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Je ne sais pas ce que cela signifie : femme producteur

 

Interview de la productrice Sabina Eremeeva

 

 

Propos recueillis par Elena Kvassova-Duffort (Kinoglaz.fr)

Paris, novembre 2007.

 

 

© Olesia Volkova http://www.film.ru

 

 

On cite souvent votre nom parmi les jeunes producteurs russes qui ont le mieux réussi. Mais nous savons peu de choses de vous. Simplement que vous êtes très jeune. Directeur général du Studio SLON, vous êtes diplômée du VGIK et dans votre carrière professionnelle il y a déjà quelques grands succès.

 

J’ai été diplômée du VGIK en 1998. D’abord j’ai travaillé au festival de films d’étudiants Sainte Anna, j’ai édité des vidéos de courts-métrages, surtout ceux du VGIK. Ensuite Aleksandr Veledinski et moi avons tourné notre premier film Rien que nous deux. Ce film a été un succès, nous avons été invités à « Un certain regard » (Cannes 2001), qui ne comporte normalement pas de courts-métrages. Cela s’est passé grâce à Joël Chapron qui a regardé ce film d’un auteur parfaitement inconnu et nous a aidés pour sa promotion. Ensuite la vie festivalière du film a été très bonne. Aussi du point de vue des ventes, encore maintenant, il est acheté par certains fonds cinématographiques, par exemple, en ce moment, un fond australien s’y intéresse.Encore maintenant, ce film, qui a déjà six ou sept ans, rapporte de l’argent, même si ce n’est pas beaucoup, et il représente une carte de visite pour nous en Europe. Puis j’ai tenté ma chance dans le film de télévision et ainsi j’ai fait connaissance avec Vera Storojeva. Nous avons fait ensemble le film Le Français pour la Première Chaîne. Une sorte de mélodrame romantique pour le Nouvel an. C’était purement un film de genre et c’était très curieux de travailler dessus. Le film est encore diffusé et il a de bons ratings.  Mars, mon film suivant a été fait avec Anna Melikian. C’était aussi un premier film avec lequel nous avons participé au « Panorama » (Festival de Berlin, 2004). Ce film est distribué par les Américains, il voyage encore et se vend à la télévision. J’ai aussi fait Manga, un film expérimental avec le réalisateur Piotr Khazizov. Ce projet m’a intéressée du point de vue technique. Bien que cela ne se voie peut-être pas à l’oeil nu, dans ce film il y a beaucoup de travail. Tout est stylisé à l’exemple des mangas japonais. Beaucoup de choses sont inventées, dessinées et du point de vue visuel c’est un film très intéressant.

 

Et pour Voyage avec des animaux de compagnie vous avez une nouvelle fois travaillé avec la réalisatrice Vera Storojeva.

 

Vera m’a proposé le scénario qui m’a plu tout de suite, alors je l’ai acheté. C’est un scénario d’Arcady Krasilchtchikov qui avait été écrit huit ans auparavant. D’autres réalisateurs voulaient tourner sur ce scénario, par exemple Kira Mouratova, mais cela n’a pas marché. D’autres producteurs voulaient également l’acheter. Mais moi, lorsque je l’ai acheté, je ne le savais pas. Ce n’est qu’ultérieurement que j’ai appris que ce scénario avait une histoire. L’année suivante Vera et moi avons commencé le tournage. Ce film nous est très cher. Le scénario décrit un certain espace russe, un village. Pour nous, la question était importante sur le plan esthétique : comment raconter cette histoire, de façon réaliste ou non ? Et finalement, nous avons adopté une forme hyperréaliste, avec un espace qui semble réel, mais qui est élargi, hypertrophié. Le rôle principal a été donné à Ksenia Koutepova. Elle-même est si esthétique, par sa façon d’être, si fine et si profonde, que lorsque nous avons communiqué notre choix, tout le monde a été très étonné. Car le choix de Ksenia Koutepova, d’apparence tellement irréelle pour jouer dans une histoire réaliste, était très inattendu ; les gens se sont demandés comment cela pourrait marcher. Et pour moi, c’est une des plus grandes vertus du film. Car c’est justement grâce au personnage de Ksenia et à son jeu que tout ce qui est trivial dans le film semble très naturel et très fin.

