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En Russie il y a beaucoup de bons réalisateurs mais peu de films parfaits

 

Interview de Sitora ALIEVA, directeur artistique du Festival Kinotavr

 

 

Propos recueillis par Elena Kvassova-Duffort (Kinoglaz.fr)

Moscou, mars 2008

 

 

 
 

 

Biographie : Sitora Alieva est née à Douchanbé au Tadjikistan. Elle a fait ses débuts au cinéma en tant qu’actrice, elle a joué dans 10 films pour le cinéma et la télévision. En 1987 elle a obtenu le diplôme de la faculté d’histoire du cinéma du VGIK (Institut national du cinéma. Moscou). De 1987 à 1991, elle travaille en tant que rédacteur en chef aux Studios Tadjikfilm, de 1991 à 1993  elle occupe la même fonction au Fonds de soutien du cinéma. De 1994 à 1996, elle travaille à la rédaction du journal Iskusstvo kino et est responsable de la coordination des programmes du Festival international du film à Sotchi, ainsi qu’au festival Liki Lubvi et au Festival de films pour enfants Kinotavrik. A partir de 2002 elle est Directeur exécutif du Festival Kinotavr, à partir de 2005 – directeur des programmes de ce festival.

Sitora Alieva a été membre du jury de plusieurs festivals internationaux, notamment au Festival International de Mar del Plata (Argentine), au Festival de films d’Europe de l’Est à Cottbus (Allemagne), au Festival international de Berlin (Allemagne, section Génération), au Festival international de Trenčín (Slovaquie). Depuis janvier 2007, Sitora Alieva effectue la présélection des films russes et des pays de la CEI pour le Festival International du film de Rome (Italie).

 

 

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Pourriez vous nous parler un peu de l’histoire du festival Kinotavr ?

 

Kinotavr existe depuis 19 ans et c’est le principal festival de cinéma national en Russie. Il a été imaginé par Mark Rudinshtejn. Depuis son enfance Rudinshtejn est un véritable passionné de cinéma, il a voulu le soutenir dans une période difficile et montrer que le cinéma russe n’était pas mort

 

Rudinshtejn a fait deux choses très importantes. Il a non seulement créé ce festival pour présenter l’art cinématographique et pour montrer le meilleur de sa production, mais aussi il est allé trouver les investisseurs indépendants qui comprenaient la nécessité de soutenir ce genre de manifestation dans un pays ayant une grande tradition cinématographique. Donc, d’une part il a cru au cinéma comme art, d’autre part il a fait des démarches auprès du monde de la finance indépendante qui s’est mis à soutenir le festival. Cela n’était pas facile, cela représentait, pour la Russie, un nouveau mode de fonctionnement, inconnu jusque là. Quand le Festival a déménagé à Sotchi, et l’Etat Russe, et la ville, ont participé à son financement. Le festival a fait revivre Sotchi ; la plus grande station balnéaire de Russie est devenue le symbole du cinéma national. Les gens voyaient, entendaient, comprenaient que le cinéma était bien vivant. C’était non seulement un lieu de rencontre de gens du métier mais aussi un lieu de rencontre avec les journalistes. Pendant 15 ans Mark Rudinshtejn, le producteur général du festival, Oleg Yankovski, son président et la directrice des programmes, Irina Roubanova, ont prouvé au pays entier que le cinéma était un art et faisait partie de la culture russe, qu’il existait malgré les difficultés de la production cinématographique, et que, grâce au festival, ses lauréats pouvaient trouver leur public.

 

Il y a trois ans Mark Rudinshtejn a donné sa démission et une nouvelle équipe a pris la direction du festival.

 

Il est parti de son plein gré et, comme il l’a toujours dit, il a trouvé pour le remplacer des gens partageant ses idées. C’étaient des gens du monde du cinéma. Il y a de nombreuses personnes qui ont beaucoup d’argent mais il était important qu’à la place de Rudinshtejn soient nommés Aleksandr Rodniansky et Igor Tolstounov, des producteurs russes confirmés

 

Qu’est-ce qui les a poussés à reprendre Kinotavr ?

