7 octobre 2025, sortie du livre :
Le livre est écrit sous la direction de Céline Gailleurd, Damien Marguet et Eugénie Zvonkine
Ont également participé à la rédaction du livre : Andreï Zviaguintsev, Birgit Beumers, Stanislas de Courville, Anton Dolin,
Joël Chapron, Mathieu Lericq et Macha Ovtchinnikova
Table des matières du livre
Entretien du 5 janvier 2026 :
Eugénie ZVONKINE : professeure en cinéma et audiovisuel à l’Université Paris VIII, membre de L’Institut universitaire de France, spécialiste du cinéma soviétique et post-soviétique.
Jacques SIMON : fondateur du site kinoglaz.fr
Eugénie Zvonkine : «L'univers cinématographique, la Russie que dépeint Andreï Zviaguintsev est une Russie et un univers aux abois où les personnages sont souvent seuls face à une nature violente, difficile, à un univers qui les avale, qui les broie et où les relations entre les êtres humains sont souvent tendues, difficiles.»
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Jacques SIMON : - Qu'est-ce qui vous a conduit, non pas à écrire ce livre, mais à co-écrire ce livre et qu'est-ce qui explique la deuxième partie du titre Le cinéma d'Andreï Zviaguintsev. Traversées d'un monde en crise ? Avec un "s" à "Traversées".
Eugénie ZVONKINE :
- Il s'agit du deuxième ouvrage que nous co-dirigeons tous les trois avec Céline Gailleurd et Damien
Marguet, qui sont des collègues enseignants-chercheurs de l'université Paris 8. Et dans les deux cas, nous
avons invité un cinéaste que nous aimions beaucoup à rencontrer les étudiants du master cinéma et du master
ArTeC dans le cadre d’un module pédagogique innovant.
Dans le premier cas, c'était Sergueï Loznitsa. Nous avions accolé à l'époque à cette rencontre un
colloque international qui s'appelait «Sergueï Loznitsa, un cinéma à l'épreuve du monde». Et cela a résulté en
2022 en une publication de l'ouvrage éponyme aux Presses universitaires du Septentrion.
Avec Andreï Zviaguintsev, nous avons repris la même formule et fait venir le cinéaste pour rencontrer
les étudiants puis on a accompagné cette rencontre d’un colloque et ces deux événements ont donné lieu à
cette publication.
Les étudiants ont ainsi participé à cet ouvrage puisqu'ils ont aidé à organiser la rencontre, préparé les
questions et ensuite participé également non seulement à l'animation de la rencontre mais aussi à la
transcription de l'entretien avec Andreï Zviaguintsev qu'il a ensuite lui-même entièrement repris.
Andreï Zviaguintsev, il faut le dire, c'est le cinéaste russe le plus connu en France aujourd'hui parmi les
contemporains. L'autre serait probablement Alexandre Sokourov. Mais il s'agit en fait du tout premier volume
collectif qui lui est entièrement consacré.
Il y avait eu des livres individuels qui étaient parus sur son œuvre, des textes dans des ouvrages
collectifs mais c'est le premier ouvrage qui réunit un certain nombre d'auteurs autour de cette œuvre donc il
nous a semblé que c'était intéressant et juste de l'appeler Le cinéma d'Andreï Zviaguintsev. Traversées d'un
monde en crise parce que l'univers cinématographique, la Russie que dépeint Andreï Zviaguintsev est une
Russie et un univers aux abois où les personnages sont souvent seuls face à une nature violente, difficile, à un
univers qui les avale, qui les broie et où les relations entre les êtres humains sont souvent tendues, difficiles.
Ce n’est pas anodin si son dernier film en date s’appelle Faute d’amour. Pour ce qui est de ce «traversées» au
pluriel, le mot évoque la multiplicité des points de vue qui se croisent dans l'ouvrage.
Jacques SIMON : – Justement, pourriez-nous expliquer pourquoi vous avez réuni, pour concevoir et rédiger ce livre, un grand nombre de personnalités connaisseurs reconnus du cinéma russe, universitaires, historiens du cinéma, critiques, journalistes, étudiants en cinéma, et même un philosophe, venus d'horizons divers, et de trois pays ?
