Sergueï EISENSTEIN
Сергей ЭЙЗЕНШТЕЙН
Sergey EISENSTEIN
URSS, 1931, 85mn 
Noir et blanc, muet, documentaire
Que viva Mexico !
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Да здравствует Мексика

 

 Que Viva Mexico!

 Da zdrasvuet meksika

 
Réalisation : Sergueï EISENSTEIN (Сергей ЭЙЗЕНШТЕЙН)
Scénario : Sergueï EISENSTEIN (Сергей ЭЙЗЕНШТЕЙН)
Images : Edouard TISSE (Эдуард ТИССЭ)
Production : Upton Sinclair
Date de sortie en Russie : 1979
 
Sites : Page Allociné, page IMDb
Sortie VOD ou DVD en France : 2003-01-02, Site

A noter :

- Pour ce film Grigori Alexandrov a été assistant d'Eisenstein pour la réalisation et pour le scénario.

- Sur notre site : dossier détaillé sur le film

DVD avec sous-titres
Editeur : Bach Films
Editeur : Films sans frontières

Synopsis
Le scénario original comprenait un prologue, un épilogue et quatre épisodes :
I- Fiesta
II-Sandunga
III- Maguey
IV- Soldadera
Le film devait montrer l’histoire du Mexique et de la dictature de Porfirio Diaz, jusqu’à la Révolution de 1910-1916. L’épilogue devait donner un tableau du Mexique moderne.
 

Commentaires et bibliographie
Eisenstein as Ethnographer: Revisiting Imagery in Que Viva Mexico!, John HODGKINS, Kinokultura, 2018
Histoire et sacré dans le cinéma soviétique – le cas Eisenstein, Catherine GERY, Presses de l'Inalco, 2016
In Excess: Sergei Eisenstein's Mexico, Masha SALAZKINA, University of Chicago Press,, 2009
Knowing Icons and Transforming Experience: Sergei Eisenstein’s ¡Que Viva México! (1932), Gabrielle MURRAY, sensesofcinema.com/, 2009
Que Viva Mexico! Ethno-Exploitation and Thunder Over Mexico by Chris Meir, Chris MEIR, synoptique.ca, 2005
Que viva mexico, site kinoglaz.fr, kinoglaz.fr, 2004
LES ÉCRITS MEXICAINS DE S.M EISENSTEIN, Steven BERNAS, Sergueï EISENSTEIN, Editions L'Harmattan, 2001
 
Film inachevé, pour lequel 35000 mètres de négatifs ont été tournés.

Pour plus de détails consultez notre dossier Que viva Mexico

Eisenstein avait signé, le 24 novembre 1930, avec le romancier Upton Sinclair, un accord de production. D’autres commanditaires anonymes devaient participer au financement du film, mais les cinéastes, Eisenstein, Alexandrov et Tissé ne recevraient pas de salaire. Ils travaillèrent toute l’année 1931. Le 15 janvier 1932, alors qu’ils tournaient Soldadera, Upton Sinclair leur donna l’ordre d’arrêter. Eisenstein put voir à New York les rushes de son film, qui avaient été développées à Hollywood, puis il quitta les Etats-Unis le 19 avril 1932, après avoir reçu la promesse que les négatifs lui seraient adressés à Moscou. Ils y furent en effet envoyés mais un télégramme reçu à Hambourg les fit rapatrier aux Etats-Unis. Les quatre films dont les titres suivent ont été montés avec des éléments de son travail inachevé, mais il n’y participa pas.
Jay Leyda rapporte dans Kino, Histoire du cinéma russe et soviétique le désespoir d'Eisenstein d’avoir été dépossédé de son travail et la révolte qu’inspira au scénariste Vsevolod Vichnevsky le sabotage par les Américains de l’œuvre du maître . En juin 1939, dans un essai où il rend hommage à Eisenstein, V.Vichnevsky déclare : « Les naufrageurs qui dirigeaient alors l’industrie du film jouèrent à Eisenstein une farce dégoûtante. Il fut congédié de son travail (sur Que Viva Mexico) juste avant d’entreprendre le montage et le film fut perdu pour l’Union soviétique. D’autres, en Amérique, montèrent son œuvre ; le négatif fut réduit en poudre. » (p. 417).

