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NOUS AVONS ENGAGÉ 30 HACKERS.


Interview
Renat Davletiarov,
Producteur général de la société INTERFEST, Président de la Guilde des Producteurs de cinéma de Russie, Vice-Président de la FIAPF pour l'Europe et membre du Comité exécutif.

 

Propos recueillis par Jacques Simon et Elena Duffort, Kinoglaz.fr, Paris, novembre 2012


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Notre rencontre se déroule pendant la Semaine de cinéma russe à Paris, organisée par Interfest. Pourriez-vous nous parler d'Interfest, de ses objectifs et de ses enjeux et notamment des objectifs et des enjeux de la présente semaine.


Interfest a été créée en 1975 par décret du Conseil des Ministres de l'URSS. C'était une structure destinée à organiser les principaux festivals de cinéma, en particulier ceux de Moscou, Tachkent etc. A l'époque existait le Rideau de fer et les contacts [avec l'étranger] avaient lieu seulement par l'intermédiaire de personnes dûment mandatées. Ensuite, selon les décisions du gouvernement, cette structure aurait du être supprimée et est devenue ainsi une société privée. Sous ma collaboration, au cours des dix dernières années, la société a organisé le festival de cinéma le plus important de Russie, à savoir le Festival international du Film de Moscou. Parallèlement, dans la mesure où l'équipe dirigeante était en place toute l'année, nous avons commencé à recevoir des demandes d'organisation de semaines de cinéma russe. La première demande est venue de New York où la diaspora russe compte plus d'un million d'habitants. A Manhattan, nous avons organisé un festival avec le plus ancien journal américain de langue russe, le Novoe russkoe slovo. A mon grand étonnement, le festival a été très apprécié, y sont venus des étudiants américains, des universitaires et beaucoup d'intellectuels russophones. J'étais très agréablement surpris, et pourtant on ne peut pas dire que notre but était de conquérir New-York. Ensuite nous avons reçu une lettre de Paris, signée par Pierre Cardin, qui nous proposait d'organiser une semaine de cinéma russe à Paris. Pierre Cardin nous a en effet reçus dans sa résidence et la première personne que j'y ai vue, c'est Alain Delon. Lui-même. Et les premières semaines de cinéma russe à Paris ont eu lieu à l'Espace Pierre Cardin.

Après cette expérience, a commencé la semaine de cinéma russe à Berlin. Elle se déroule quinze jours après celle de Paris, et aura lieu cette année pour la huitième fois alors que pour Paris c'est déjà la dixième.

Cette semaine n'est pas un festival au sens propre du terme, avec des projections d'un cinéma expérimental. Pour moi c'est une question de principe. Tant que je serai responsable de ces semaines, ce ne sera pas le cas et nous allons montrer une certaine variété de films allant du cinéma commercial au cinéma d'auteur. Parce que c'est le cinéma qui est produit en Russie. Il faut montrer que ce n’est pas seulement un cinéma tourné par des Russes lugubres, imbus de Dostoïevski et qui présente une Russie où tout est mauvais comme dans une décharge publique. Et cela correspond en fait à l'image que se font de la Russie les habitants de l'Europe de l'Ouest. Par ailleurs, c'est amusant, car on peut constater qu'en Russie est apparue une pléiade de réalisateurs qui travaillent ainsi. Non pas qu'ils veulent s'exprimer contre la Russie, mais ils pensent que les Occidentaux attendent cela d’eux et ensuite regardent leurs films en disant « oui, nous pensions aussi que la Russie est exactement comme ça ». Je ne parle pas des grands noms comme Sokourov et Zviaguintsev, mais d'un grand nombre de réalisateurs de moindre réputation et qui font précisément ce genre de cinéma.
Nos intentions sont relativement simples. Quelles sont les intentions d'Unifrance par exemple ? Unifrance montre régulièrement en Russie du bon cinéma français, que viennent présenter, des artistes, des réalisateurs. Nous avons les mêmes intentions, bien que nous ne soyons pas Unifrance2.


Autant que nous sachions, Unifrance soutient de cette façon, des sociétés distribuant en Russie des films français. Dans votre travail êtes-vous intégré au système de promotion du cinéma russe mis en place par le Fonds du cinéma, Roskino etc. ?

