Marc DONSKOI
Марк ДОНСКОЙ
Mark DONSKOY
URSS, 1943, 91mn 
Noir et blanc, fiction
L'Arc-en-ciel
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Радуга

 

 The Rainbow

 Raduga

 
Réalisation : Marc DONSKOI (Марк ДОНСКОЙ)
Scénario : Vanda VASSILIEVSKAIA (Ванда ВАСИЛЕВСКАЯ)
D'après le roman éponyme de Vanda VASSILEVSKAÏA
 
Interprétation
Nina ALISSOVA (Нина АЛИСОВА) ...Poussia
Nikolaï BRATERSKI (Николай БРАТЕРСКИЙ)
Anton DOUNAISKI (Антон ДУНАЙСКИЙ) ...Le père Okhabko
Valentina IVACHEVA (Валентина ИВАШЕВА) ...Olga
Gans KLERING (Ганс КЛЕРИНГ) ...Kurt Werner
Alik LETITCHEVSKI (Алик ЛЕТИЧЕВСКИЙ)
Nina LI (Нина ЛИ)
Anna LISSIANSKAIA (Анна ЛИСЯНСКАЯ) ...Mlioutchikha
Natalia OUJVI (Наталия УЖВИЙ) ...Olena Kostiouk
Emma PERELCHTEIN (Эмма ПЕРЕЛЬШТЕЙН)
Vova PONOMAREV (Вова ПОНОМАРЕВ)
Vladimir TCHOBOUR (Владимир ЧОБУР)
Elena TIAPKINA (Елена ТЯПКИНА) ...Tiedossia
Vitia VINOGRADOV (Витя ВИНОГРАДОВ)
 
Images : Boris MONASTYRSKI (Борис МОНАСТЫРСКИЙ)
Décors : Valentina KHMELEVA (Валентина ХМЕЛЕВА)
Musique : Lev SCHWARTZ (Лев ШВАРЦ)
Ingénieur du son : Aleksandr BABI (Александр БАБИЙ)
Restauration : studio de Gorki (1966)
Date de sortie en Russie : 24/01/1944
 

Prix et récompenses :
Prix des critiques des USA, 1944

Synopsis
Pendant la seconde guerre mondiale, le village de Nova Lebedivka est occupé par les Allemands harcelés par les partisans soutenus par la grande majorité de la population. Le commandant de la garnison allemande ordonne l'anéantissement du groupe des partisans. La partisane Olena Kostjuk revient secrètement au village pour accoucher. Gaplik, staroste du village et traître la dénonce et le commandant allemand essaie de lui faire dire où se trouve le camp des partisans. Il va même jusqu'à tuer devant elle son nouveau-né. Le commandant allemand essaie de se renseigner par l'intermédiaire de sa maîtresse Pusja auprès de sa sœur Olga. Ni la torture, ni la cruauté n'ébranlent la détermination de la popuation, bientôt libérée par l'armée soviétique.
 

Commentaires et bibliographie
L’arc-en-ciel (1944) [Mark Donskoï], Julien MORVAN, Perestroikino, 2021
Construire, déconstruire, reconstruire au cinéma le mythe de la femme soviétique, Valéry KOSSOV, Presses Universitaires de Rennes, 2016
 
"L'Arc-en-ciel, tiré du roman de Wanda Wasilevska, mis en scène à Achkhabad par Donskoi, relatait les événements de l'hiver 1941-1942. Le film, comme le titre l'indique, a pour origine une vieille croyance russe qui assure que les arcs-en-ciel sont un heureux présage. Et durant ce terrible hiver où le froid et l'avance allemande étaient ligués contre le peuple russe, un arc-en-ciel rendait courage à la population d'un petit village. L'une des plus belles scènes, la plus belle certainement, est celle qui réunit sur la place, où se balance un pendu desséché et morne, toutes les femmes et tous les enfants; et les visages extasiés des paysannes regardent le signe miraculeux dans le ciel. C'est à nouveau dans une scène de foule, une scène où dominent les visages anonymes que s'est exprimé le génie propre de la race. Et il est vrai que ces images sont spécifiquement russes, que les sourires des paysannes comme leurs visages sont russes. Il en est de même pour la bouleversante séquence du passage des ouvriers dans le village. La fraternité, l'indicible tendresse peinte sur tous les visages, la course des enfants dans dans la naige, portant le pain aux prisonniers, rachète tout ce qui dans le film n'est qu'effort de guerre, émotion de mauvais goût. Ces belles images, de même que l'orgueil peint sur le visage de l'héroïne, lorsqu'elle contemple son enfant vivant, malgré les coups, le froid et les conditions de la naissance, tout cela donne, par instants, à L'Arc en ciel, la beauté, la qualité d'émotion d'un très grand film. Pourquoi fallait-il qu'il y eut, en revanche, une haine presque bestiale, une déformation des faits systématique aussitôt que la volonté de propagande entre en scène, pourquoi, à côté de moments si beaux, tant d'images d'Epinal qui sentent la mauvaise foi et la version officielle ? Il y a chez Donskoi quelque chose de Déroulède dans le trémolo et le mélodrame patriotique, et aussi, même parfois dans des scènes assez belles, quelque chose d'Edouard Détaille, qui rappelle le peintre et le haut fonctionnaire artistique. Le film reçut la plus haute distinction :le prix Staline du premier degré."
Bardèche et Brazillac, Histoire du Cinéma.