Que viva Mexico ! (Да здравствует мексика!) monté par Grigori Alexandrov en 1979
En 1979, Grigori Alexandrov put enfin récupérer le matériau tourné au Mexique et monter en URSS une version qui est sans doute la plus proche du projet initial :

URSS, 1979, 89 minutes
Réalisation : Grigori Alexandrov et Nikita Orlov.
Scénario : Grigori Alexandrov.
Image : : Édouard Tissé, Nikolaï Olonovski.
Montage : Esfir tobak, Nikita Orlov, Nikolaï Olonovski, Youri Yakouchev, Victor Babouchkine, Nekarochev, Vera Nikolskaïa, Raïssa Loukina, Youri Sobolev, Alexandre Goldsein.
Conseiller principal : Docteur Rostislav Yourenev, conseiller en histoire de l’art.
Commentaire : S.Bondartchouk
Production : Mosfilm.
Noir et blanc, 9 bobines, 2437 mètres.
Synopsis :
Grigori Alexandrov apparaît à l’écran : il précise, photos à l’appui, les circonstances dans lesquelles le film a été tourné en 1931 et 1932 au Mexique. On voit des photos des trois cinéastes, Eisenstein, Alexandrov, Tissé, lors de l’expédition mexicaine : des milliers de kilomètres parcourus avec leurs initiateurs, les artistes Rivera, Sinqueros et Orozko. Il explique son rôle actuel dans la réalisation du film : les pellicules enfin restituées, il a décidé de monter les rushes dont le scénario avait été écrit par Eisenstein. Il ajoute que « nul ne sait comment le maître l’aurait monté », mais que de ce pays original à l’histoire tragique, il voulait faire « une symphonie haute en couleurs… ». Le texte du scénario est dit par Bondartchouk.
Prologue. C’est le temps de l’éternité… » peut-être il y a vingt-cinq ans…mille ans.. » Gros plans sur les pierres sculptées des pyramides : têtes de dieux, têtes d’hommes ? Des profils de visages contemporains sont rapprochés des sculptures et soulignent l’analogie avec les visages de pierre. Les têtes vivantes se penchent alors sur un cercueil dans lequel repose un jeune Mexicain : même visage aux traits purs…immuable portrait à travers le temps, et indéfectible sévérité dans la mort inéluctable. Le cercueil traverse, porté par les hommes, les champs de cactus, sous le regard des femmes impassibles. Lumière éclatante et ombres profondes sur le cortège. Puis, dans les feuillages, une jeune fille se brosse les cheveux : « On dirait le monde dans son premier âge, rempli de cette paresse princière ».
I Sandunga. C’est le chant « des rêves des jeunes filles ». Concepcion se pare d’un collier d’orchidées : celui-ci annonce le collier d’or, passeport pour le mariage des filles de Tehuanpec. Elle rejoint en pirogue son amoureux qui se berce dans un grand hamac blanc. La voix off raconte les mœurs de ce peuple : « matriarcat ». Ce sont les femmes qui travaillent. On les voit au marché, rêvant, portant sur la tête des fruits dans de grands plateaux. Puis c’est le mariage de Concepcion et Abundio : le collier d’or scelle leur alliance; les jeunes filles en longues robes blanches célèbrent l’événement. On assiste au bal, au rythme voluptueux de la sandunga. Enfin la cérémonie : immense cortège de toute la population du village; l’église, les cloches, la préparation du festin, les palmes portées par les jeunes filles, leur danse devant la demeure nuptiale. « La vie s’écoule lentement. Les siècles n’ont pas changé les coutumes. ». Des enfants naissent.
II- Fiesta. C’est la fête en l’honneur de la madone de la Guadeloupe, associée à l’évocation de la conquête du Mexique par Cortès. Défilent des masques de prédateurs, casqués, au regard fixe et cruel. Suivent les masques blancs et lugubres des moines espagnols. Puis trois moines actuels, noirs et inquiétants, dont la silhouette se découpe sur le ciel. On assiste alors au chemin de croix du peuple des jeunes gens : vêtus de blancs, ils montent à genoux, pendant des heures, les marches de la pyramide aztèque, au sommet de laquelle a été construite une cathédrale. Parmi eux, trois hommes en noir, debout, des tiges de cactus attachées sur les épaules, accomplissent le pèlerinage. Au sommet de la montagne, les prêtres bénissent le cortège. Les trois pèlerins crucifiés lèvent un regard désespéré vers le ciel, vide. La cérémonie religieuse est suivie d’une danse macabre. Enfin, c’est la corrida, en l’honneur de la vierge de la Guadeloupe. David Liseaga, le matador, se prépare, rend visite à sa mère (dernier adieu ?), se prosterne devant la statue de la madone, puis entre dans l’arène. Sous le regard de la foule enthousiaste, a lieu l’affrontement de l’homme et du taureau. Puis, le soir ramène la paix, au cours d’une promenade en bateau. « Le Mexique est tendrement lyrique, mais cruel aussi », annonce la voix du commentateur. On voit les silhouettes faméliques et misérables des peones, qui attendent et prient, le long des murs d’une hacienda : soudain, ils se mettent en mouvement et partent dans les champs de maguey.
III- Maguey. C’est le début du XXème siècle, sous la dictature de Porfirio Diaz, dans l’Etat d’Hidalgo. Par une chaleur torride, les peones coupent les feuilles de cactus, puis aspirent la sève de la plante dans des gourdes. De ce lait, on fera une liqueur. Un étrange et humble cortège survient : le père sur son âne, la mère et la fille à pied. Celle-ci, Maria, est amenée par ses parents à Sébastien, son futur époux. Les jeunes gens rentrent à l’hacienda. Les propriétaires, repus, boivent, et Maria leur est présentée : c’est l’usage. Un invité, ivre, la viole. Sébastien veut se venger : il attaque la propriété. Il fuit, avec son frère, les représailles dans les champs de maguey. Le drame éclate : poursuivis par la fille du propriétaire et son fiancé, ils tirent au hasard. La jeune femme est tuée. Le châtiment est implacable. Pris au lasso, Sébastien et ses amis sont enterrés vivants jusqu’au cou, et des chevaux au galop piétinent les visages des jeunes gens, dont les yeux se lèvent désespérément vers le ciel. Le chemin de Maria la conduit, au matin sur le lieu du supplice de Sébastien. Son regard se lève vers le ciel. Sans transition, des images de rébellion.
IV- Soldadera. Le cinéaste Alexandrov réapparaît à l’écran. Il explique qu’au Mexique asservi fait place le Mexique en révolution. Mais la séquence n’a pu être tournée, faute d’argent. Le film aurait montré le soulèvement de 1910 : il aurait rendu hommage aux femmes-soldats en lutte, la soldadera. Elles sont le symbole du Mexique, dit le réalisateur. Epilogue. 1931 : le Mexique contemporain. Le jour des morts, le 2 novembre. Cette séquence est placée sous le signe des têtes de mort. Le peuple entier, des enfants aux vieillards, porte des masques en tête de mort. C’est un immense carnaval où la mort est narguée par les hommes qui exécutent, masqués, des danses obscènes. On assiste à des festins au cimetière. La voix off commente : « Le Mexique méprise la mort, et il se moque de la mort. » On vend des cercueils en chocolat que mangent les enfants. La séquence se termine sur un gros plan : une tête d’enfant se démasque : « c’est un fils de la soldadera ».

