Mikhaïl JELEZNIKOV
Михаил ЖЕЛЕЗНИКОВ
Mikhail ZHELEZNIKOV
Russie, 2008, 27mn 
Couleur, documentaire
La Guérite

Kiosques

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Будка

 

 Booths

 Budka

 
Réalisation : Mikhaïl JELEZNIKOV (Михаил ЖЕЛЕЗНИКОВ)
Scénario : Mikhaïl JELEZNIKOV (Михаил ЖЕЛЕЗНИКОВ)
Images : Solmaz GOUSSEINOVA (Солмаз ГУСЕЙНОВА)
Décors : Evguenia GOLANT (Евгения ГОЛАНТ)
Musique : Denis SLADKEVITCH (Денис СЛАДКЕВИЧ)
Ingénieur du son : Sergueï EKIMOV (Сергей ЕКИМОВ)
Montage : Larissa SOLOVTSOVA (Лариса СОЛОВЦОВА)
Production : Studio des documentaires de Saint Pétersbourg (cinedoc@peterstar.ru)
 
format : 35 mm

Synopsis
Quels sont les gens qui chaque jour passent plusieurs heures dans les kiosques d'une grande ville ? Qu'y font-ils ? Comment vivent-ils ? Un regard original et plein d’humour sur les gens qui travaillent dans les guérites de Saint-Saint-Pétersbourg.
 

Commentaires et bibliographie
 
Devinette : Qu’y a-t-il de plus beau que la curiosité d’un enfant ?
Réponse : Le court- métrage Budka, de Mikhaïl Zheleznikov (2008, Russie) qui l’a récompensée.

Un petit garçon en culottes courtes sillonne la ville et se pose des questions existentielles sur les guérites et autres cabines qui apparaissent sur son chemin : Qui, quoi, pourquoi, comment ??? Il semble perturbé, traumatisé. Trente ans ont passé. L’homme mûr qu’il est devenu s’empare de ce motif inhabituel et de sa caméra, et voilà que défilent les réponses, comme un rêve qui se déploie et prend vie . (Dans la langue de Goethe, on parlerait du passage de « Trauma » à « Traum ».)
Est-ce paradoxal de dire que ce film est le film du VOIR ? Voir, c’est SAVOIR ; c’est, ici, voir ce que la foule ne voit pas, ne sait pas ; et notre bambin, lui, saura, parce qu’il a vu, regardé, avec les yeux de son réalisateur-poète, son alter ego ; ce film est-il autobiographique ?

Car le temps du narrateur s’est posé – arrêt sur images – sur les situations narrées : les individus répondent ou pas aux questions ; acceptent ou non d’être filmés ; il y a ceux qui s’activent, cordonniers ou standardistes, et qui n’ont pas le temps. Et d’autres pour lesquels le temps n’est pas l’argent, mais la vie ; ils voient tout et tous, mais la foule les ignore, ne s’intéresse pas à eux, ne les voit pas ; leur univers étriqué, isolé et clos s’ouvre chichement sur le monde dont ils savent tout, parce qu’ils voient tout – lucarne philosophique ?
Et que dire de leur espace de solitude et de silence, pour certains d’entre eux « la plus belle période de leur vie ». Il y a la couleur locale façon orient-express : parfois de vieux posters, des tapis ou un chien réchauffent l’atmosphère dans laquelle ils sont heureux de leur sort. Ils ne demandant rien, n’ont (presque) rien. Leur vie s’est arrêtée là, statique et verticale dans ces cabines défraîchies, bigarrées et authentiques. En contre point, la ville frénétique, ses routes, autoroutes, rails et autres traces horizontales file et avale gloutonnement tout ce qui passe. Les cabines, elles, résistent, solidement plantées là, rebelles, revêches. Quel caractère !

Assurément BUDKA est une vision d’aujourd’hui, civilisation du regard. D’abord, ce gros plan sur les cabines et leurs locataires, le temps qui passe puis s’arrête. Le traitement poétisé du sort des petites gens, des « laissés pour compte », des objets vétustes, des feuilles de platane collées au carreau par le vent. Ensuite, les interrogations existentielles du gamin nous amènent à nous poser les mêmes questions sur notre propre sort, à ouvrir les yeux pour voir et interroger le monde, ne pas nous enfermer sur nous-mêmes, et, surtout, accorder notre attention à ce qui ne prend pas la parole… Enfin, si les questionnements d’enfant se terminent en « happy end » à la manière d’un conte, c’est surtout parce que ce documentaire, quoique court (26 ‘) abonde en axes de lecture : on est à Saint-Petersbourg, mais ce pourrait être ailleurs ; les contrastes sont nombreux, hauts en couleur, vivaces, qui tissent un entrelacs dense et phénoménal.
Donc, je poursuis et termine par une autre question : les interrogations d’enfant sont-elles réelles ou fictives ? Autrement dit, l’œil du réalisateur (dont le métier est de VOIR et de DONNER A VOIR) , celui de sa caméra ne sont-ils pas des prétextes pour nous forcer la main, pardon, l’œil ?

En un mot : Un film du VOIR : A VOIR, absolument !

p.s. : Dans une certaine mesure, ce film a pour moi, un lien de parenté thématique avec la chanson de Serge Gainsbourg « Le poinçonneur des Lilas », dont BUDKA serait une variation, à 3000 km de distance. Mais cette parenthèse n’engage que moi. Et c’est une autre histoire.
Katia S. von Altrock

Sélections dans les festivals :
- Festival International du film Nancy-Lorraine (Aye Aye), Nancy (France), 2010
- Festival international du film de Tromso : TIFF, Tromso (Norvège), 2010
- Festival international du film documentaire Punto de Vista, Pampelune (Espagne), 2009
- Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, Clermont Ferrand (France), 2009
- Festival de cinéma russe ''Une fenêtre sur l'Europe'', Vyborg (Russie), 2009