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32ème Festival international du film de Moscou (17-26 juin 2010)

 

par Nicole Migault

Présidente de l'association orléanaise Citizens Carmes - organisatrice du Festival de cinéma russe à Orléans - et membre du Conseil d'Administration de Kinoglaz, Nicole Migault a participé au 32e Festival de Moscou en qualité de membre du jury de la Fédération des ciné-clubs de Russie. Nous la remercions de nous permettre de publier ci-dessous de larges extraits de son compte rendu.

 

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La première édition du festival de Moscou a eu lieu en 1935, ce qui en fait l’un des plus anciens festivals de cinéma. Le président du jury en était alors Sergueï Eisenstein. Ce festival n’est devenu régulier qu’à partir de 1959. La 32ème édition, celle de 2010, célébrait à sa manière l’année France-Russie en mettant le cinéma français à l’honneur. Si le président du Festival était Nikita Mikhalkov, le président du jury de la compétition officielle était Luc Besson. Ces amours là, le dernier film de Claude Lelouch, a fait l’ouverture du festival et le réalisateur a reçu un prix spécial pour sa contribution artistique au cinéma mondial lors de la cérémonie d’ouverture. Le film de clôture était le dernier film de Luc Besson, Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec. Emmanuelle Béart a reçu un «Prix spécial pour son travail d’actrice et sa fidélité aux principes de l’école de Stanislavski» lors de la cérémonie de clôture. Parmi les 17 films en compétition, la France était représentée par le film de Michaël Cohen, Ça commence par la fin.
A côté des deux grandes compétitions qui donnent lieu à des remises de prix (une statue de Saint Georges, le saint patron de Moscou, en argent ou en or pour le grand prix) se déroulaient toutes sortes de programmes à thème et de rétrospectives. Là aussi, la France avait une place importante, avec une rétrospective des films de la Nouvelle Vague, une rétrospective Luc Besson, une rétrospective Claude Chabrol et bien d’autres films français, dont Des hommes et des Dieux, de Xavier Beauvois, l’Enfer de Henri-Georges Clouzot, de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, Océans, de Jacques Perrin. La compétition officielle abordait un certain nombre de thèmes : celui de l’émigration, dans les films L’Albanais, de Johannes Naber (Allemagne, Albanie) ; Échoué sur la côte, de Nesli Cölgeçen (Turquie) ; Chère Alice, de Othman Karim (Suède) et Des traces sur le sable, de Ivailo Hristov (Bulgarie). Quatre films traitaient de la vie dans les Républiques socialistes du temps du communisme et de la domination, voire de l’occupation soviétique. Il s’agit du film allemand de Matti Geschonneck Boxhagener Platz, du film tchèque de Irena Pavlaskova Le Paradis sur terre, du film hongrois de Marta Mészaros Le Dernier rapport sur Anna et du film polonais de Jan Kidawa-Blonski Rosette. Dans chacun de ces films le régime communiste et les Russes sont mis en accusation. Pour les Russes quatre films dénonçant leur rôle dans le passé, cela finissait par faire beaucoup. Il est intéressant de constater que le Festival de Moscou a largement ouvert ses portes aux anciennes Républiques socialistes (un tiers des films), qui ont maintenant intégré l’Union européenne, et à l’analyse critique du passé soviétique.
Autre thème abordé, celui de la volonté des enfants des classes défavorisées de s’en sortir malgré les difficultés et les obstacles, comme dans le film canadien Cole, de Carl Bessai (Prix de la Critique russe) et Hermano, film vénézuélien de Marcel Rasquin qui a remporté le Grand Prix du Festival (Saint Georges d’Or) et le prix du Public.


LE FESTIVAL EN CHIFFRES

LE LIEU : Le cinéma «Octobre» , situé sur le Nouvel Arbat, dans le centre de Moscou, accueille le festival. Construit en 1967, il était alors l’un des cinémas les plus modernes et les plus prestigieux de Russie. En 1999, il est entièrement reconstruit et agrandi, passant de 2 à 11 salles. Il peut accueillir actuellement jusqu’à 3000 spectateurs et la salle 1, où se déroulait la compétition officielle, offre 1518 places. Le foyer comprend deux bars et deux cafés et, à côté des salles, se trouvent deux restaurants, un italien et un japonais, et un salon de thé français.