 

Dans ce film il n’y a pas de sujet « actif », mais néanmoins il existe une dynamique très puissante, la dynamique intérieure despersonnages et de leurs relations, la transformation du monde et de la nature. Le contraste entre le monde extérieur au début du film et à sa fin est très fort, ainsi qu’entre l’impression que donne notre héroïne principale au début et à la fin du film. Le film comporte peu de dialogues, c’est un film simple, laconique et au langage très compréhensible, autant pour le spectateur expérimenté que pour celui qui l’est moins.

Nous avons eu un dilemme sur comment terminer l’histoire. Vera avait plusieurs variantes. Je lui ai simplement proposé de les tourner toutes, pour pouvoir ensuite choisir, sans avoir à décider à la hâte pendant le tournage. Mais pendant le tournage, on sentait déjà les épisodes qui ne seraient par retenus. Il est devenu évident qu’une seule fin était possible, car dans ces moments là, le film ne t’appartient plus, il commence à vivre selon ses propres lois.

 

Si je ne me trompe pas, vous avez fait un choix entre une histoire d’amour et une histoire racontant l’éveil d’une personne, l’éveil d’une femme.

 

Nous avons en effet choisi le thème de l’éveil d’une femme et nous nous sommes éloignés de celui des relations. C’est un film qui parle de la liberté de l’être humain, d’une femme qui a pris conscience de sa vie et s’est trouvée.

 

Et ce thème de l’éveil d’une femme, à quel point touche-t-il l’intérêt du public dans la Russie d’aujourd’hui ?

 

En fait c’est un thème éternel. Le film montre comment une personne, se trouvant dans certaines circonstances, comprend qu’elle occupe une place qui n’est pas la sienne. L’héroïne perd son mari et reste seule, cela l’amène à sortir de chez elle, à faire quelque chose. Et tout simplement elle ouvre les yeux. A 35 ans, elle comprend que tout ce qui l’entoure n’est pas « sien », qu’elle vivait une vie imposée, la vie de quelqu’un d’autre, venant d’une volonté étrangère, avec des idées étrangères. Et la fin du film reste ouverte. Nous avons juste montré que l’héroïne s’est éveillée et que pour elle, le moment de la réflexion est venu. Ce qui va arriver ensuite, nous ne le savons pas. Il y a plusieurs possibilités. Mais elle sait maintenant que la vie qu’elle a menée jusqu’ici, n’est plus possible.   

 

A votre avis, qu’est-ce que votre héroïne va maintenant faire de sa vie ?

 

Elle a adopté un enfant. Elle va l’élever. Peut-être vont-ils se retrouver avec le personnage joué par Dmitri Dujev. Il se peut aussi qu’elle meure, car la dernière image du film se situe dans un espace ouvert. C’est possible et cela fait peur, car elle pourrait aussi entraîner l’enfant dans la mort. Et on se demande, si elle n’est pas touchée par la folie.

 

Tout dépend du regard que nous avons sur la vie, positif ou non. Nous voulons une fin heureuse pour l’héroïne. Elle décide tout simplement de son propre destin sans l’aide d’un homme.

 

On la voit à plusieurs reprises dans le film porter des vêtements différents: la robe de mariée, le tailleur rouge très voyant… On peut dire qu’elle essaie différentes sortes de vies pour en choisir une. Elle essaie ceci, elle essaie cela, nous ne savons pas quelle voie elle va emprunter. Mais avec des yeux comme les siens, avec un tel visage, une telle intériorité, nous sommes sûrs que la vie ne pourra lui réserver que quelque chose de bon.

