Oleg FRELIKH
Олег ФРЕЛИХ
Oleg FRELIKH
URSS, 1928, 54mn 
fiction
La Lépreuse
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Прокажённая

 

 The Leper

 Prokazhonnaya

 
Réalisation : Oleg FRELIKH (Олег ФРЕЛИХ)
Scénario : Lolakhan SEÏFOULLINA (Лолахан СЕЙФУЛЛИНА)
D'après le roman de Ferdinand Duchêne "La Jeune Lune"
 
Interprétation
Andreï FAIT (Андрей ФАЙТ)
Rakhil MESSERER-PLISSETSKAIA (Рахиль МЕССЕРЕР-ПЛИСЕЦКАЯ)
Grigol TCHETCHELACHVILI (Григол ЧЕЧЕЛАШВИЛИ)
 
Images : Vladimir DOBRJANSKI (Владимир ДОБРЖАНСКИЙ)
Décors : Pavel BETAKI (Павел БЕТАКИ)
Production : Узбекгоскино / Ouzbekgoskino
Date de sortie en Russie : 10/04/1928
 
Sites : Kino-teatr, IMDb

Synopsis
Le film raconte le sort d'une jeune fille, Tyllya-Oy, fille d'un traducteur, mariée à Said-Vali. Le jeune officier Igor Karénine séduit Tyllya-Oy et Said-Vali se doute bientôt de son amour secret. Chassée de chez elle la jeune fille erre sur les routes à la recherche d'un endroit où dormir et se retrouve dans un camp de lépreux. Un jour en sortant sur la grande route, Tyllya-Oy remarque des cavaliers. Elle les supplie d'avoir pitié d'elle et leur demande de l'emmener, mais ils remarquent l'inscription « Lépreux » sur le poteau et, décidant que la jeune fille est également malade, ils la fouettent ...
 

Commentaires
 
Peu de temps après avoir coécrit le scénario de La Deuxième épouse, Lolakhan Saifullina a adapté un roman français dont l’auteur, Ferdinand Duchêne, avait également fait de l’émancipation des femmes un thème clé de ses livres. Duchêne était magistrat en Algérie, où il s’est passionné pour la culture arabe et berbère et l’intersection entre la vie traditionnelle et la modernité ; son "Kamir. Roman d’une femme arabe" a d’abord paru dans trois numéros de La Petite Illustration (27.03, 03.04, 10.04.1926) avant d’être publié sous forme de livre peu de temps après. Presque immédiatement, il a été traduit en russe, deux fois, une fois sous le titre "Kamir" puis sous le titre "Nouvelle Lune" (Молодой месяц), ainsi qu’en ouzbek. Ce n’est pas une coïncidence si la même année où Saifullina a écrit son adaptation, l’écrivain et activiste social boukharien Sadriddin Ayni a publié sa traduction du roman de Duchêne en tadjik.
Saifullina a facilement déplacé l’histoire d’amour tragique de Duchêne entre un officier français et une femme algérienne dans une ville brûlée par le soleil de la région du Turkestan au début du 20e siècle, préservant ainsi certains rebondissements et images de l’original, plus particulièrement l’impossibilité pour une femme d’être traitée comme une égale dans une société attachée aux traditions.
Dans l’esprit de l’ère soviétique, le film raconte l’histoire d’une jeune fille (une fois de plus jouée par Ra Messerer) qui, selon la coutume, se marie à un jeune âge dans une maison riche. Tyllia-Oi (son nom signifie « dorée » en ouzbek) est proche de la famille du colonel Karonin, chef de district russe du Turkestan. Lors d’une fête, elle rencontre le riche marchand Said-Vali, qui en fait sa femme, mais sa brutalité la pousse, désespérée, à demander de l’aide au colonel. Le message est intercepté par le fils du colonel, Igor, qui séduit Tyllia-Oi. Lorsque son mari découvre son infidélité, il la jette hors de la maison et l’emmène devant un tribunal religieux où il soudoie les juges (en Asie centrale, contrairement aux pays arabes, les tribunaux de divorce de la charia étaient rares). La honte force le père de Tyllia-Oi Akhmed-bai et toute sa famille à quitter leur terre natale, mais ils sont incapables de trouver la paix dans un nouvel endroit, et les catastrophes se succèdent les unes après les autres. Finalement, Akhmed-bai force sa fille à sortir et elle tombe sur une colonie de lépreux. Horrifiée par ce qu’elle voit, elle court sur la route, mais des cavaliers, convaincus qu’elle doit être lépreuse, la battent à mort.
Le réalisateur Oleg Frelikh (1887-1953) était acteur depuis 1914, s’est tourné vers la réalisation en 1924 et a alterné entre les deux pendant la majeure partie de la décennie. Avec "La Lépreuse", son sixième film, il remplit littéralement l’écran de symboles, à la fois dans les plans individuels et par le montage. Le passage du talisman que la mère coud pour le bonheur de sa fille aux boules de billard assemblées dans le même triangle, que le futur mari de l’héroïne brise ensuite d’un coup de barre, est une magnifique façon d’anticiper comment cet homme brutal va également briser la vie de la jeune héroïne. Bien que Saifullina remplace la jeune fille arabe de Duchêne par une Ouzbèke, transposant le pouvoir colonial français aux fonctionnaires russes, le scénario conserve une grande partie du traitement des personnages et de ses thèmes, de l'atmosphère de suspicion misogyne au procès de la charia en passant par la mort de l'héroïne. Alors que l'idée de la femme orientale opprimée par son mari féodal despotique s'alignait sur l'idéologie soviétique, dans le cas du Lépreux le destin tragique de l'héroïne n'est pas tant déterminé par des motifs sociaux que par la malchance fatale, qui la poursuit depuis son mariage jusqu'à sa fin terrible.
– Nigora Karimova

Sélections dans les festivals ou événements :
- Journées du cinéma muet de Pordenone, Pordenone (Italie), 2024

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