Autres films utilisant les images du tournage d’Eisenstein :

Thunder over Mexico / Tonnerre sur le Mexique US 1933 ; 72 minutes.

Montage : Don Hayes et Howard Aices.
Musique : Hugo Riesenfeld.
Production : Sol Lesser.

Les éléments de ce film ont été, pour l’essentiel, tirés de Maguey. Vers 1900, dans une hacienda, un jeune péon dont la fiancée a été violée, se révolte, prend le maquis, et est enterré avec trois camarades jusquà la ceinture, puis il sera piétiné par des chevaux.
Jay Leyda, alors élève-cinéaste à Moscou observe, à propos de ce montage des rushes de Que Viva Mexico : « Eisenstein fut presque absolument désespéré quand on apprit à Moscou que, « afin de retrouver ses investissements » Upton Sinclair avait vendu à une compagnie d’Hollywood afin qu’elle les monte et les exploite, les images prises au Mexique. Ce qui était un coup terrible pour le réalisateur, ce ne fut pas le fait que Thunder over Mexico était présenté comme le film d’Eisenstein, mais c’était de penser que son négatif était irrémédiablement gâché. » ( op.cit., p.347)

Kermesse funèbre US, 1933
Production : Sol Lesser.
CM : 400 m. environ.
D’éblouissantes images en contraste avec un commentaire et une musique contestables.

Time in the sun US, 1939, 55 minutes Réalisation : Marie Seton.
Montage sonorisé.
Hommage respectueux d’une admiratrice d’Eisenstein : de belles images plus qu’un film.

Eisenstein’s mexican project, US, 1954, 320 minutes environ.
Réalisation : Jay Leyda.
Ancien élève d’Eisenstein, Jay Leyda n’a pas voulu reconstituer le montage qu’aurait réalisé son maître. Il a simplement montré pour une dizaine de séquences les « rushes » dans l’ordre reconstitué où ils furent enregistrés par Edouard Tissé.

Sélections dans les festivals :
- Festival international du film d'histoire de Pessac, Pessac (France), 2019
- Rétrospective Eisenstein au Centre Pompidou-Metz, Metz (France), 2019
- Cycle Eisenstein à la cinématique de Toulouse, Toulouse (France), 2018
- Festival du cinéma russe à Nice, Nice (France), 2017
- Festival de films russes : Spoutnik au dessus de la Pologne, Varsovie (Pologne), 2017
- Festival du film de Sarajevo, Sarajevo (Bosnie Herzégovine), 2016
- Festival de films russes : Spoutnik au dessus de la Pologne, Varsovie (Pologne), 2012
- Mois du documentaire, Différentes villes (France), 2010
- Rétrospective Eisenstein à la Cinémathèque française, Paris (France), 2010
- Sortie VOD ou DVD en France du film :, Différentes villes (France), 2003

Images et vidéos
 
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