Eugénie ZVONKINE : - Il était très important pour nous, dans la mesure où il s'agit d'une œuvre cinématographique qui n'est pas clôturée, d'assumer le côté hypothétique de l'ouvrage. C'est-à-dire qu'au fond il s'agit d'émettre un certain
nombre d'hypothèses sur ce que ce cinéma raconte, comment il se positionne, quelle place il a dans l'histoire
du cinéma russe mais aussi du cinéma mondial.
Et pour le faire au mieux, il nous semble toujours très intéressant de croiser les méthodes et les
approches. Nous l'avions déjà fait pour l'ouvrage sur Loznitsa.
Ici, nous avons effectivement fait appel aussi bien à des chercheurs spécialistes du corpus
spécifiquement soviétique ou russe comme Birgit Beumers, Macha Ovtchinnikova ou moi-même, mais aussi
des spécialistes des cinémas de l'Est tels que Mathieu Lericq ou Damien Marguet, des chercheurs qui
s'intéressent à l'adolescence dans le cinéma - c'est le cas de Céline Gailleurd - mais aussi de faire appel à des
gens qui ont d'autres rapports à cette œuvre. Je peux citer tout particulièrement le texte du critique Anton
Dolin qui est le critique de cinéma russe le plus important aujourd'hui et qui avait évidemment beaucoup de choses à dire
non seulement du cinéma d'Andreï Zviaguintsev, mais de la manière dont son cinéma peut être compris dans
le contexte du cinéma russe depuis son émergence. Nous avons également été très heureux de faire appel à
Joël Chapron qui est un grand connaisseur du cinéma soviétique et russe et des cinémas de l'Est plus
généralement et qui a en plus une position très spécifique puisqu'il est sous-titreur de tous les films d'Andreï
Zviaguintsev et qu’il l'a accompagné lors de toutes les sorties des films et lors des festivals en France. Il a donc
eu une expérience très personnelle aux côtés du cinéaste et nous l’avons invité à mettre en valeur cette
expérience «à la première personne» dans le texte parce que pour nous tous ces apports sont extrêmement
précieux. Nous croyons beaucoup au fait que plus les approches sont variées, plus les
propositions et les hypothèses vont être riches et vont pouvoir s'entrecroiser de façon fertile.
Nous avons donc organisé l’ouvrage en quatre parties pour bien sérier les approches. L'ouvrage
s'ouvre, comme je le disais tout à l'heure, sur le très long texte d'Andreï Zviagintsev. Puis vient une deuxième
partie composée de quatre textes qui s'appelle «Ancrages et trajectoires» et qui s'intéresse vraiment à la
manière dont l'œuvre peut être inscrite, d'une part dans la culture russe, de façon assez générale (c'est ce
qu’évoque le texte de Stanislas de Courville), dans le cinéma russe contemporain (Anton Dolin), comment
cette œuvre a été reçue et perçue en France (Joël Chapron), et puis je questionne l’héritage soviétique, même
détourné, dans les scénarios de Zviaguintsev.
La troisième partie s'appelle «Humains, trop humains» et se compose de trois très beaux textes de
Céline Gailleurd, Mathieu Lericq et Damien Marguet, qui étudient les figures humaines et la manière
dont ces figures interagissent et traversent les espaces cinématographiques dans les films de Zviaguintsev. Céline
Gailleurd parle de l'enfance et de l'adolescence dans l'ensemble des films du cinéaste, puisqu'elle est très
présente, centrale même, dans cette œuvre. Mathieu Lericq interroge l'intimité empêchée et la difficulté
d'aimer dans les films de Zviaguintsev. Damien Marguet, lui, questionne les visions anthropocentriques et les
figures patriarcales dans l'œuvre du cinéaste.
Et puis, il y a une quatrième partie, avec deux textes, celui de Birgit Beumers et de Macha
Ovtchinnikova, qui théorisent l’esthétique de l'œuvre, puisqu’il nous importait également que dans l’ouvrage il
y ait des propositions d’analyses véritablement esthétiques. Birgit Beumers s'intéresse à ce qu'elle appelle les
tâches aveugles et les angles morts, là où Macha Ovtchinnikova, elle, s'arrête sur la question de la durée
extrêmement longue des plans et ce que celle-ci produit en termes de sensation et de sens.