Non. Nous agissons de façon indépendante, et c'est plus une action de logistique culturelle, qu'un certain business-plan de promotion du cinéma. Du moment que cette semaine attire du public et que la salle est pleine, c'est bien. Mais s'il n'y a personne dans la salle, il faut tout arrêter. Je suis à ce sujet très clair – cette semaine doit être utile. D' ailleurs dans la salle, le public est très différencié, il y a des Russes et il y a des Français. C'est très bien ainsi.


Vous soutient-on du côté russe ? Vraisemblablement, les réalisateurs qui n'ont pas d'autres possibilités de montrer leurs films en Europe, vous soutiennent ?

Les producteurs aussi nous soutiennent, prennent des contacts, commencent à discuter de distribution. Mais je m'efforce de ne pas m'en mêler. Ma mission est la préparation, la promotion et le déroulement.


Mais vous organisez cela avec le soutien du Ministère de la Culture, c'est à dire que l'Etat russe vous soutient ?

Oui, mais nous avons aussi d'autres partenaires. En fait l'Etat russe paie les billets d'avion et l'hôtel, pour cela il nous verse une petite somme d'argent. Tout le reste est financé par nos sponsors (location de la salle, publicité très ciblée etc.). Nous ne pouvons pas nous permettre une large publicité mais nous publions des annonces sur la chaîne de télévision Euronews, posons des affiches dans le métro de Paris et dans le réseau des Ecrans de Paris


Avez-vous déjà envisagé d'organiser cette semaine non seulement à Paris mais aussi dans d'autres villes de France ?

Franchement, non. On me le propose souvent. Aussi bien dans d'autres villes de France que dans le reste du monde. Par exemple en janvier à Londres. Mais à cette époque je veux me reposer.

En réalité 80 % des ressources d'Interfest sont destinées à la production cinématographique. Les semaines de cinéma à Paris, Berlin et peut-être encore une fois à New York constituent une sorte d'anachronisme issue de notre ancienne activité. Et nous avons encore un autre festival international à Moscou qui s'appelle 2 in 1. Voilà les projets, chers à mon cœur que nous réalisons. Mais notre activité essentielle est la production cinématographique.


Vous avez une large palette d'activités : vous êtes Président de la Guilde des producteurs de Russie, réalisateur, producteur. Vous chantez également très bien.

Oui, comme un Dieu (sourit).



Malheureusement je n'ai pu entendre vos chants que sur Internet. Mais maintenant c'est au producteur que nous nous adressons. Votre film Le Papillon d'acier est sorti le 1er novembre en Russie. Expliquez-nous, s'il vous plaît, comment est réalisé en Russie le financement de tels projets.

C'est le film le moins cher que j'aie fait de toute ma vie. D'abord, il y avait un autre réalisateur qui n’a pas rempli ses objectifs et que nous avons dû licencier. Alors mon co-producteur m'a proposé de le réaliser moi-même, ce qui était d'autant plus intéressant qu'il n'y avait pas besoin de me verser d'honoraires. Le film coûte un million de dollars. En deux week-ends de distribution nous sommes entrés dans le top dix des films ayant obtenu les meilleurs résultats. C'est à peine croyable. Car le budget publicitaire que nous avons reçu par le Fonds du cinéma est de quinze millions de roubles [environ 500 000 dollars], une très petite somme par comparaison aux budgets publicitaires des autres films. D'abord, je pensais que le film ne sortirait pas sur les écrans, j'étais persuadé que c'était un film difficile pour les spectateurs russes qui ne veulent pas être traumatisés mais veulent des comédies ou au pire des «films fantastiques». C'est un petit film avec une fin triste. Je pensais que nous sortirions le film avec une dizaine de copies, et il est sorti avec 350 copies.


Par ailleurs vous avez eu une sortie assez difficile avec en même temps le dernier James Bond et Cloud Atlas qui est sorti avant la date annoncée, en format « preview ». Votre sortie risquait donc d'être étouffée.

Oui Skyfall, Cloud Atlas , qui ne devait pas sortir à cette époque. De même ne devaient pas sortir Ulanskaya ballada et 4 autres films russes. Mais je suis, malgré tout, très satisfait. Je sais ce que signifie un gros box-office, j’ai déjà vécu cette expérience. En plus j'ai eu l'agréable surprise de constater que le film a eu des échos très positifs. Je ne parle pas des femmes d’un certain âge, critiques de film, qui ne m'aiment pas, et ronchonnent, sans ne rien dire de mauvais mais ronchonnent... Mais, pour être honnête, si j'ai un jour envie de faire un film pour plaire aux critiques russes, je demanderai aussitôt à être enfermé dans un hôpital psychiatrique. Parce que c'est idiot de faire des films pour les critiques, il faut faire des films pour les spectateurs. Notre plus grande chaîne de télévision a payé pour notre film un bon prix, et ce n'est pas rien ! Voilà pourquoi je suis satisfait.