 

Vous vous êtes certainement confrontées à une perception de l’histoire du film d’un point de vue plutôt « matériel ». Elle vit avec l’argent que son mari lui a laissé. Combien lui reste-t-il, on ne le sait pas. Sans doute suffisamment pour avoir pu acheter un écran plat. Mais un jour elle n’aura plus rien. Que va-t-elle faire ? Va-t-elle trouver du travail ?

 

Pour nous, le thème du film était entièrement lié à la psychologie et au monde intérieur de l’être humain. Ensuite, au cours de conférences de presse différentes questions nous ont été posées : trouvera-t-elle assez d’argent pour nourrir le garçon ? Comment a-t-elle pu l’adopter si facilement ? Nous avons été très surprises par ces questions car personne parmi tous ceux qui ont travaillé sur le film n’avait pensé à cela. Quelle importance? Nous n’avions pas pour objectif de montrer exactement sa vie de tous les jours. Il s’agissait de tout autre chose. Mais en revanche, je me demande bien pourquoi personne n’a posé de question sur l’étrange musique qu’elle écoutait.

 

Et que répondez-vous lorsque l’on vous dit que c’est un film féministe ?

 

Le film parle d’un être humain et il se trouve que cet être humain est une femme. On ne traite pas de la question des sexes dans ce film. Elle n’a pas besoin d’un homme pour vivre, elle peut y arriver toute seule. Mais d’un autre côté, nous ne pensons pas qu’une femme seule arrive à tout faire, un jour ce sera trop pour elle. Et c’est bien que quelqu’un soit auprès d’elle.

 

Je suppose que ce thème apparaît parce que vous êtes une femme- producteur, vous avez tourné avec une femme- réalisateur et ce film raconte l’histoire d’une femme.

 

Probablement. Si le film avait été tourné par un homme, la question ne se poserait pas.

Le film a fait beaucoup parler de lui, car nous avons eu le Grand Prix du Festival de Moscou (2007). En Russie c’est un festival important, c’est sûr. Y participer  signifie que tout le monde va voir le film et que tout le monde va écrire sur lui. Et en plus, nous avons eu un prix.

 

Néanmoins le destin du film est tel, qu’en Russie, il est sorti seulement en cinq copies et est passé complètement inaperçu. D’un certain point de vue, c’est une situation commune à tous les films de ce genre. Nous n’avons pas de plateforme pour ce type de cinéma et même des investissements de promotion et de publicité n’auraient rien changé pour des raisons objectives. Je n’aurais fait que perdre de l’argent. Le sachant, je n’ai rien fait. Quelque temps auparavant, il y avait eu une campagne de publicité importante pour un autre film du même genre : Euphorie. Cela a peut-être eu un certain effet, mais assez peu.

 

En Russie on ne sait pas trop, comment promouvoir ce genre de cinéma, c’est le plus grand problème. On sait très bien faire des campagnes promotionnelles pour des films d’action, des films de genre, des blockbusters. Il y a des mécanismes pour cela, même des business plans. Mais comment promouvoir un film comme le nôtre, on ne le sait pas et nous-mêmes, nous sommes dans l’impasse. Malheureusement pour l’instant, tout laisse à penser qu’il est plus rentable de ne rien faire. Mais c’est impossible car on a besoin de ce genre de cinéma, les spectateurs le demandent. Quand je regarde sur Internet, je lis des échanges concernant le film, et en particulier, les gens demandent pourquoi il ne passe plus en salle.

 

Et comment un producteur indépendant arrive-t-il à promouvoir son film ? Vous venez de dire que vous n’aviez pas envie d’investir dans la publicité.