Jacques SIMON : - Parmi les deux rédacteurs russes figure le réalisateur Andreï Zviaguintsev lui-même, qui pendant une cinquantaine de pages répond aux questions que lui posent les auteurs du livre et notamment des étudiants en cinéma. Pouvez-vous nous dire dans quelles conditions a été organisée cette rencontre, quelle en a été la tonalité et ce qu'ont pu en retenir les étudiants en cinéma non seulement pour la connaissance du cinéma d'Andreï Zviaguintsev mais aussi dans le cadre de leurs propres projets cinématographiques ?
Eugénie ZVONKINE : - Évidemment, il faut parler là du texte par lequel débute l'ouvrage et qui restitue la rencontre avec
Andreï Zviaguintsev lors du module innovant pédagogique «Le cinéma contemporain interroge le monde»
que nous organisons annuellement avec Céline Gailleurd. A chaque fois que nous organisons ce genre de
rencontre, il est important pour nous que le cinéaste parle de la fabrique, qu'on ne soit pas juste dans les
questions d'esthétique et des thématiques de l'œuvre, mais qu'on parle vraiment de ce qu'on appelle «les
mains dans le cambouis», c'est à dire la manière dont les films se fabriquent concrètement, ce qui est
extrêmement précieux et éclairant parce que les cinéastes invités s'adressent à des jeunes gens qui, pour la
plupart, sont des jeunes réalisateurs.
Je dois dire qu'Andreï Zviaguintsev a parlé aux étudiants avec une grande générosité, une grande
précision et vous le verrez : dans l'entretien, la discussion porte beaucoup sur le travail avec les acteurs parce
qu'Andreï Zviaguintsev vient de là. Il a commencé en tant qu'acteur et, de ce fait, il avait beaucoup de choses à
dire sur sa manière de travailler avec les acteurs. Mais il nous a également détaillé sa manière de préparer le
tournage, de découper, de cadrer, bref tout un tas de réflexions vraiment très précises sur la fabrique de ses
films. Cet entretien forme ainsi une base commune de savoirs pour les auteurs des textes qui suivent. Plusieurs
se réfèrent à ce texte, le citent. Mais on espère aussi que ce texte pourra servir à d'autres chercheurs,
cinéphiles, spectateurs qui auraient envie de mieux comprendre le travail de Zviaguintsev et qui pourront donc
se plonger dans cette lecture pour en apprendre plus sur les gestes concrets qui fondent son œuvre
cinématographique.
Il faut dire qu’Andreï Zviaguintsev, c'est quelqu'un d'extrêmement pointilleux dans son travail lorsqu’il
fait ses films, mais également quand il publie des textes donc il a relu personnellement le texte et l'a réagencé.
Il est ainsi pleinement l'auteur du texte publié que j'ai ensuite traduit en français.
Peut-être la chose qui a marqué le plus les étudiants c'est, en plus de la générosité du cinéaste, sa farouche
volonté de ne pas laisser des considérations non artistiques se mêler du processus de fabrication du film. La
phrase la plus mémorable pour les étudiants, c’est peut-être celle de David Lynch qu'Andreï Zviaguintsev
rencontre alors qu'il est un jeune cinéaste. Il vient de faire Le Retour et il rencontre Lynch lors d'un festival et
ce dernier lui dit : «Les gars, vous commencez tout juste votre chemin dans le cinéma, et je ne vous donnerai
que deux conseils. Le premier : prenez du plaisir sur le tournage, c’est impératif de ressentir de la joie dans le
processus même de fabrication du film. Et le deuxième [et là il a levé ses mains devant son visage en remuant
ses phalanges comme des algues] : ne laissez P-E-R-S-O-N-N-E mettre ses longs doigts dans votre projet.»
C'est également ce qu'a transmis Zviaguintsev aux jeunes cinéastes qui l'entouraient le jour de la
rencontre à Paris 8.