Dans l'une de vos interviews, vous avez dit que l'aide de l'Etat était indispensable pour les films russes. Vous avez reçu une aide de l'Etat pour votre film ?

Oui. Nous avons eu trente millions de roubles, c'est à dire un million de dollars. En plus, nous avons eu, bien entendu, l'argent du studio, soit au total un million deux cent mille. Cela fait très peu d'argent. Et quand j'ai terminé le film je me suis adressé au Fonds du cinéma et ai dit que ce n'est ni une comédie, ni un film d'action, ni un film commercial. Ils l'ont regardé et ont décidé de donner 15 millions de roubles pour la distribution. Dans cette somme entrent le prix des copies et la publicité, c'est donc un budget très modeste. C'est la première fois que je travaille avec un budget aussi modeste. Habituellement pour la sortie d'un film nous avons environ trois millions de dollars. Finalement, je ne dirai pas que la victoire est grandiose, mais la carrière du film se présente bien. Nous avons dépassé le million de dollars de recettes, et au grand étonnement des distributeurs le film reste encore dans les salles et a des spectateurs même si ce ne sont que de petites salles.


Vous avez prévu que le film resterait sur les écrans combien de temps ?

Je pensais qu'il ne sortirait pas du tout. Mais je sais ce qui se passe actuellement dans la distribution. Actuellement nous avons une génération de spectateurs qui ressemblent à des zombies. Ils n'acceptent que deux formes de cinéma. Le cinéma de divertissement, surtout s'il est américain, et la comédie. Actuellement les films policiers ne plaisent pas, les mélodrames n’ont aucune chance non plus, quand aux drames, Grand-Dieu surtout pas. Dès que vous produisez un film un peu plus compliqué, personne ne veut le voir.


Hier soir j'ai cherché votre film Le Papillon d'acier sur Internet, ce fut sans succès. Comment luttez-vous contre le piratage ?

Nous avons engagé trente hackers qui bloquent ces sites, les préviennent et même les menacent.


C'est à dire que la lutte contre le piratage est l'affaire des personnes concernées ? Donc, vous vous en occupez vous-mêmes ?

Oui, nous nous en occupons nous-mêmes. Bien entendu le film apparaîtra tôt ou tard sur le net, mais jusqu'à présent nous avons réussi à l'éviter. Mais je voudrais dire qu'actuellement se préparent des mesures législatives très sérieuses pour responsabiliser les pirates. Nous le demandions depuis dix ans. La question est de savoir s'il est légal de rendre les fournisseurs d'accès à Internet responsables des contenus piratés qu'ils hébergent. En Russie quatre fournisseurs d'accès contrôlent quatre-vingt-dix pour cents du réseau internet. Jusqu'à présent, on nous disait que c'était impossible. Mais maintenant quand Poutine les a rendus responsables des contenus extrémistes, de la pornographie infantile, on a compris que c'était possible. Si nous sommes capables de poursuivre des incitations à l'extrémisme ou à la pornographie infantile, cela veut dire que nous sommes capables de défendre les droits de la propriété intellectuelle. Bien qu'en Europe j'aie entendu des points de vue différents à ce sujet. Par exemple, on dit que pour les couches les plus pauvres de la population, il n'y a pas d'autre possibilité d'accéder à la grande culture. A cela je réponds, qu'ils peuvent regarder gratuitement des peintures de Leonardo, lire gratuitement Guy de Maupassant, regarder gratuitement des films de Charlie Chaplin, lire Tolstoï, mais pourquoi auraient-ils besoin pour cela de voir ma comédie Lioubov-Morkov ce qui me priverait de revenus ? Mais les lobbys de l'Internet gratuit, c'est à dire du vol des ayant-droits, existent même auprès de l'ONU.


Lorsqu'à la Guilde des producteurs vous proposez des mesures législatives, dans quelle mesure vous inspirez-vous d'autres pays et notamment de la France ? Ou bien considérez-vous que la Russie est un cas particulier où tout est différent ?

