Scénariste
Né en 1928, URSS (Biélorussie)
 
Décédé en 2010
Efraim SEVELA
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Эфраим СЕВЕЛА
Efraim SEVELA
Extrait de la filmographie
 
Scénariste
1968 - Bon pour le service auxiliaire (Годен к нестроевой) de Vladimir ROGOVOI [fiction, 78 mn]
1959 - Annouchka (Аннушка) de Boris BARNET , Gueorgui NATANSON [fiction, 71 mn]

Autres films
Сценарист :
- Белые дюны(1996)
- Благотворительный бал(1993). Рассказ
- Ноктюрн Шопена(1992)
- Ноев ковчег(1992)
- Попугай, говорящий на идиш(1990)
- Колыбельная(1986) / Kolysanka
- Крепкий орешек(1968)
- Лунные ночи(1965)
- Нет неизвестных солдат(1965)
- Чертова дюжина(1961)
- Пока не поздно(1957)
- Наши соседи(1957)

Режиссёр :
- Белые дюны(1996)
- Благотворительный бал(1993)
- Ноктюрн Шопена(1992)
- Ноев ковчег(1992)
- Попугай, говорящий на идиш(1990)
- Колыбельная(1986) / Kolysanka

Biographie
Ephraïm Sevela (à l’état-civil : Ephim Evelievitch Driabkin) naît en 1928 à Bobruïsk, petite ville de Biélorussie soviétique, nœud de communication routière, ferroviaire et fluviale sur la Berezina, dans ces territoires qui ont été pendant des siècles un enjeu des conflits russo-polonais. La moitié de la population est juive. Ephim Driabkin naît de parents juifs soviétiques « intégrés » - son père est officier de carrière et entraîneur sportif de lutte classique, sa mère est championne régionale de course de haies – mais « Phima » Driabkin conserve dans son enfance des liens étroits avec toutes les strates de la population juive locale.
Dès le début de l’invasion allemande de juin 1941, tandis que son père est sur le front, il est évacué avec sa famille vers la Russie. Il traverse la guerre, séparé de sa famille, dans des conditions aventureuses. Quand il revient à Bobruïsk, en ruines, la plus grande partie de la population juive a disparu.
Après la guerre, il fait des études de journalisme à Minsk. Il travaille comme journaliste à Vilnius (Lituanie) de 1949 à 1955. Pendant toute cette période, comme beaucoup de juifs soviétiques, il « fait le dos rond » pendant les manifestations brutales de l’antisémitisme d’état stalinien, car il est relativement protégé par sa profession.
En 1955, il s’installe à Moscou et commence une carrière cinématographique : il devient scénariste. Huit de ses scénarios sont portés à l’écran entre 1957 et 1968 . La plupart sont des films de guerre, ils se situent dans le droit film de la production cinématographique soviétique de la même période. Non seulement à aucun moment, comme d’ailleurs dans la quasi-totalité de la production soviétique de l’époque, cinématographique, littéraire ou monumentale, le sort spécifique de la population juive et la Shoah, qu’il s’agisse des camps d’extermination ou de la Shoah par balles, n’y sont évoqués, mais même la simple présence dans la société des juifs est gommée. Dans plusieurs entretiens accordés à des journalistes, Sevela dira que toute introduction de personnages juifs dans ses films de cette période se heurtait à un barrage des autorités de contrôle, qui, sous des prétextes fallacieux ou parfois avec un discours très direct, obligeaient scénariste et réalisateur à donner à ces personnages des noms russes et à les faire interpréter par des acteurs russes.
Sevela est un scénariste reconnu, il est installé dans ce qu’il décrira plus tard dans un de ses livres comme « la vie de château » de l’élite culturelle soviétique, écrivains, cinéastes, hommes de théâtre, plasticiens, musiciens.. encadrés et protégés par le régime.
Cependant, après la Guerre des six jours (1967), l’antisémitisme d’état, jamais déclaré en tant que tel, mais toujours affiché comme lutte contre le «cosmopolitisme » ou contre l’impérialisme américain, et contre le sionisme - comme manifestation du premier et allié du second, reprend de la vigueur ; en contrepartie, un mouvement d’une partie des élites juives soviétiques pour le droit de quitter l’URSS et d’émigrer en Israël se développe.
Ephraïm Sevela, qui jusque-là, pour reprendre les termes d’un de ses multiples doubles littéraires fictifs , était avant tout « un homme soviétique, c’est-à-dire personne », se sent comme ce double fictif contraint - quoique il en ait - de « devenir juif », de choisir la part juive de son identité. Le 24 février 1971, Ephraïm Sevela fait partie des 24 juifs soviétiques qui occupent la réception du Président du Présidium du Soviet Suprême à Moscou, et déclarent y commencer une grève de la faim pour obtenir le droit pour les juifs d’émigrer en Israël. C’est un des éléments déclencheurs du processus qui conduira effectivement à une émigration massive des juifs soviétiques. Sevela lui-même est l’un des tout premiers à émigrer, avec sa femme et sa fille.
Sur le chemin qui le conduit en Israël, il s’arrête quelques mois à Paris, où il commence sa troisième carrière, celle d’écrivain. Elle commence de façon fulgurante avec les Légendes de la rue des Invalides, traduites rapidement dans de nombreuses langues, où il fait revivre avec une emphase rabelaisienne une partie de la communauté juive de Bobruïsk sous le régime soviétique, avant la guerre, et évoque le destin tragique ultérieur de ses membres.
Il quitte Israël six ans après avoir quitté l’URSS, puis s’installe aux Etats-Unis, poursuivant sans discontinuer, avec beaucoup de succès, une carrière d’écrivain prolifique. Il ne fait pendant près de vingt ans qu’une brève incursion dans l’activité cinématographique, en 1976, avec court-métrage documentaire polémique, Where is my home ?, qui restera assez confidentiel. En 1985, cependant, il formule le projet d’un nouveau film dont il sera à la fois coproducteur, scénariste et réalisateur. Ce sera Kołysanka (Berceuse), 1986, réalisé en Pologne. C’est le point de départ d’une deuxième période de sa carrière cinématographique, comme auteur complet, scénariste et réalisateur, qui se poursuivra en Russie. A l’opposé de la période soviétique de son activité, son œuvre filmique pendant cette deuxième période sera de façon dominante consacrée au sort des juifs de Pologne, des Pays Baltes et de l’URSS depuis les débuts de la deuxième guerre mondiale.
Pendant cette période, il revient s’installer à demeure en Russie, en 1990, et y réalise, entre 1990 et 1995, cinq films de fiction. Dans cette phase de sa carrière, il réalise ses ambitions comme auteur complet, scénariste et réalisateur.
Enfin il réalise en 1995, sous une forme plus développée que dans son court-métrage de 1973, et sur un ton très différent, un moyen métrage auto-documentaire, Господи, кто я? (Dieu, qui suis-je ?) qu’il désigne comme son « film-confession ».
Il laisse aussi, dans ses œuvres éditées, un certain nombre de scénarios qui n’ont pas été portés à l’écran.
Jean-Gérard Sender, mai 2020