Jacques SIMON : - On sait que dans l'histoire du cinéma international les scénarios des films sont particulièrement importants et le rapport des réalisateurs aux scénarios de leurs films dépend en fait de chaque réalisateur. Je vois que ce problème a été abordé dans le livre, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Eugénie ZVONKINE : - Il se trouve que je m'intéresse depuis longtemps aux scénarios soviétiques. J’ai même un projet de
recherche spécifiquement sur l’histoire du scénario soviétique (dans le cadre d’une délégation de l’Institut
universitaire de France), parce que j'ai constaté à un moment donné qu'on parlait finalement assez peu de leur
spécificité littéraire. Or, ils étaient écrits d'une façon très différente des scénarios français, par exemple. (Il y
avait quand même des pays où on écrivait de façon plus littéraire, comme en Italie.)
La forme normale d'un scénario soviétique qui pouvait être fournie au Goskino, aux studios de
cinéma, c'était un texte absolument littéraire. Et donc, évidemment, c'est une tradition très différente de la
présentation assez neutre, sèche, «objective» qu'on avait en France à la même période. J'ai déjà publié
plusieurs textes et ouvrages sur cette question (j’ai traduit et publié les scénarios de Mouratova et de
Guerman avec les frères Strougatski, par exemple). Et là, tout récemment, j'ai même écrit un texte dans un
ouvrage consacré au film Le Ciel de notre enfance de Tolomouch Okeev où seront publiées plusieurs versions
du scénario découvertes dans les archives personnelles de la fille du cinéaste.
Évidemment, Zviaguintsev, c'est du cinéma post-soviétique donc la situation est ici différente. Lui-même ne se réclame pas du tout de faire du scénario littéraire. Pour lui, c'est même plutôt un modèle
repoussoir. Mais dans mon texte, je montre en quoi, malgré tout, il est bien l'héritier de cette tradition
littéraire, puisque, au fond, il s'agit bien de travailler de façon très littéraire le texte, même si c'est un style
plutôt soustractif qu'additif, alors que chez les Soviétiques, c'était souvent un langage très expressif, fleuri.
Chez Zviaguintsev, on est dans la retenue, dans le mystère, le non-dit mais qui recourt tout de même à des
procédés littéraires.
Je montre ainsi que le cinéaste russe est aussi dans une filiation avec la cinématographie soviétique
qui lui précède.
Jacques SIMON : - On peut deviner en lisant le sommaire que les principaux films du réalisateur sont analysés, mais toujours en liaison avec leurs thèmes principaux et l'ensemble de l'œuvre du cinéaste. Est-ce bien le cas ?
Eugénie ZVONKINE : - Oui, tout à fait. La plupart des articles font une traversée. Tiens, voilà encore ce mot qu'on a utilisé
dans le titre de l'ouvrage. Donc, presque chacun des auteurs fait une traversée de l'œuvre de Zviaguintsev
pour y déceler les motifs, les aspects stylistiques, ce qui est récurrent et ce qui évolue dans l’œuvre ou dans sa
réception.
Il y a quelques textes qui se concentrent plus spécifiquement sur un ou deux films, comme le texte de
Mathieu Lericq qui analyse plus en profondeur Le Bannissement, celui de Birgit Beumers qui étudie en détail
Le Retour ou celui de Macha Ovtchinnikova qui se concentre sur Elena et Faute d’amour. Mais la plupart des
textes, en effet, évoquent l'ensemble de l'œuvre, et pointent dans chacun des films, ce qui, au fond, relève de
la manière dont l'œuvre décline certaines questions.
Jacques SIMON : - On voit aussi que le livre donne une place importante au style du réalisateur et notamment à la lenteur de certaines séquences, qui n'est pas sans rappeler le cinéma russe du tout début de son histoire quand les critiques internationales soulignaient la lenteur exceptionnelle de ce cinéma.
Eugénie ZVONKINE : - Oui, l'œuvre de Zviaguintsev a effectivement un véritable ancrage dans l'histoire du cinéma russe,
prérévolutionnaire, puis soviétique et des liens avec des cinéastes tels que Tarkovski, entre autres. Vous le
savez, Zviaguintsev a beaucoup été comparé à Tarkovski, d'autant plus que leurs démarrages sont un peu en
écho avec chacun un premier film sur un enfant (qui à chaque fois s'appelle Ivan) et qui obtient le Lion d'Or à
Venise.
