l’avons reçu ici.

Larissa Malioukova : Parmi les films des années 2000 il y a un très beau film, une comédie noire, c’est « Jouer les victimes » de Kirill Serebrennikov. C’est un très bon film.


Kinoglaz.fr : Et son dernier film « L’Adultère » ? Je ne l’ai pas vu.

Larissa Malioukova : Il est discutable. Il y a trop de vernis, il est trop beau et froid. Mais de toutes façons c’est un réalisateur intéressant.

Vous avez passé un film très intéressant, très dur, pas idéal mais très vivant et intéressant, c’est le film « Vivant » d’Alexandre Veledinski. Veledinski est en train de tourner un film. Il ne tourne pas beaucoup.

Tous les films de Khlebnikov sont intéressants. Khlebnikov vient de terminer un nouveau film. Pensez-y pour le prochain festival.[Il s'agit du film Une longue vie heureuse sélectionné au festival de Berlin]

Rogojkine est un excellent réalisateur. Le Coucou est le meilleur film sur la guerre. C’est un film brillant, qu’en Russie on n’a pas apprécié à sa juste valeur, un film remarquable.

Elena d’Andreï Zviaguintsev est un film récent magnifique. Il semble simple mais en fait c’est un film complexe. Il montre avec beaucoup de justesse le processus subtil qui se déroule actuellement en Russie. A première vue c’est un film social, mais en fait il est très profond, il montre ce qui nous arrive.

Le film Il était une fois une bonne femme d’Andreï Smirnov est un film un peu démodé mais cependant très fort. C’est un film important pour nous. Il est important qu’il l’ait fait. Ce n’est pas un film moderne mais il y a de très beaux passages dans ce film.


Kinoglaz.fr : J’ai beaucoup aimé le film Voyage avec des animaux de compagnie.

Larissa Malioukova : Oui, c’est un film sympathique, un joli film, mais rien de plus. Vera Storojeva est une réalisatrice très féminine.

Contre-mouvement et L’Ile sont des films controversés. Le film L’Ile a suscité un grand intérêt en Russie. Je n’en suis pas une passionnée mais il a provoqué une explosion de l’audience à la télévision en Russie. On n’avait jamais vu ça.

Je retiens Les choses simples d’Alexeï Popogrebski. Alexeï Popogrebski est aujourd’hui le réalisateur russe le plus éminent et plus exactement le plus exportable, le plus européen. Il correspond à ce qu’on attend à l’étranger. Il parle l’anglais à la perfection et en ce moment il tourne un nouveau film en anglais. Il est très cultivé, intelligent, il sait ce qu’il veut et atteint exactement les objectifs qu’il s’est fixé. Il se fixe un objectif et le réalise. Cela arrive rarement chez nous. Nous avons beaucoup de gens talentueux qui ne savent pas exactement quoi et comment faire. Popogrebski est celui qui réussit le mieux c’est pourquoi vous entendrez beaucoup parler de lui. C’est un réalisateur très intéressant. Il travaille actuellement en 3D. Cela l’intéresse d’explorer cette technique et de travailler en 3D en tant qu’artiste, d’utiliser la 3D en tant que technique esthétique pour le cinéma d’auteur. Il y en a peu qui font ça. Nous n’avons pas d’autres réalisateurs de ce genre. C’est un réalisateur très intéressant qu’il faut suivre.


Kinoglaz.fr : Comment s’appelle son dernier film ?

Larissa Malioukova : Je ne m’en souviens plus. D’autant plus que les titres changent souvent, vous le savez bien.

Mikhaïl Segal est présent ici à Honfleur. C’est un réalisateur de talent et un écrivain. Il n’a pas encore réfléchi à son prochain film mais je vais l’attendre. Cela vaut la peine de suivre son parcours. C’est un garçon intéressant.