LE PROGRAMME : Le festival a présenté 348 films dont 120 russes et a accueilli 120 000 spectateurs.


LES JURYS

COMPÉTITION OFFICIELLE : Luc Besson (président du jury), Catalina Saavedra (actrice, Chili), Veit Heiduschka (producteur, Autriche), Maria Mironova (actrice, Russie), Sharunas Bartas (réalisateur, acteur, scénariste, Lituanie). COMPÉTITION PERSPECTIVES : John Irvin (réalisateur, Royaume Uni), Serguéï Ovcharov (réalisateur et scénariste, Russie), Karolina Gruszka (actrice, Pologne).


LA COMPÉTITION OFFICIELLE (17 FILMS)

DER ALBANER (L’Albanais), de Johannes Naber (Allemagne – Albanie)
HERMANO, de Marcel Rasquin (Venezuela)
BOXHAGENER PLATZ, de Matti Geschonneck (Allemagne)
A LA DERIVA, de Ventura Pons (Espagne)
VOROBEY (Le Moineau), de Youri Chiller (Russie)
DENIZDEN GELEN (Échoué sur la côte), de Nesli Cölgeçen (Turquie)
ZEMSKY RAJ TO NA POHLED (Comme le paradis terrestre), de Irena Pavlaskova (République tchèque)
COLE de Carl Bessai (Canada)
UTOLSO JELENTES ANNAROL (Dernier rapport sur Anna), de Marta Mészaros (Hongrie)
DESPRE ALTE MAME (Différentes mères), de Mihai Ionescu (Roumanie)
ROZYCZKA, de Jan Kidawa-Blonski (Pologne)
STUPKI V PYASUKA (Des traces sur le sable), de Ivailo Hristov (Bulgarie)
DER KAMERAMÖRDER (L’assassin à la caméra), de Robert Adrian Pejo (Autriche, Hongrie, Suisse)
GYE-MONG YOUNG-HWA (Film-Explication), de Park Dong-hoon (Corée du Sud)
ÇA COMMENCE PAR LA FIN, de Michaël Cohen (France)
FÖR KÄRLEKEN (Chère Alice), de Othman Karim (Suède)
BESA, de Srdjan Karanovic (Serbie, Slovénie, France, Hongrie, Croatie)


PALMARÈS DE LA COMPETITION OFFICIELLE

Grand Prix Saint Georges d’Or du meilleur film :
HERMANO, de Marcel Rasquin

Prix spécial du jury, Saint Georges d’argent
DER ALBANER, de Johannes Naber

Prix de la mise en scène, Saint Georges d’argent
ROZYCZKA, de Jan Kidawa-Blonski

Prix d’interprétation masculine, Saint Georges d’argent
NIK XHELILAJ, dans L’Albanais

Prix d’interprétation féminine, Saint Georges d’argent
VILMA CIBULKOVA dans Comme le paradis terrestre

Prix du meilleur film de la compétition PERSPECTIVES, Saint Georges d’argent
REWERS, de Borys Lankosz

Prix pour sa contribution au cinéma mondial
CLAUDE LELOUCH

Prix spécial pour son travail d’actrice et sa fidélité aux principes de l’École de Stanislavski
EMMANUELLE BÉART


AUTRES PALMARÈS

Prix du public : HERMANO, de Marcel Rasquin
Prix de la FIPRESCI : Comme le paradis terrestre , de Irena Pavlaskova
Fédération des ciné-clubs :
- Grand Prix : BESA, de Srdjan Karanovic
- Prix spécial : Différentes mères, de Mihai Ionescu et Tiberiu Iordan
Prix de la Critique de Russie : Cole de Carl Bessai


QUELQUES FILMS DU PROGRAMME RUSSE

Chaque année, le Festival de Moscou présente hors compétition un programme de films russes, pour la plupart récents, qui sont projetés à la Maison du Cinéma, Dom Kino. La sélection russe comprenait cette année 25 films de fiction, de nombreux documentaires et films d’animation et une rétrospective de 14 films des Républiques de l’ex-Union Soviétique abordant le thème de la guerre. Le film russe Le Moineau, de Youri Chiller, figurait dans la compétition officielle et le film tatare Bibinur, de Youri Feting, dans la compétition Perspectives. Le thème abordé par ces deux films était semblable : le retour aux racines et aux valeurs traditionnelles face aux valeurs de l’argent et du monde des affaires. Deux autres films, Le Pope, de Vladimir Khotinenko et J’ai la foi, de Lydia Bobrova, traitaient de la foi et de la religion. Les autres films appartenaient à des genres très variés : thrillers, mélodrames, comédies. Parmi les neuf films que j’ai vus, deux se détachaient nettement de l’ensemble : Comment j’ai passé cet été et Ivanov.

