Ossip Emilievitch Mandelstam (1891-1938) était un éminent poète, traducteur et essayiste russe dont l'œuvre a eu une influence considérable sur la littérature russe du XXe siècle. Sa vie et son œuvre sont étroitement liées aux événements tragiques de l'histoire russe, notamment la Révolution, la Guerre civile et les répressions staliniennes.
Enfance et éducation
Ossip Mandelstam est né le 15 janvier 1891 à Varsovie dans une famille d'origine juive. Son père, Emil Mandelstam, était un homme d'affaires prospère et sa mère, Flora Osipovna, était femme au foyer. En 1900, la famille déménage à Saint-Pétersbourg, où Ossip fait ses études au lycée Karl May. En 1907, il entre à la faculté de droit de l'université de Saint-Pétersbourg, mais est rapidement transféré à la faculté d'histoire et de philologie, où il étudie l'histoire et la littérature.
Œuvre littéraire
Mandelstam commence à écrire de la poésie dès sa jeunesse et ses premières œuvres sont publiées dans diverses revues littéraires. En 1911, il rencontre Anna Akhmatova, qui exerce une influence considérable sur son œuvre. En 1913, son premier recueil de poèmes, « Pierre », paraît, ce qui lui assure une reconnaissance dans les cercles littéraires.
Révolution et guerre civile
Après la Révolution d'Octobre de 1917, Mandelstam reste à Petrograd, mais son attitude envers le nouveau gouvernement est critique. En 1919, il s'installe à Kiev, puis à Moscou, où il continue d'écrire et de publier ses poèmes. En 1922, il est arrêté pour activités contre-révolutionnaires, mais est rapidement libéré.
Émigration et retour
En 1922, Mandelstam est contraint d'émigrer d'URSS et passe plusieurs années en Allemagne et en France. En 1923, il retourne en URSS, où il poursuit son œuvre littéraire. En 1925, son deuxième recueil de poèmes, Tristan et Iseut, est publié et suscite un vif intérêt de la part des critiques.
Répressions et arrestations
Dans les années 1930, Mandelstam fut victime des répressions staliniennes. En 1934, il fut arrêté pour activités antisoviétiques et exilé à Tcherdyn. En 1937, il fut de nouveau arrêté et exilé à Vorkouta, où il passa plusieurs mois dans un camp. En 1938, Mandelstam fut transféré dans un camp à Magadan, où il mourut le 27 décembre 1938, d'épuisement et de maladie.
Héritage littéraire
L'œuvre d'Ossip Mandelstam a eu une influence considérable sur la littérature russe. Ses poèmes se distinguent par une profonde réflexion philosophique, un lyrisme subtil et une maîtrise de l'expression orale. Mandelstam était également un traducteur talentueux, traduisant des œuvres du français, de l'allemand et de l'anglais.
Vie personnelle
Ossip Mandelstam était marié à Nadejda Khazina, avec qui il a eu deux enfants. Sa vie personnelle était étroitement liée à son œuvre littéraire, et il a souvent fait part de ses expériences et impressions personnelles dans ses poèmes.
Conclusion
Ossip Mandelstam demeure l'une des figures les plus marquantes de la littérature russe du XXe siècle. Son œuvre et sa vie témoignent des événements tragiques de l'histoire russe et témoignent de son courage et de sa force de caractère face à la répression.
Стихотворение Осипа Мандельштама / Poème de Ossip Mandelstam / Poem by Osip Mandelstam
Кинематограф / Cinématographe / Cinematograph
Кинематограф
Кинематограф. Три скамейки.
Сантиментальная горячка.
Аристократка и богачка
В сетях соперницы-злодейки.
Не удержать любви полёта:
Она ни в чём не виновата!
Самоотверженно, как брата,
Любила лейтенанта флота.
А он скитается в пустыне,
Седого графа сын побочный.
Так начинается лубочный
Роман красавицы графини.
И в исступленьи, как гитана,
Она заламывает руки.
Разлука. Бешеные звуки
Затравленного фортепьяно.
В груди доверчивой и слабой
Ещё достаточно отваги…
Похитить важные бумаги
Для неприятельского штаба.
И по каштановой аллее
Чудовищный мотор несётся
Стрекочет лента, сердце бьётся
Тревожнее и веселее.
В дорожном платье, с саквояжем,
В автомобиле и в вагоне,
Она боится лишь погони,
Сухим измучена миражем.
Какая горькая нелепость:
Цель не оправдывает средства!
Ему – отцовское наследство,
А ей – пожизненная крепость!
Cinématographe
Cinématographe. Trois bancs.
Fièvre sentimentale.
Une aristocrate et une riche héritière
dans les filets d’une rivale malveillante.
On ne peut retenir l’élan de l’amour :
il n’est coupable de rien !
Avec un dévouement fraternel,
elle aimait le lieutenant de marine.
Et lui erre dans le désert,
fils illégitime d’un comte grisonnant.
Ainsi commence un roman d’imagerie populaire
de la belle comtesse.
Et, dans un délire, telle une gitane,
elle se tord les mains.
Séparation. Sons furieux
d’un piano traqué.
Dans sa poitrine confiante et fragile
il reste encore assez de courage…
Dérober des documents importants
pour l’état-major ennemi.
Et le long d’une allée de marronniers
un moteur monstrueux s’élance,
la pellicule crépite, le cœur bat
plus anxieux et plus joyeux.
En robe de voyage, avec un sac,
en automobile et en wagon,
elle ne craint que la poursuite,
épuisée par un mirage aride.
Quelle amère absurdité :
la fin ne justifie pas les moyens !
À lui — l’héritage paternel,
à elle — la forteresse à perpétuité !
Cinematograph
Cinematograph. Three benches.
A sentimental fever.
An aristocrat and a wealthy lady
caught in the snares of a villainous rival.
Love’s flight cannot be restrained:
it is guilty of nothing!
With selfless devotion, like to a brother,
she loved a naval lieutenant.
And he wanders in the desert,
the illegitimate son of a gray-haired count.
Thus begins a popular, melodramatic tale
of a beautiful countess.
And in frenzy, like a gypsy,
she wrings her hands.
Separation. Frenzied sounds
of a hunted piano.
In her trusting and fragile breast
there is still enough courage…
To steal important papers
for the enemy headquarters.
And along a chestnut avenue
a monstrous motor rushes,
the film reel rattles, the heart beats
more anxiously and more joyfully.
In a travel dress, with a valise,
in a car and on a train,
she fears only pursuit,
tormented by a dry mirage.
What bitter absurdity:
the end does not justify the means!
To him — his father’s inheritance,
to her — a life sentence in a fortress!