 

Là, nous parlions de l’exploitation en salle. Mais d’abord, pour ce film nous avions un coproducteur, Igor Tolstounov (PROFIT). Le film a été acheté par la Première chaîne de télévision. J’ai aussi quelques offres de distributeurs occidentaux, c'est dire que j’ai plusieurs choix possibles. La vie festivalière du film est réussie, c’est clair. En plus, le film a été sorti en DVD par Soyus vidéo qui est un des plus grands éditeurs de DVD russes. Le problème concerne uniquement l’exploitation en salle, laquelle ne marche jamais bien pour ce cinéma-là

 

 

En ce qui concerne la promotion, je n’ai pas de solutions. Il faudrait la faire par la presse, par les médias. Mais les distributeurs eux-mêmes disent que cela n’a pas de sens, car les spectateurs ne lisent pas de critiques, ils s’en moquent. Ils vont voir d’autres films, par définition. Nous n’avons pas de salles où des spectateurs pourraient voir ce genre de films, c’est ici que se trouve la source du problème. Ce n’est pas mon problème personnel, c’est notre situation commune à tous.

 

En fait, je viens de comprendre que je sais comment tourner un film. Mais comment le promouvoir, le vendre, ça, je ne sais pas trop. Je l’apprends, je demande des conseils, mais, probablement, il faudrait que d’autres le fassent à ma place. Je sais comment tourner une scène, comment faire le montage, comment réaliser, à mon avis, un bon film. Mais comment le faire connaître, chacun a sa méthode.

Un seul producteur ne peut pas effectuer ce travail.

 

Evidemment dans le cadre de ma société, nous avons 2-3 films par an et je suis obligée de m’en occuper moi-même. Mais je serais heureuse si des gens s’occupaient à ma place de la promotion, des relations publiques etc. Mais mes tentatives de contacts avec les agences PR n’ont jamais abouti à grand-chose, nous n’avons même pas pu conclure d’accord. Lorsque je leur demandais ce qu’ils pouvaient me proposer, quel panel de services, quels types de réalisations, je constatais que tout se réduisait à des publications d’informations. Et il aurait fallu que je téléphone moi-même à un rédacteur en chef que je connaissais personnellement pour lui demander un service. Bien entendu, je vais l’appeler et demander ce service, mais cela ne peut pas se produire systématiquement. Et je ne veux pas m’en occuper. Ces films là devraient être portés vers le spectateur, il faut insister, il faut passer des accords avec les exploitants pour que le film soit en salle, non pas pendant deux ou trois semaines, ce qui est la durée de vie moyenne d’un film en salle en ce moment, mais trois ou quatre mois. Ce serait une longue vie, et il faudrait arriver à cela. Une copie du film pourrait vivre un an et être montrée une fois par semaine. Les gens viendraient s’il y avait une campagne d’information permanente. Sur Internet, à la radio, dans la presse. Mais nous n’avons pas de sociétés qui s’occupent de ça, il n’y a pas de tels distributeurs.

Seule la société Paradise [Kinoglaz : Paradise Group Of Companies, http://www.paradisegroup.ru] essaie de le faire, dans leurs propres salles, ils font ce travail. Mais même eux ne peuvent se permettre de perdre de l’argent. Ils peuvent prendre le risque de mettre ton film à la place d’un film américain. Mais personne ne peut se permettre d’investir de l’argent dans la publicité si cela n’est pas rentable.

 

Vous êtes producteur indépendant, mais vous travaillez avec des grosses sociétés, comme Central Partnership, PROFIT d’Igor Tolstounov etc.

 

Et avec la Première chaîne. C’est une forme de coproduction russe. C’est important pour moi car ainsi je peux boucler mon budget.

 

Est-ce qu’il existe des difficultés particulières dans le travail d’une femme producteur ?

 

Une « femme producteur », je ne sais pas ce que cela signifie. Ce terme n’existe pas de nos jours. Evidemment je pèche moi-même parfois en disant une « femme réalisatrice », c’est ridicule dans ma bouche. Mais cela n’existe pas. Personnellement je n’ai jamais été confrontée à une appréciation liée à l’appartenance sexuelle. Ce n’est ni un plus, ni un moins, c’est comme ça et c’est tout. Plus encore, si autrefois je rencontrais certaines réactions condescendantes du genre « une jeune, pas complètement dupe, essaie de percer dans le métier », maintenant – et cela parce que, peut-être, j’ai réussi quelque part – je commence à rencontrer non pas de la dureté, mais une certaine concurrence. On ne me voit plus comme une jeune fille sympathique qu’il faut aider, mais comme une concurrente. Et c’est vrai. La merveilleuse petite Sabina n’existe plus. Il existe une Sabina Eremeeva qui pourrait venir et prendre ce qu’il lui faut.