Comment j’ai passé cet été, d’Aléxeï Popogrebski, 124mn

Présenté au Festival de Berlin 2010 où il a reçu le prix du meilleur rôle masculin pour ses deux acteurs et le prix de la contribution artistique pour Pavel Kostomarov, son chef opérateur. Il a également reçu le prix du Ministère des Affaires Etrangères et le prix de la FIPRESCI au festival du film d’Europe Centrale et Orientale, en Allemagne. C’est une œuvre sobre, réalisée avec un budget réduit. Dans une station météo du Grand Nord russe, au bord du Pacifique, travaillent deux hommes : Sergueï, le plus âgé, responsable de la station et son jeune stagiaire, Pavel. Le paysage austère et le climat rude peuvent être considérés comme le troisième personnage et créent l’ambiance dans laquelle se déroule l’action. Sergueï est aussi rude que son environnement, se montre exigeant, voire brutal avec Pavel, garçon peu habitué aux responsabilités. Pavel va s’enferrer dans ses mensonges et prendre peur, et l’histoire se transforme peu à peu en thriller psychologique. C’est un beau film aux images magnifiques qui participent à la montée de l’angoisse. Le jeune acteur, Grigori Dobryguine, était l’un des enfants du film Le Retour, et d’ailleurs Comment j’ai passé cet été a des points communs avec Le Retour : nature rude, voire hostile, personnage de Serguéï qui ressemble beaucoup au père du Retour.


Ivanov, de Vadim Doubrovitski, 167mn

Adaptation au cinéma de la pièce de Tchékhov. Le réalisateur a utilisé les différentes variantes du texte, et en particulier la première version. Ivanov est le personnage tchékhovien par excellence, personnage velléitaire qui a rêvé d’accomplir de grandes et belles actions et s’est laissé peu à peu enfermer et paralyser par la routine, par son conditionnement social et son entourage. Il est déchiré entre son désir de rompre avec cette vie et son sentiment de culpabilité envers sa femme. Il ne provoque que souffrance autour de lui et est condamné à l’impuissance. La mise en scène est magistrale et le film magnifiquement interprété. Il a reçu le prix du meilleur film russe de la part de la Fédération des Ciné-clubs au Festival de Moscou. Le reproche qu’on pourrait lui faire est que la mise en scène fait penser un peu trop au théâtre - le réalisateur est d’ailleurs un metteur en scène de théâtre et tournait ici son premier film.


L’Homme à la fenêtre, de Dmitri Meskhiev, 96mn

Un sujet original : le héros, un acteur raté, passe son temps à regarder les gens par la fenêtre et à deviner ce qu’ils vont faire et dire. Pour Stas, le fiancé de la jeune Sonia, rencontrée par hasard lors d’un accident de voiture, il va jouer des rôles divers, mais dans la vie cette fois, et là se montrer très bon acteur. Un jeu un peu dangereux et qui lui vaut pas mal de péripéties. C’est un film sans prétention mais attachant et qui nous renvoie un certain nombre de questions sur le couple, sur la vie et sur nous-mêmes.


La grand-mère chinoise, de Vladimir Toumaev, 83mn

Une comédie dans la bonne tradition soviétique. Un couple d’un certain âge, Katia et Pavel, mène une vie routinière dans une petite ville de province. Leurs relations se limitent à des disputes sur des détails, lui passe son temps devant la télévision, elle dans les tâches ménagères. Tout va être bouleversé par l’arrivée de la sœur de Katia, une excentrique férue de philosophies orientales. Beaucoup de scènes cocasses, des personnages bien typés et traités avec humour. On passe un bon moment.


Le Nombre d’or, de Serguéï Débijev, 90mn

Parodie débridée des films d’aventures à visée ésotérique. Le héros voyage de Moscou à Paris et arrive au Cambodge pour chercher la statue du Bouddha en or acquise par son grand-père. A cette fiction rocambolesque se mêlent quelques plans et éléments documentaires sur le Cambodge. Le film reprend avec humour tous les poncifs du genre.