 

Je pense qu’ils voulaient surtout conserver le festival en gardant le même nom et le même lieu. Mais aussi lui apporter une nouvelle énergie, le souffle d’une nouvelle époque, parce que le cinéma devient une industrie, même si cela évolue lentement. Nous sommes en train de la « construire », évidemment qu’elle n’est pas encore tout à fait structurée, pas homogène et que par moments elle rappelle encore le cinéma « des coopératives » des années 90.

 

Notre objectif reste de maintenir le festival avec la situation actuelle qui a évolué. Evidemment la sélection est devenue aujourd’hui plus compliquée. Lorsque vous êtes confrontés à un très grand nombre de films, vous pouvez être un peu déstabilisés, car souvent on vous propose des histoires purement commerciales, faciles à vendre à la télévision, banales mais qui fonctionnent. Et derrière chaque film il y a les intérêts commerciaux de gens qui ont de l’argent, et vous subissez des pressions indirectes de leur part. Il y a toujours des gens qui nous en veulent, parce qu’ils ont dépensé un million, un an de leur vie, parce qu’ils ont investi dans leur projet le travail de plusieurs personnes, et le festival, qui plus est un festival national, n’a pas sélectionné leur film.

 

On constate que le festival a changé depuis trois ans car le cinéma a changé et son approche aussi a changé. Le cinéma aujourd’hui c’est aussi un business, parfois avec quelques éléments de « show ». Et pour nous la situation se complique : il y a trop de films, ce qui signifie : préparez vous à de nombreux conflits !        

 

Quels sont les changements dans la politique du festival depuis l’arrivée de la nouvelle équipe ?

 

La situation dans l’industrie cinématographique a changé et, avec elle, les relations entre les gens du métier. Notre objectif reste le même : présenter et promouvoir le plus de films possible et créer un lieu de rencontres entre professionnels. Le festival offre non seulement la possibilité d’échanges intellectuels, mais aussi d’échanges commerciaux. Il était très important de lancer la promotion du cinéma russe dans le monde, ce que nous avons fait en créant le programme Showcase destiné aux directeurs de festivals internationaux, aux sélectionneurs, journalistes et distributeurs. Cela fait, cette année, la quatrième fois qu’ils viennent à Sotchi. Ils viennent pour les cinq derniers jours du festival, regardent tous les films en compétition et d’autres hors compétition et se font ainsi une idée complète de toutes les tendances clé de la saison à venir, car c’est justement Kinotavr qui ouvre l’année cinématographique et montre les films les plus importants qui ensuite seront programmés toute l’année en Russie et à l’étranger. Comme tout grand festival nous souhaitons offrir le maximum de possibilités.

 

Sotchi devient réellement un centre d’affaires, là où on peut échanger des expériences, des informations. Tout cela permet aux producteurs de se faire une idée plus précise de la carrière de leur film, ils peuvent voir comment la salle réagit à leur film. Et le public à Sotchi n’est pas facile. Cela fait 20 ans que je travaille dans les festivals et 18 ans que je voyage dans le monde et je me rends compte que le public de Sotchi est un des plus complexes. Il se comporte comme s’il était chez lui, à la maison. On peut souvent observer quelque chose de rare pour les festivals du monde entier : au bout d’un quart d’heure de projection les spectateurs se lèvent et déambulent dans la salle. Lorsque nous montrons nos films aux gens de chez nous, la situation n’est pas simple. Et cela me fait mal lorsque certains journalistes ne comprennent pas que la première d’un film est une fête pour ses créateurs et qu’ils peuvent dire des choses assez désagréables au producteur du film même pendant la projection. Et c’est le moment le plus pénible du festival.

 

Mais d’un autre côté nous sommes dans une ambiance de travail et les gens peuvent exprimer spontanément leur impression sur le film.

 

Oui, et on quitte la salle pendant la projection partout et depuis toujours, mais pas de façon si flagrante. Par exemple, après la première projection du film Otryv d’Aleksandr Mindadze, nous avons discuté de la surexcitation qui régnait dans la salle et Mindadze était perplexe car ceux qui étaient sortis n’étaient pas des inconnus mais des amis de longue date. Et une réaction, aussi grossière, aussi négative, désole aussi bien les créateurs que nous-mêmes.