J’estime que le film La Horde d’Andreï Prochkine n’est pas un mauvais film. C’est un film cher pour nous. En effet c’est un film historique, avec des costumes, on a construit les décors et le graphique informatique est compliqué. Le scénario est de Iouri Arabov, un scénariste de grand talent. Il n’a pas réussi à faire le film jusqu’au bout. Parmi les producteurs se trouvait l’encyclopédie orthodoxe russe. Ce sont des gens qui font une encyclopédie religieuse pour Internet. Il y a eu un problème, à mon avis de censure, car ces gens n’ont pas aimé la partie russe du film. Il y a une partie russe et une partie tataro-mongol. La partie russe ne leur a pas plu car Arabov est très ironique, sarcastique même parfois, et quand il s’agit des tatares, ils l’acceptent, mais quand il s’agit des russes cela ne leur plaît pas vraiment. C’est pourquoi les scènes russes du film ont été nettement réduites, il n’y a pratiquement pas de partie russe et il en résulte un déséquilibre. Donc on ne comprend pas pourquoi le métropolite est au-dessus du khan, tout a été supprimé. Cependant le film pour le cinéma russe est un film de qualité. Le cinéma russe actuel n’a pas beaucoup de moyens. On dit qu’il n’y a pratiquement pas de maquilleurs, de gens compétents capables de tourner de grandes scènes historiques compliquées. Tout cela a disparu. Le cinéma soviétique était capable de faire cela mais le cinéma russe, non. C’est pourquoi j’estime que c’est un film utile. Andreï Prochkine n’a pas les possibilités de Nikita Mikhalkov : des avions, des grues… Malgré tout il a fait un film tout à fait digne d’intérêt . C’est pour ça que je respecte Andreï.

Vous avez passé un petit film curieux, c’est le film d’Alexeï Outchitel « Le Captif ». C’est un thème difficile pour nous et il l’a su le traiter avec finesse.

J’aime les films de Nicolas Dostal. C’est un réalisateur de grand talent. Un des meilleurs films des années 90, qui n’est pas dans votre liste, est Nuage-Paradis. Vous pourriez le montrer dans le cadre d’une rétrospective.

Vous avez dans votre liste Abradchitov. Tous ses films sont importants.
Un film qui à mon avis n’est pas réussi c’est Le jeu russe de Pavel Tchoukhraï à cause du problème suivant : il a changé le héros. C’est une adaptation de la pièce de Gogol Les joueurs et il a fait d’Ikharev, le héros principal qui est russe, un étranger, trahissant par là même tout le sens de l’œuvre. Je lui en veux beaucoup pour ça, parce que c’est une histoire intérieure, c’est notre histoire nationale. Les relations entre un étranger et des russes sont incompréhensibles.

Le film Les Nôtres de Dmitri Meskhiev est un bon film. Bogdan Stoupka, qui joue le staroste, a un rôle magnifique. C’est l’un des meilleurs films sur la guerre.
Nikolaï Khomeriki est un réalisateur intéressant parmi les nouveaux. Son dernier film est raté car il a eu des problèmes pendant le tournage. Mais Le conte de l’obscurité est un très bon film.
Un autre film intéressant est Les petites vieilles de Guennadi Sidorov qui nous a quittés trop tôt.

J’aime Les Zazous de Valeri Todorovski. J’aime beaucoup également Les silencieuses. Todorovski junior est un réalisateur plein de talent. Il tourne actuellement un film très intéressant mais je pense que ce sera plutôt pour la télévision. Vous vous souvenez sans doute du film Au-dessus de l’eau sombre d’après le scénario de Todorovski dans une mise en scène de Meskhiev. Actuellement il le tourne pour la télévision. Il s’agit justement de ce quoi nous parlions : le passage des années 80 aux années 90, sur les changements de mentalité des russes. Je pense que ce qu’il va faire sera très intéressant.

Nous avons déjà parlé de Sokourov. Taurus est un film très fort.
Kira Mouratova est une grande réalisatrice, mais nous ne savons jamais si elle est ukrainienne ou russe.
Ensuite Alexandre Prochkine. Son dernier film L’expiation n’est peut être pas son film le plus réussi.

Le premier film de Marina Razbejkina Le Temps de la moisson est un film expérimental très intéressant et il plaît à tout le monde. Tout est imaginé. Marina écrit tout elle-même. Mais Le ravin n’est pas réussi.

Beaucoup de gens aiment le film de Pavel Rouminov Je serai près de toi qui passe ici à Honfleur. Moi je ne suis pas passionnée par ce film mais je vais vous dire pourquoi on peut le voir. C’est sa méthode de tournage qui est intéressante. Le sujet est un sujet typique des séries télévisées sans compter qu’on a changé la fin quatre fois. Mais la manière dont c’est filmé est très intéressante : le réalisateur n’arrête pas la caméra. De cette façon les acteurs commencent à exister comme dans la vie. C’est très curieux. C’est pourquoi les scènes ne sont pas surjouées malgré les chocs émotionnels comme le cancer, les larmes, la maman, le fils. Et Maria Chalaeva est remarquable. C’est pourquoi le film reçoit des récompenses. C’est pourquoi il faut aller le voir.