C'est essentiellement du modèle français que nous nous inspirons. Car la France est le seul pays qui ait su résister à l'envahissement du cinéma américain. Ce qui n'est possible que si il existe un financement de la production par l'état. Mais cela ne suffit pas. Il faut une politique gouvernementale dans le domaine de la télévision, où la programmation des films est réglementée, où il y a une obligation pour la télévision d'investir dans la production cinématographique. C'est une expérience universelle sur laquelle il faut s'appuyer. Je suis très souvent en Italie. Alors qu'il y a un cinéma français, il n'y a pas de cinéma italien depuis la mort de Fellini. Je m'intéresse régulièrement aux affiches des salles de cinéma : on n'y voit pas de films italiens, mais seulement des films américains. A la Cinecittà, il n'y a que des shows télévisés et rien de plus. Tandis qu'en France, partout on voit sur les affiches de magnifiques acteurs et actrices français. Le marché russe est mauvais car nous avons très peu de salles, environ 3 mille. Nous sommes le cinquième ou sixième marché du monde. L'année dernière, la vente des billets nous a rapporté un milliard trois cent millions de dollars. Bien entendu si dans le pays nous avions six mille salles, nous vendrions davantage de billets. Mais dans les salles, il n'y aurait que des films américains, rien d'autre.


Mais dans quelle mesure l'expérience française peut s'appliquer en Russie ? En France, il existe une chronologie stricte des sorties, d'abord le film sort en salles, puis en VOD ou DVD, ensuite sur les chaines de télévision payantes, ensuite sur les canaux des coproducteurs etc. En Russie, à cause du piratage, cette chronologie n'est absolument pas applicable, c'est pourquoi le DVD de votre film va très vraisemblablement sortir très bientôt ?

Oui, bien sûr, sinon, il sera déjà sur Internet. En France, il y a une autre expérience historique, il y a d'autres règles de protection du cinéma. En Russie, par exemple, nous n'avons pas la possibilité de mettre une taxe spéciale sur le cinéma américain. Mais maintenant il va y avoir de nouveaux règlements. Comme vous le savez les exploitants de salles de cinéma ne sont pas soumis à la TVA, qui est de 18 %. Il est question aujourd'hui de la faire payer pour les films américains. La non-taxation est une mesure de protection du cinéma russe, pourquoi s'appliquerait-elle au film Harry Potter ? Il y a un autre projet sérieux : introduire un quota. Un quota, non pour interdire le cinéma américain, mais pour que dans les salles de cinéma on passe au moins 25 pourcents de films russes. A l'heure actuelle il est vraisemblable que cela ne peut pas fonctionner car les exploitants de salles ne veulent rien savoir à propos de la culture nationale, ils veulent seulement du cinéma américain. Et même si cela correspond à une réalité économique, à savoir que les films russes attirent des spectateurs, malgré tout ils les retirent des salles pour mettre à la place de petits films américains, car cela fait partie des accords globaux qu'ils ont signés. Je pense que nous allons maintenant soutenir le système des quotas et l'introduction de taxes sur le cinéma américain en supprimant la dispense de TVA.


Pour revenir à la France, le système de soutien au cinéma national est plutôt un système d'encouragement. Or vous vous orientez plutôt vers un système d'interdiction et de réglementation ?

D'abord les mesures que nous préparons ne sont pas des mesures d'interdiction. La loi de 1996 dispense les sociétés de cinéma du paiement de la TVA. C'est une mesure de protection. Mais pourquoi les films américains devraient-ils bénéficier d'un tel avantage ? Le système des quotas est plus complexe à organiser, mais en Russie le réformes, bonnes ou mauvaises, ont toujours été accomplies selon la devise un bon discours et un revolver sont toujours plus convaincants qu'un seul bon discours. Autrement rien ne peut marcher en Russie. Je vois simplement qu'on ne progresse pas. Le nombre de salles augmente mais la situation du cinéma russe ne s'améliore pas. On l'écarte pour protéger les bonnes relations avec Hollywood.


Vous avez dit un jour qu'il fallait à la Russie de 7 à 8000 salles.