 

Quels sont vos critères de sélection des films pour la compétition ?

 

Un festival national a deux choix possibles. On peut montrer le maximum de films comme le font la Hongrie, la Pologne ou La République tchèque. Cela n’est pas possible pour nous. Nos horaires nous permettent de montrer en tout 14 – 15 films et c’est le nombre optimal à tous points de vue. Notre procédé de sélection est le suivant : je regarde seule tous les films tournés en Russie et établis une présélection pour le comité constitué de cinq personnes. Nous essayons de choisir pour la compétition différents types de films, les plus représentatifs dans leur catégorie, soit art et essai, soit mainstream (le cinéma grand public) de qualité, soit blockbusters. On est toujours tenté de se limiter aux films d’art et d’essai, mais d’un côté il n’y en a pas suffisamment et d’autre part nous ne pouvons le faire car notre objectif final est de promouvoir tout le cinéma russe, et le cinéma russe, vous en conviendrez, est très varié.

 

Nous montrons des films divers et on nous critique souvent pour cela. L’année dernière, certains films ont beaucoup irrité les critiques qui ne comprenaient pas ce qu’ils venaient faire au festival. Mais nous les avons montrés exprès car le mainstream existe, il n’est destiné ni à moi-même, ni aux critiques de film ou historiens du cinéma, ni aux journaux spécialisés Séance ou Iskusstvo kino, mais il est destiné au grand public. Mais pour être sélectionnés ces films doivent être réussis professionnellement et artistiquement.

 

L’année dernière nous avons montré  le film de la « scandaleuse » Germanika qui a provoqué un tollé chez tout le monde, mais j’ai fait le choix délibérément car ce film « imparfait » semblait être le plus radical parmi les cinq films qui prétendaient à la compétition.

 

Mais bien sûr c’est aussi une question de contexte.  Par exemple en 2006 nous avions programmé le film de Tigran Keossayan Zayats Nad bezdnoy / Le Lièvre au dessus du gouffre. J’ai beaucoup regretté que ce beau film n’ait pas eu le retentissement qu’il méritait et qu’il se soit retrouvé marginalisé dans la compétition, car ses objectifs étaient différents de ceux des films traitant des problèmes d’actualité, comme Vivant, Jouer les victimes ou Liaison. Il arrive que le contexte travaille contre le film. C’était un film pour une autre compétition, un autre festival, réalisé selon des critères totalement différents.

 

Pour conclure, nous ne sommes pas un projet conceptuel, nous sommes plutôt une foire annuelle. En effet c’est la seule occasion de montrer comment évolue le cinéma.

 

Nous n’avons pas encore de règles strictes concernant la sélection des films, comme à l’étranger où vous remplissez un questionnaire, payez de l’argent et envoyez votre film. Nous recevons encore des VHS qui viennent spontanément, pas de numéro de téléphone, ni fax. On ne sait pas d’où vient la cassette. Ce genre d’approche, c’est encore une conséquence du désastre de l’industrie cinématographique dans les années 90.  

 

Parallèlement au programme du festival, il y a aussi des projections organisées par le marché du film.

 

Les gens qui viennent pour participer au marché du film ont enfin commencé à travailler avec nous. Nous concluons des accords, donnons des quotas pour nos projections et nous serons ravis s’ils viennent chez nous voir ce qui se passe, faire plus ample connaissance et échanger des informations. Il faudrait apprendre à sortir dans les salles le cinéma d’auteur, cinéma difficile, comme par exemple le cinéma de Svetlana Proskourina. Il y a très peu de salles pour cela, et les gens ne savent pas, comment travailler avec une histoire philosophique. Ils ne savent pas comment attirer l’attention des spectateurs. C’est un travail long et difficile.

 

Le film de Proskourina Le Meilleur moment de l'année /Luchsheye vremya godaa aussi provoqué pas mal de discussions à Kinotavr.