 

Les problèmes, en fait, sont communs à tout le monde. Il n’y a pas de problèmes d’argent. Il y a des problèmes de projets, de scénarios, de réalisateurs. Parfois cela provoque chez moi un grand désespoir, parce que j’ai une société, une équipe qui travaille et je ne peux pas ne pas tourner. Personnellement je pourrais ne pas tourner et ne rien faire pendant un an. Mais il y a des gens derrière moi et il faut que je les paye. Et il y a de l’argent, il y a du personnel. On pourrait tourner. Mais il n’y a rien à tourner. Parfois je deviens une société de production sous-traitante, comme par exemple quand j’ai fait pour Central Partnership le film de genre, Personne ne sait à propos du sexe. En ce moment ils sont en train de tourner le Sexe-2, mais cette fois sans moi. De cette façon on gagne de l’argent. Mais moi personnellement, je ne peux pas faire un film qui a priori ne m’intéresse pas. On me dit, ma chère, tu veux bien vivre. Gagner de l’argent et en plus ne faire que ce qui te fait plaisir ? Mais je n’ai pas la prétention de gagner beaucoup, ma situation me convient tout à fait. Je peux tourner un film de genre, un film pour la télévision, mais il me faut avoir l’impression de produire de la qualité, de faire le maximum.

De toutes façons les compromis existent toujours. Et le perfectionnisme peut être parfois nuisible et à un certain moment il faut savoir se dire « stop ». Mais je n’aimerais pas baisser mes exigences vis à vis de moi-même. Je suis entièrement persuadée que si on le fait une fois, c’est le commencement de la fin. 

 

Veledinski a dit dans une interview que vous étiez un des producteurs qui n’ont pas peur de prendre de risques. Jusqu’où le risque est-il  présent dans votre travail aujourd’hui ?

 

Chaque producteur prend un risque à chaque pas. Ce n’est pas nécessairement une question d’argent. Pour moi c’est un problème de responsabilité. Je prends des responsabilités, c’est tout. Ce n’est pas un risque, je suis quelqu’un de très pragmatique.

 

Mais vous travaillez avec des débutants, avec des réalisateurs inconnus. C’est un risque.

 

Oui, mais c’est aussi du pragmatisme. Je veux travailler dans cette industrie et je veux découvrir pour moi des réalisateurs avec lesquels je pourrai faire des films dans les dix ans à venir. C’est une évidence pragmatique. Si je travaille avec un réalisateur très connu, il est possible que j’apprenne beaucoup, mais tout mon travail de producteur va se réduire à une fonction de service. Mais je ne suis pas un prestataire de services. Je suis aussi créateur du film, co–auteur du projet. Et je voudrais trouver mes réalisateurs.

 

Et où voit-on votre main de fer ?

 

Dans le fait que je participe à tout le travail créatif. Je participe comme co-auteur, parce que si, à moment donné, quelque chose me dérange, le scénario, un acteur, si cela me dérange, alors quelque chose ne va pas. Quand des réalisateurs viennent vers moi je leur dis, les gars, si nous avons des points communs, nous pouvons travailler ensemble. Mais je ne veux pas inviter un réalisateur à travailler avec moi pour le transformer ensuite à ma guise. Je n’ai pas de tels objectifs. Si nous nous sommes compris et entendus dès le début, alors nous pouvons travailler l’un avec l’autre. Mais si je propose quelque chose qui rend mal à l'aise le réalisateur, alors il y a une imprécision des deux côtés. Tout peut réussir si nous sommes compatibles jusqu’au bout. Pour moi c’est une espèce de petit phare. Et dans ce sens je me comporte vraiment d’une façon rigide. Je suis même prête à dépenser de l’argent supplémentaire. Mais si je sais que l’on fait une erreur, il est plus simple pour moi de ne pas commencer le projet du tout et ce n’est pas par intransigeance.