D'ailleurs, Zviaguintsev lui-même, à force, était un petit peu agacé par ces comparaisons et disait que
pour lui, par exemple, une figure comme Ingmar Bergman était aussi très importante.
Dans son texte, Macha Ovtchinnikova analyse de façon tout à fait passionnante la manière dont la
durée est vraiment un trope esthétique extrêmement important dans l'œuvre du cinéaste. Quand les actions
deviennent très peu nombreuses le temps d’un très long plan, peu à peu, une lumière qui arrive dans un plan
où le jour se lève, la matière filmée, la lumière constituent eux-mêmes un événement
cinématographique.
Jacques SIMON : - La lecture de ce livre nous apprend beaucoup sur l'œuvre du réalisateur, mais nous aide-t-elle aussi à mieux connaître le cinéma russe contemporain dans la situation si complexe dans laquelle il se trouve actuellement ?
Eugénie ZVONKINE : - Alors ma réponse serait double, à la fois oui et non.
Oui, parce que bien sûr, découvrir un cinéaste comme Zviaguintsev, qui est un cinéaste très important
dans le cinéma russe contemporain aujourd'hui, c'est précieux pour comprendre la cinématographie russe
contemporaine. Et aussi parce que c’est un cinéma qui a dressé un tableau d’une Russie et d’une société en
déroute avant même que la guerre totale de la Russie contre l’Ukraine ne démarre en 2022. Probablement que
le texte d'Anton Dolin donne à comprendre beaucoup de choses sur la tension progressive de la société russe
et aussi la manière dont le cinéma est de plus en plus censuré au fil des années et la manière dont Zviaguintsev
devient une figure de plus en plus isolée. Plusieurs des textes éclairent un certain nombre d'écueils et
d’impasses de la société russe contemporaine qui ont pu en partie mener à la situation tragique d'aujourd'hui.
Rappelons que le dernier film en date de Zviaguintsev remonte à 2017. Le cinéaste est actuellement
en train de terminer un nouveau film, mais ce film-là va évidemment démarrer une toute nouvelle page de sa
cinématographie, puisqu'il le réalise en exil.
En même temps, la réponse est bien sûr non. Déjà parce que beaucoup d'autres réalisateurs
mériteraient de se voir consacré un ouvrage ou des textes. J'avais dirigé un ouvrage collectif en 2017 qui
s'appelait Cinéma russe contemporain, (r)évolutions qui avait fait une sorte de tour d'horizon du cinéma russe
de l'époque. On y parlait à la fois de cinéma d’auteur et des films de propagande (il y avait d’ailleurs un texte
sur Zviaguintsev et une image du Léviathan était en couverture). Probablement qu'un nouvel ouvrage devrait
se faire aujourd'hui sur la situation actuelle, mais c'est extrêmement compliqué puisque beaucoup de paroles
sont empêchées, beaucoup de cinéastes sont censurés ou pratiquent l’autocensure.
Il faudrait probablement un plus grand recul historique pour pouvoir faire sens de tout ce qui se passe
aujourd'hui et de la manière dont cela fait écho dans les cinématographies russes contemporaines puisqu'on
pourrait dire que depuis 2022, il n'y a plus une cinématographie mais des cinématographies russes, puisqu'il y
a les cinéastes qui vont continuer à faire œuvre, mais en exil, à l'étranger. Il y a des cinéastes qui vont aussi
peu à peu se fondre dans des cinématographies étrangères. Quelqu'un comme Kirill Serebrennikov, c'est un
cinéaste qui ne réalise plus forcément des films en russe et je pense que ce n'est pas totalement par hasard,
c'est aussi parce que cela fait très longtemps qu'il vit et travaille en Occident et je pense qu'il veut devenir un
cinéaste pleinement mondial et non plus forcément identifié comme russe. Ce n’est pas pour le moment le cas
de Zviaguintsev qui dit encore aujourd'hui qu'il est un cinéaste russe mais qui travaille aujourd'hui en exil.
Il y a également ceux qui continuent en Russie, dans un contexte contraint de censure ou en épousant
pleinement les doctrines idéologiques d'aujourd'hui. Donc évidemment, ce sera une ou des histoires à écrire et
qui ne sont pour le moment pas écrites.