 

Lorsque à Rotterdam je suis venu à la projection du film de Sveta (c’était la rétrospective de ses films), soudain, j’ai vu des spectateurs qui ont aimé le film, qui ont compris toute sa philosophie – histoire d’hommes qui ne vieillissent pas et de femmes qui vieillissent occupées par le partage des hommes; J’ai beaucoup lu sur ce film et j’ai eu l’impression que plusieurs personnes à Sotchi soit n’ont pas compris le film, soit l’ont considéré trop prétentieux. Mais on aimerait que ce genre de films soient analysés, malgré leurs imperfections. Car c’est une tentative de faire évoluer l’art du cinéma, de parler au spectateur dans un langage très individuel et particulier. Analyser le langage du cinéma c’est très important. Par exemple un autre film, L'Etau / Tiskide Valery Todorovsky a été conçu et fait comme un film purement commercial, destiné à un large public, mais hélas il s’est avéré trop esthétisé et trop compliqué. 

 

L’année dernière lors des tables rondes de Kinotavr on a beaucoup parlé d’absence de bons scénarios. Est-ce que ce problème reste actuel ?

 

Aujourd’hui il y a beaucoup de films « moyens » sur des thèmes déjà vus, traités selon des schémas anciens. Il n’y a pas d’idées nouvelles, pas de sujets actuels ou percutants. Nous n’avons pas de scénaristes capables de faire cela. Heureusement que, venant du théâtre, sont arrivés au cinéma Kirill Serebrennikov [Prix du meilleur film du Festival Kinotavr, 2006, pour Jouer les victimes / Izobrazhaya zhertvu - Kinoglaz] et Ivan Vyrypaev, [Prix spécial du jury au Festival Kinotavr, 2006, pour le film Euphorie - Kinoglaz]. La victoire de Serebrennikov à  Kinotavr et le succès qu’Euphorie a rencontré partout dans le monde sont très importants. Ensuite plusieurs festivals pendant deux ans voulaient avoir ces films dans leur programme.

 

Quand il y a beaucoup d’argent mais peu d’idées, quand vous lisez mille fois le même scénario, vous avez pitié des rédacteurs de studios car ils sont confrontés à des tonnes de mauvais textes. Nous organisons au festival un pitching de scénaristes. Surtout la première année où j’ai reçu à peu près une centaine de courtes notes d’intention, j’étais un peu choquée car je n’arrivais pas à en sélectionner même une dizaine. Tout était en dehors de toute compréhension du cinéma et même du bon sens. Moi, je voudrais lire une histoire sérieuse traitant de la vie de gens et qui parle d’aujourd’hui, des gens d’aujourd’hui, de leurs relations, de leurs problèmes. Il y a beaucoup de réalisateurs capables de faire un tel cinéma. Par exemple Veledinski, Sadilova, Popogrebski, Khlebnikov. Ils ont des idées et une puissance, mais pas de scénaristes, et je peux affirmer que pour eux aussi c’est un problème. En Russie il y a beaucoup de bons réalisateurs. Mais il y a un manque de dramaturgie de qualité.  

 

Kinotavr est une des meilleures occasions de voir en très peu de temps beaucoup de nouveaux films russes. Est-ce que le festival a comme objectif de devenir une vitrine du cinéma russe à l’étranger et quelle est votre politique à ce sujet ?

 

Bien sûr, nous représentons le cinéma russe à l’étranger. Bien que personne ne nous donne de l’argent pour cela. Rodniansky et Tolstounov dépensent pour cette partie du programme du festival leur propre argent. En plus c’est assez cher. Mais si nous ne le faisions pas, Popogrebski n’aurait pas eu ses quatre prix, non seulement au festival de Karlovy Vary, mais aussi aux autres festivals internationaux, dont les représentants viennent à Sotchi. Nous sommes seuls à faire le travail de coordination, d’échange d’informations et de contacts, il n’y a pas d’autres que nous. Mais c’est une tache difficile, à cause de laquelle nous risquons de devenir une sorte d’agence de tourisme. Nous sommes obligés d’employer plus de gens, mon assistante travaille sans arrêt, elle organise des rencontres, met en contact des gens, des responsables de festivals et effectivement pour nous c’est un travail vraiment très important. 