 

Le fait que le producteur joue un rôle beaucoup plus important dans un film est nouveau dans le cinéma russe. Dans le passé c’est le réalisateur qui avait le dernier mot, personne d’autre. Aujourd’hui plusieurs décisions sont prises par les producteurs. Pour votre film vous avez engagé un monteur français. Est-ce que c’est une nouvelle pratique dans le cinéma russe d’inviter un étranger pour monter un film ?

 

La seule chose qui m’importait dans le fait qu’il soit français, c’est qu’il ne connaissait pas notre environnement social. Qui étaient les acteurs, il n’en savait rien. Et parfois c’est un avantage. Une sorte de détachement. Mais globalement, la nationalité n’a aucune importance. Les producteurs russes ont en ce moment beaucoup d’offres de candidatures étrangères. Ce Français (Vincent Devaud)était disponible, il me semblait intéressant. Pour lui, travailler sur ce film a aussi été une chance.

 

Le montage est un problème récurrent pour les films russes. Votre film a été bien monté. Et c’était peut-être une bonne idée d’inviter un étranger.

 

Il est très talentueux et, à propos, c’est son premier grand travail. Effectivement, nous avons passé beaucoup de temps sur le montage, enlevé du film une cinquantaine de minutes, certaines lignes du scénario ont été éliminées, certains acteurs sont partis, mais la qualité du montage n’est pas liée au fait que le monteur est étranger. D’ailleurs nous avons essayé de continuer à travailler ensemble et cela n’a pas marché, car il est talentueux mais pas universel. Nous avons eu de la chance avec le Voyage, ce monteur est venu chez nous et ce projet lui a été proche. Mais ce qui est bon pour un film ne l’est pas forcement pour un autre. Et il l’a compris de lui-même pour notre nouveau projet, il a dit qu’il ne le sentait pas et nous nous sommes séparés. 

 

Et sur quels films travaillez vous maintenant ? Quels sont les projets à venir ?

 

En ce moment on tourne un film dans lequel plusieurs réalisateurs dirigent chacun une nouvelle dont ils sont les auteurs. Il s’agit de Kirill Serebrennikov, Piotr Bouslov, Aleksei Guermann-jr., Ilya Khrzhanovski, Aleksei Popogrebski, Boris Khlebnikov.     

 

Quels noms !

 

Oui. Certains ont déjà terminé le tournage, d’autres tournent encore. C’est un grand projet, un long métrage. Pour l’instant le titre de travail est Un Court circuit. On prévoit la sortie vers l’automne 2008.

Dans la post-production il y a un film pour la télévision, que nous faisons ensemble avec Igor Tolstounov pour la Première chaîne. Ce film est en douze épisodes, un film très curieux. Là aussi nous travaillons avec la réalisatrice débutante : Elena Nemykh. Le titre de travail est : Je reviendrai, mais ce titre ne plaît pas, donc il va certainement changer. Ca se passe en 1945, c’est l’histoire de trois soeurs. L’héroïne principale a été envoyée de force en Allemagne pour travailler. Et nous racontons, comment elle rentre à la maison. C’est un drame, même un mélodrame. C’était très intéressant de faire ce film en plusieurs épisodes, d’essayer ce genre. C’est un film de fiction mais de format télé. Nous avons tourné sur pellicule, avec beaucoup de figurants, des explosions...

 

En ce moment, nous commençons la production d’un film avec le réalisateur Aleksandr Veledinski, selon son propre scénario. Espérons que ça marche. Le projet en est à la phase du scénario et du choix des acteurs. C’est la phase de début, la plus merveilleuse. 

 

 

 

 

Image du film Voyage avec des animaux de compagnie

Source : Paradise Group Of Companies http://www.paradisegroup.ru