"Comme la plupart de ses collègues cinéastes, Marc Donskoï se retrouve en Asie pendant l’occupation allemande de l’Ukraine. En juin et en août 1941, les Studios de Kiev et d’Odessa sont déplacés respectivement à Achkhabad et à Tachkent, où s’organise dans des conditions climatiques souvent difficiles une production liée à l’effort de guerre. L’accusation de l’agression et de la barbarie nazies, l’incitation à la vengeance, deviennent les thèmes essentiels qui régissent le cinéma de guerre soviétique. La tragédie du peuple ukrainien sous le joug allemand trouve un exutoire dans la haine de l’ennemi, dans l’héroïsme aveugle et le dévouement pour la patrie. Réalisé par Donskoï, L’arc-en-ciel en est l’illustration la plus émouvante, où s’exprime toute la colère absente de ses deux films précédents. Jusque-là, dans sa retraite au Turkménistan, le réalisateur avait participé aux fameux ciné-recueils, sorte d’albums cinématographiques de guerre qui se composaient de deux à cinq courts métrages plus ou moins romancés sur les actes héroïques des partisans ou les exactions nazies. Le neuvième de ces recueils comportait trois films, dont Le Signal de Donskoï, l’histoire d’une femme qui incendie sa maison côtière pour indiquer le lieu de débarquement à une unité soviétique. Dans la foulée, Donskoï réalisa en 1942 Et l’Acier fut trempé, d’après le célèbre roman du même nom de Nicolas Ostrovski, puis, en 1943, L’Arc-en-ciel, sur un scénario de l’écrivaine et combattante polonaise de l’Armée Rouge Wanda Wasilewska, un sujet terrifiant sur la femme pendant l’occupation. À travers une étonnante analyse psychologique, Donskoï y réunit plusieurs types de femme, à commencer par le personnage d’Olèna dont le comportement héroïque a des effets pervers. Sa fibre maternelle, annihilée jusqu’à l’horrible sacrifice par le sadisme de l’officier allemand Werner, porte l’abominable calvaire à son comble. Chacun de ses gestes, chacune de ses paroles découlent d’un seul concept : probité et dévouement à la patrie. L’opérateur filme fréquemment ses yeux en gros plan. Ce sont les yeux de l’actrice Natalia Oujvij qui interprète ici l’un de ses plus grands rôles dans le cinéma ukrainien. Ils sont au centre de l’image, assez longtemps pour pénétrer le regard du spectateur et lui communiquer sa terreur. Maloutchykha (Hanna Lyssianska), une autre mater dolorosa, semble plus proche de millions de mères accablées et résignées devant la mort. Poussia (Nina Alissova), la maîtresse de Werner, abattue froidement par son mari, lieutenant dans l’Armée Rouge, est le personnage épisodique grotesque que Dovjenko décrit par ailleurs en ces termes : « À Belgorod, 80% des jeunes femmes épousent des Allemands. Nous les punirons pour cela. Nous fusillerons les traîtres et les bâtards que nous avons nous-mêmes engendrés. » Et, enfin, l’inévitable harangueuse de service, Féodossia la kolkhozienne (Olèna Tiapkina), dont le discours final sur la justice reste trop rhétorique pour une femme du peuple.
Projeté dans les unités de combat, L’Arc-en-ciel provoque des meetings allant jusqu’à la prestation de serment d’anéantir l’ennemi, qui n’est plus la masse compacte et indisciplinée, caricaturée dans les ciné-recueils, mais un adversaire plus subtil. Hans Klering, l’acteur fétiche dans les rôles de fasciste des années 30, incarne avec brio l’archétype nordique usant de la torture psychologique. Émotionnel sur tous les plans, le film tient autant de la symbolique païenne que de l’analogie biblique : sacrifice piaculaire, miracle et délivrance.
Pour oublier qu’ils travaillent au Turkménistan sans hiver, Donskoï et ses comédiens eurent recours à la méthode Stanislavski. Les décors extérieurs furent habilement reconstitués, notamment la neige et la glace, obtenues avec du coton matelassé, des plumes, du sel, de la naphtaline et du verre. Le film sortit en janvier 1944, et le 20 octobre à Paris. Grand classique du cinéma de guerre, encore que contesté par certains pour son austérité et sa cruauté, le film connut une carrière internationale, notamment en Europe et aux USA, où il fut récompensé comme meilleur film étranger. De retour dans la capitale ukrainienne, Marc Donskoï réalisera en 1945 Les Indomptés, qui, avec Et l’acier fut trempé et L’Arc-en-ciel, formera une trilogie propre au cinéma de guerre."
Lubomir Hosejko

Sélections dans les festivals :
- Festival du cinéma russe à Nice, Nice (France), 2015
- Zoom arrière. Cinémathèque de Toulouse, Toulouse (France), 2015
- Festival de films russes : Spoutnik au dessus de la Pologne, Varsovie (Pologne), 2009
- Festival international du film de Moscou, Moscou (Russie), 2005

Images et vidéos
 








Natalia Oujvi dans le rôle d’Olena Kostiouk