 

Même si cela peut paraître paradoxal, le cinéma russe est devenu nettement plus à la mode. Et notamment, grâce à notre festival. Et je suis contente qu’après les avoir vus chez nous, les sélectionneurs des festivals étrangers prennent même des films qui n’ont pas rencontré de succès à Kinotavr. Par exemple le film Le Modèle / Naturshchitsa a été montré avec beaucoup de succès au festival de Pusan en Corée du Sud, le plus grand forum du cinéma en Asie. La rétrospective de Proskourina a très bien marché à Rotterdam et c’est très bien car si nous n’avions pas montré son film au sélectionneur de Rotterdam, personne ne l’aurait vu. Mais le système de promotion du cinéma russe à l’étranger fonctionne très mal, nous n’avons pas d’institution comme Unifrance en France ou German Films en Allemagne. C'est-à-dire une institution financée par l’Etat dont l’objectif est de promouvoir le cinéma russe. Evidemment, les champions dans cette catégorie sont les Français qui organisent des festivals du cinéma français non seulement à Moscou ou à Saint- Pétersbourg mais aussi partout en Russie. 

 

Kinotavr n’a pas de tels objectifs, néanmoins vous avez co-organisé la semaine du cinéma russe en Israël.

 

Pas seulement en Israël. En automne 2007, le programme Rousski focus a eu lieu dans trois pays. C’était en Israël, où on a montré 14 films, c'est-à-dire pratiquement le programme de Kinotavr, ensuite fin septembre - début octobre c’était le programme du jeune cinéma au festival international de Zurich et, finalement, le festival du cinéma russe en Finlande, pas dans une seule ville mais dans plusieurs. Nous sommes ravis de pouvoir aider nos partenaires qui trouvent des financements dans leurs pays respectifs pour organiser ces événements. Nous préparons les copies et menons tout le travail organisationnel. Et il y a de plus en plus de demandes de ce genre, en ce moment, par exemple, venant de Suède et de Norvège.

 

Je suis très fière que nous ayons commencé à montrer l’année dernière le programme des meilleurs films soviétiques qui ont été sélectionnés par les plus grands critiques russes avec le titre 50×50. On pourrait montrer ce programme partout, de Pusan à Cannes, de Cannes aux Etats-Unis, n’importe où, dans ce format où en version réduite. Et nous avons déjà reçu des demandes de ce genre de la part des musées, des universités qui veulent qu’on les mette en contact avec les Archives Gosfilmofond ou qu’on les aide à montrer ces films en DVD. L’année dernière Marco Müller a montré un programme de films russes au Festival de Venise. Un tel projet coûte beaucoup d’argent et il est très important de trouver des gens capables de le soutenir. Je sais qu’à Venise ils ont reçu le soutien de la marque Prada et des DVD avec les films de ce programme seront vendus dans les boutiques Prada. Cela veut dire qu’il faut des contacts avec les grandes marques. Nous ne les avons pas encore, cela ne marche pas encore chez nous, il est très difficile de trouver une marque sponsor si ce n’est pas une marque d’alcool, de vodka. Ce serait idéal si ces cinquante films qui ont été montrés à Kinotavr, étaient sortis sur DVD et vendus partout dans le monde dans des magasins chers, on les aurait tous vendus. C’est un travail à part, lié à des questions de droits d’auteur, à la logistique, à des contacts et tout le reste. Mais c’est une bonne expérience pour la promotion du cinéma.

 

Kinotavr a aussi montré une série de films consacrés à l’histoire du cinéma russe, créée par Marianna Kireeva.

 

C’est un travail très intellectuel, très sérieux parce qu’elle a non seulement illustré l’histoire du cinéma russe, mais elle a eu une véritable approche artistique. Elle a analysé l’évolution, tenté de montrer des choses inconnues, présenté sa propre vision. C’est une œuvre absolument personnelle. Ce projet est très créatif, profond, sérieux, ce n’est pas juste une illustration des noms ou des étapes historiques, mais une description du cours de la vie, que nous ne connaissons déjà plus et n’avons jamais connu.

 

Cette année vous allez continuer avec ce genre de programmes ?