Je peux expliquer pourquoi. Aux Etats Unis il y a 40 000 salles. La plus grande sortie de film a été réalisée pour Les Pirates des Caraïbes avec 3500 copies. Regardez la proportion. 36 000 salles n'ont pas reçu Les Pirates des caraïbes, ils ont reçu d'autres films. Si nous avons 7000 salles, alors je pourrai sortir un film sur 3000 copies et les distribuer de sorte que certaines salles ne recevront pas le film. Et lorsqu’arrive un film américain important ou un Luc Besson, lui aussi sur 3000 copies, alors, il y aura de la concurrence entre les salles. Un autre problème est qu'en Amérique, il n'est pas possible qu'un seul film occupe 50 pourcents des salles. Il occupera 5 pourcents puis 10 pourcents, car il y a une compétition entre les salles pour l'obtention du film. C'est pour cela que j'estime que nous devons avoir davantage de salles.


Nous savons pourtant que le public qui fréquente les salles de cinéma en Russie est constitué par un seul segment de la population, la jeunesse. Si vous ouvrez 8000 salles, ne craignez-vous pas qu'elles restent vides ?

Je considère d'abord que cela pourrait attirer un autre public. Pourquoi les films de festivals ne pourraient-ils pas sortir dans de petites salles ? Ils seraient demandés. Autrefois tous ces films difficiles passaient à Moscou dans un cinéma qui ressortait d’anciens films Le cinéma du film réitéré et ils y sont restés des mois. C'est une politique complexe. Il ne s'agit pas de dire qu'on va construire des salles et c'est tout. Il faut soutenir la production cinématographique, la construction de salles, introduire des lois punissant toute forme de piratage, conduire une politique gouvernementale dans le domaine de la télévision, comme en France. Car quand je regarde nos programmes télévisés, sur quatre chaînes nationales, pendant les jours fériés, on passe des dizaines de blockbusters américains connus et à grands budgets. Particulièrement pendant les jours fériés, dans la journée et en soirée. Il faut réguler tout cela. Alors peut-être que davantage d'adultes commenceront à aller au cinéma.


En province, pour l'instant il y a peu de bonnes salles

Oui, et c'est un problème. Il y a 3000 salles dans les grandes villes. A Moscou et à Saint-Pétersbourg, il n'est pas nécessaire de construire de nouvelles salles. Et dans les petites villes qui constituent la Russie, il n'y en a pas assez. Mais actuellement il faut beaucoup de temps pour y rentabiliser la construction de salles. Le billet d'entrée au cinéma ne peut pas être aussi cher qu'à Moscou. Car les gens y ont un salaire plus faible et vont moins souvent au cinéma. Le délai de rentabilité est de 7 à 8 ans. Actuellement, il y a un programme gouvernemental qui comporte la construction de 130 salles financée par un emprunt à la banque nationale VTB. C'est à dire que l'organisation qui s'en occupe reçoit un crédit à un taux avantageux et commence la construction dans ces petites villes. C'est un programme très important, en rapport à un problème social très important, car actuellement dans une petite ville on ne peut pas voir ce qu'on peut voir à Moscou. Et cela se fait avec l'aide de l'Etat, les investisseurs privés ne participent pas car c'est un investissement à long terme et risqué.


Dernière question votre nouveau film Odnazhdy [Une fois]. Vous venez de terminer le tournage, pourriez-vous nous dire quelques mots au sujet de ce projet ?

C'est un film sur un scénario de Youri Korotkov. Cela fait longtemps que je m'y prépare. Ce film raconte des événements de l'année 1970, qui se sont déroulés dans une petite ville. Dasha Melnikova y joue le rôle principal. Pour l'instant je ne peux rien en dire de plus, mais je pense que ce sera du bon cinéma. C'est le meilleur scénario que j'aie jamais lu de toute ma vie. Korotkov l'a écrit il y a vingt ans. Mais c'est une histoire onéreuse car il s'agit de rétro. Filmer l'année 1970, c'est presque plus difficile que de filmer le 19ème siècle. On doit cacher la ville moderne, enlever les appareils à air conditionné, les antennes paraboliques, les automobiles contemporaines, changer les vêtements de tous les figurants. C'est pour moi, la première expérience. Nous avons fabriqué une énorme quantité de vêtements, 400 paires de chaussures. Nous avons choisi des figurants six mois en avance et leur avons demandé de ne pas se couper les cheveux. En fait, je ne sais pas. Il devrait en sortir quelque chose. Je pense que le film sera prêt au printemps et qu'il sortira l'automne prochain.

On peut espérer le voir l'année prochaine ici ?

Oui, espérons le.




Photo du film Odnazhdy © Interfest