Vassili CHOUKCHINE
Василий ШУКШИН
Vasili SHUKSHIN
URSS, 1965, 92mn 
Noir et blanc, fiction
Votre fils et frère
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Ваш сын и брат

 

 Bash cyn i brat

 Bash cyn i brat

 
Réalisation : Vassili CHOUKCHINE (Василий ШУКШИН)
Scénario : Vassili CHOUKCHINE (Василий ШУКШИН)
 
Interprétation
Leonid KOURAVLIOV (Леонид КУРАВЛЕВ)
Leonid REOUTOV (Леонид РЕУТОВ)
Vsevolod SANAEV (Всеволод САНАЕВ)
Alekseï VANINE (Алексей ВАНИН)
 
Images : Valeri GUINZBOURG (Валерий ГИНЗБУРГ)
Décors : Igor BAKHMETIEV (Игорь БАХМЕТЬЕВ)
Musique : Pavel TCHEKALOV (Павел ЧЕКАЛОВ)
Ingénieur du son : Dmitri BOGOLEPOV (Дмитрий БОГОЛЕПОВ)
Production : Studio Gorki
Date de sortie en Russie : 18/04/1966
 

Prix et récompenses :
Prix des Frères Vassiliev à Vassili Choukchine, 1967

Synopsis
Ermolaï a vécu toute sa vie dans son village. Il a quatre fils. L'aîné vit à Moscou, le suivant travaille sur un chantier et n'obéit pas aux injonctions de son frère aîné qui essaie de le convaincre de venir le rejoindre à Moscou. Le plus jeune, au caractère simple, est en prison, et ne pouvant plus supporter d'être loin de sa famille s'enfuit trois mois avant la date de sa lbération...
 

Commentaires et bibliographie
 
Votre fils et frère – par ce titre de film Vassiliy Choukchine a déterminé franchement la parenté entre les spectateurs et les héros. Les parents mal venus, c’est la famille des Voyevodines, c’est une famille comme on disait jadis. Ce qui est curieux, c’est le héros du premier flm de Choukchine – Pachka Kolokolnikov – qui nous est apparu en tant qu’orphelin sans mère, ni père, ni famille. « Pour notre homme », le monde entier est une famille, tous les gens sont des parents. Ici, dans ce deuxième film, c’est une toute autre histoire.
Cette histoire a d’abord été écrite en trois récits différents. De prime abord, il les a réunis simplement en regroupant les héros en une seule famille. Les caractères développés dans le scénario se sont retrouvés dans l’image du héros commun – la famille. Et justement, à travers ce grand matériau humain et psychologique, il a réussi à dévoiler les différents types sociaux et psychologiques qui l’intéresssaient, soulevant ainsi les problèmes sociaux et moraux du village russe de la moitié des années soixante.
Ce village n’est pas cinématographique mais bien réel et c’est là que débute le film. Très tôt s’éveille le village de Srostki dans l’Altaï, village natal de Choukchine. Il sait très bien ce qui se passe dans ses rues et ses foyers. Il sait des villageois, qui a « la gueule de bois », qui, après avoir découché sera accueilli par sa femme avec un bâton, il sait quand les bateaux vont descendre la rivière. Cette amorce plastique, ces esquisses de paysage et de vie quotidienne, le caméraman Ginsbourg les tournera dans le style du documentaire poétique.
Sans être importun mais d’une manière convaincante, le motif des débuts de Choukchine – quelque chose comme – « on est bien à la maison » est récurrent. Et voilà un jeune homme sorti tout droit de ce film. Le rôle de Stépane Voyevodine n’a pas été donné à l’acteur L. Kouravlev par hasard. C’est de cette façon qu’a été annoncée la version dramatique du destin de Pachka Kolokolnikov, ou plus précisément le type humain personnifié dans ce rôle. La spontanéité du sentiment naturel délivré de l’autoréflexion a d’abord été considérée comme bonne, lyrique et comique, maintenant comme dramatique et dangereuse. Mais Choukchine est très loin de considérer ses héros d’une manière unilatérale.
Le sujet de la première nouvelle du film, c’est l’évasion de Stépane à deux mois de sa libération et des quelques heures passées dans la maison natale. La scène de la rencontre à l’occasion de la « délivrance » du fils autour d’une table chez les Voyevodines est très vivante et pittoresque – des rires, des chants et des bavardages. Et où sont les acteurs , où sont les villageois, il est difficile de s’y retrouver. Dans cette atmosphère, on n’a pas remarqué l’entrée du milicien qui est venu arrêter le fugitif.
Le vieux Voyevodine avait encore trois fils. L’aîné est parti à Moscou il y a longtemps, il est devenu lutteur dans un cirque , il s’est enraciné dans la pseudoculture de la ville et s’y sent bien. Pour Choukchine et l’acteur A. Vanine , il est avant tout l’objet de dérision. Le cadet l’a suivi et n’a pas réussi à s’insérer sur les chantiers de la ville. Deux destins, deux versions de l’éloignement du pays natal, quand on est mal, pas parce qu’on est en ville, mais à cause du mode de vie .
Un seul fils est resté à la maison, il est charpentier au village. C’est un bon gaillard taciturne doux et bon travailleur. Son image n’est pas développée psychologiquement, ni au travers de son caractère. C’est plutôt une esquisse de caractère, une typologie. Mais il a pour lui un avantage majeur, c’est la nature dont il est lui même une partie, un être naturel, l’atmosphère chaude de la maison, d’où on ne peut déraciner sa propre nature. Près de lui, un enfant – sa fillette, sourde et muette. Rien que l’expression des yeux, la lumière du sourire et l’actrice du théâtre de pantomine, Marta Grakova, nous donne l’image d’un être heureux. Elle est bien parmi les siens, quand elle est, non seulement en famille, mais aussi dans son village. Mais il se peut qu’elle s’envole du nid natal et des étrangers peuvent la piétiner, l’écraser loin d’ici. C’est à quoi pense le père quand il regarde sa fille Véra.
Vsévolod Sanayev, un des acteurs préférés de Choukchine, nous montre avec retenue et beaucoup de dignité le dramatisme intérieur du rôle. En fait, la famille Voyevodine s’est écroulée. Et le père le ressent mais ne comprend pas que ce n’est pas la faute de la ville, que tout simplement le vieux village, c’est fini. « C’est dur à la maison »- ce nouveau motif résonne de plus en plus fort dans le film.
Choukchine lui-même s’est déterminé de la façon suivante : un pied sur la rive, l’autre dans la barque ; ainsi impossible de s’éloigner de la rive, impossible de naviguer. Un jour, c’était à Doubno chez les savants physiciens, on a parlé de nouveau de la ville et de la campagne, thème qui lui fait mal. Quelqu’un lui a demandé pourquoi lui, qui aimait la campagne, vivait-il à Moscou ? Il a répondu qu’à la campagne, il n’y avait pas de studio de cinéma, sinon …… Et ensuite, longtemps, il n’a pas pu se le pardonner car il avait biaisé ! Et en général, comme aimait s’exprimer l’un des héros du film « Votre fils et frère » - « Ce n’est pas le principal, papa! ».
Irina Grachtchenkova, encyclopédie Kirill i Mefodi

Sélections dans les festivals :
- Festival ''Cinéma et littérature'', Gatchina (Russie), 2019
- Festival de films russes : Spoutnik au dessus de la Pologne, Varsovie (Pologne), 2009
- Festival "Vive le cinéma de Russie", Saint-Pétersbourg (Russie), 2009
- Gels et dégels, une autre histoire du cinéma soviétique (1926-1968), Paris (France), 2002