 

Nous allons montrer les derniers épisodes du programme de Kireeva et la deuxième moitié du programme 50×50. En plus nous voulons montrer un programme avec le titre Cinéma que nous n’avons pas remarqué préparé pendant plusieurs années par Aleksandr Chpaguine. Il a fait pour nous une liste de films dont nous discutons en ce moment et je pense que ce sera très intéressant car il met l’accent sur des films pratiquement oubliés et qui sont, dans leurs temps, passés inaperçus.

 

Et, bien évidemment, nous allons montrer des courts-métrages. Mais cette année nous allons nous concentrer sur le cinéma de fiction. Ce cinéma n’est pas toujours très professionnel, pas toujours à la pointe de la technologie, mais ce n’est pas très important, car les gens qui viennent aujourd’hui à Sotchi recherchent de nouveaux réalisateurs, de nouveaux scénaristes. C’est pourquoi ce programme est très important. Dans ce sens nous créons une certaine forme de base de données en proposant les noms, les contacts de jeunes réalisateurs inconnus, nous pouvons distribuer leurs DVD et les aider à trouver un producteur.

 

Quels sont les résultats pratiques de votre activité internationale en ce qui concerne les co-productions ? Est-ce que vous arrivez à créer des liens entre producteurs et réalisateurs ?

 

Nous avons organisé une table ronde et invité des producteurs, français et allemands. Par ailleurs nous recevons énormément de demandes de recherche d’un coproducteur russe. Par rapport à l’Europe, chez nous la coproduction n’est pas une forme de travail très populaire. Car l’Europe est devenue unie dans tous les sens, nous savons qu’il existe des programmes comme Media ou Eurimages et avec eux toute la base juridique couvrant cette forme de collaboration. Nous ne l’avons pas encore. Nous parlons déjà depuis cinq ans de la nécessité de la collaboration entre la Russie et l’Allemagne. Mais pour l’instant il n’y pas de projets vraiment sérieux et qui auraient du succès. Néanmoins, en ce moment il y a deux projets avec l’Allemagne en cours de réalisation, celui de Guermann et de Khrzhanovski.

 

Lorsque récemment j’étais en France, je voulais savoir s’il existait des sujets et synopsis qui pourraient potentiellement intéresser les producteurs russes. Et il m’est arrivé deux fois d’aider dans la réalisation de tels projets.

L’un des films s’appelle Carré Blanc du réalisateur Jean-Baptiste Leonetti. Il sera tourné par la société Tarantula. J’ai pu assister à une première d’un film de Jean-Baptiste Leonetti à Paris, il y a quatre ans et j’ai bien aimé ce réalisateur. Ensuite on m’a demandé de trouver un partenaire pour co-produire son premier long-métrage. Et je suis très contente que «CTC Media» d’Aleksandr Rodniansky participera à cette production européenne et multiculturelle.

 

Le deuxième film s’appelle Kill me. Il sera tourné par la réalisatrice française, d’origine tadjik, qui s’appelle Gulya Mirzoeva. Elle est auteur de plusieurs films documentaires et habite Paris. Son documentaire sur les Pères Noël russes ( Sept jours de la vie du Père Noël, 2006), a eu le prix du festival Escales Documentaires à La Rochelle, ensuite il a eu aussi d’autres prix. Elle a écrit une note d’intention pour un thriller qui va être tourné avec la participation de trois pays. Côte français c’est la société Les Poissons Volants qui a conclu un accord avec une société russe et un petit studio tadjik. C’est l’histoire d’une femme qui transportait des drogues. En ce moment on est en train de signer les contrats, ce projet sera présenté dans le cadre de Producers Network au prochain Festival de Cannes et j’espère que tout ira bien. C’est amusant que cette histoire tadjiko-russe, si locale, ait plu aux producteurs français, bien qu’elle ne soit pas vraiment liée à Paris. Les Français m’on demandé de montrer ce projet à quelques producteurs russes et d’organiser un contact. Ce que j’ai fait et j’en suis très contente car tout s’est passé sans rencontres officielles, sans participation d’institutions nationales, de hauts fonctionnaires, sans signatures officielles mais tout simplement au niveau de contacts amicaux entre les gens.